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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2100130

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2100130

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2100130
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBOUTHORS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 janvier 2021 et le 8 février 2021, M. B F et Mme A E doivent être regardés comme demandant au tribunal de condamner le syndicat de collecte et de traitement des ordures ménagères de Saint Pierre le Moutier à leur verser la rémunération qu'ils estiment leur être due à raison du temps de travail qu'ils auraient effectué pendant leurs pauses méridiennes.

Ils soutiennent que :

- ils ne disposent pas du temps de pause normal et légal car ils doivent, pour vaquer librement à leurs occupations, effectuer un trajet depuis leur lieu de travail vers le Syctom de Saint Pierre le Moutier afin de récupérer leurs véhicules personnels et pointer ; cela leur fait perdre quinze minutes de trajet ;

- le temps de trajet pour se rendre d'un lieu de travail à l'autre doit être regardé comme du temps de travail effectif ;

- depuis la note de service du 3 juin 2020, ils sont contraints de rester sur leur lieu de travail pendant la pause méridienne alors que ce temps n'est pas rémunéré ;

- ils ont formé une demande le 19 octobre 2020 qui a été rejetée le 26 novembre 2020.

Par des mémoires en défense enregistrés le 19 janvier 2022 et le 21 février 2022, le syndicat de collecte et de traitement des ordures ménagères de Saint Pierre le Moutier, représenté par Me Bouthors-Neveu, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, au rejet au fond et, en tout état de cause, à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants solidairement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants n'ont pas présenté de demande préalable indemnitaire ;

- elle est irrecevable dès lors qu'elle tend uniquement à ce qu'il soit enjoint au défendeur de régulariser les heures qu'ils estiment leur être dues et de revoir leurs conditions de travail ; les conclusions à fin d'injonction présentées à titre principal sont irrecevables ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ; un local a toujours été à disposition pour déjeuner sur place sans obligation de revenir au siège ; le pointage ne doit être effectué que le matin et le soir ; les déchetteries sont fermées pendant la pause méridienne sans obligation de service ; les agents peuvent vaquer à leurs occupations librement pendant la pause méridienne, ce qu'ils ont toujours fait ; la présence sur le lieu de travail pendant la pause méridienne, même obligatoire, ne permet pas de considérer le temps de pause comme un temps de travail effectif.

Par une ordonnance du 17 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 février 2022 à 12 :00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°2000-815 du 25 août 2000 ;

- le décret n° 2001-623 du 12 juillet 2001 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D C,

- les conclusions de M. Thierry Bataillard rapporteur public,

- et les observations de Me Pichon représentant le SYCTOM de Saint-Pierre le Moutier.

Considérant ce qui suit :

1. M. B F et Mme A E sont des agents du syndicat de collecte et traitement des ordures ménagères (SYCTOM) de Saint Pierre le Moutier affectés respectivement sur les sites des déchetteries de Magny-Cours et Chantenay-Saint-Imbert. Par un courrier du 19 octobre 2020, ils ont demandé au SYCTOM de leur régler un certain nombre d'heures de travail qu'ils estiment leur être dues à raison des modalités de prise de leur pause méridienne. Cette demande a été rejetée par un courrier du 26 novembre 2020. Par leur requête, M. F et Mme E doivent être regardés comme demandant au tribunal de condamner leur employeur à leur verser la rémunération des heures qu'ils estiment leur être dues.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 7-1 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée : " Les règles relatives à la définition, à la durée et à l'aménagement du temps de travail des agents des collectivités territoriales et des établissements publics mentionnés au premier alinéa de l'article 2 sont fixées par la collectivité ou l'établissement, dans les limites applicables aux agents de l'Etat, en tenant compte de la spécificité des missions exercées par ces collectivités ou établissements. / () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 12 juillet 2001 pris pour l'application de cet article : " Les règles relatives à la définition, à la durée et à l'aménagement du temps de travail applicables aux agents des collectivités territoriales et des établissements publics en relevant sont déterminées dans les conditions prévues par le décret du 25 août 2000 susvisé sous réserve des dispositions suivantes ". L'article 2 du décret du 25 août 2000 dispose que : " La durée du travail effectif s'entend comme le temps pendant lequel les agents sont à la disposition de leur employeur et doivent se conformer à ses directives sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles ".

3. Alors même qu'il doit être pris par l'intéressé à un moment fixé par l'autorité territoriale en fonction des nécessités du service, le temps de pause durant lequel l'agent n'est pas à la disposition de son employeur et peut vaquer librement à ses occupations personnelles ne constitue pas un temps de travail effectif et ne doit, par suite, pas être rémunéré.

4. En premier lieu, les requérants, agents affectés dans une déchetterie, font valoir que, pour la période antérieure au 1er juin 2020, ils n'ont pas pu bénéficier du temps de pause méridienne de 1h30 prévue par leur employeur dans la mesure où ils étaient contraints d'effectuer un trajet de 15 minutes après la fin de leur service du matin et avant de reprendre leur service de l'après-midi pour rejoindre les locaux de leur employeur situés à Langeron pour pointer et récupérer leur véhicule personnel. Toutefois, le syndicat de collecte et de traitement des ordures ménagères de Saint Pierre le Moutier fait valoir sans être contredit que les requérants pouvaient rester déjeuner au sein de la déchetterie dans un local mis à leur disposition à cette fin et qu'il n'existait aucune obligation de pointer à Langeron à l'occasion de la pause méridienne, de sorte que les trajets litigieux ne résultaient que du choix des requérants de rejoindre leurs véhicules personnels. Dans ces conditions, ces trajets ne peuvent être regardés comme correspondant à du temps de service effectif devant donner lieu à une rémunération.

5. En deuxième lieu, les requérants font valoir que du début du mois de juin 2020 au 31 décembre 2020, ils ont été contraints de rester sur le site de la déchetterie pendant la pause méridienne de sorte que ce temps de travail doit être rémunéré. La note de service du 3 juin 2020 prévoit : " De nouveaux horaires de déchetterie sont instaurés depuis le 1er juin 2020 notamment afin de réduire votre temps de pause méridienne. / Jusqu'ici nous tolérions aux agents de rentrer au SYCTOM à Langeron avec le véhicule de service pour convenance professionnelle mais le temps de pause méridienne étant réduit, dorénavant, votre pause est à effectuer sur le site de la déchetterie, vos allers-retours occasionnant également des surcoûts de carburant pour le syndicat. / Si vous deviez utiliser le véhicule de service à titre exceptionnel durant votre pause méridienne, nous vous demandons d'en être avisé ". Ainsi, si cette note de service prévoit que la pause est dorénavant à effectuer sur le site de la déchetterie, il ne résulte pas de l'instruction que les requérants seraient pour autant à la disposition de leur employeur pendant cette pause alors qu'ils peuvent vaquer librement à leurs occupations au sein de la déchetterie. Aucun élément du dossier ne tend à indiquer que l'employeur était susceptible de leur demander de reprendre le service pendant cette pause méridienne, alors que la déchetterie est fermée, ou de répondre à des directives de l'employeur. La circonstance que les requérants ne pouvaient pas quitter le site de la déchetterie ni retrouver l'usage de leurs véhicules personnels n'est pas de nature à faire regarder la pause méridienne comme du temps de travail effectif. Au demeurant, il résulte de l'instruction que la note de service avait principalement pour objet d'interdire aux agents d'utiliser le véhicule de service pendant la pause méridienne pour rejoindre leur véhicule personnel, en raison des coûts occasionnés pour l'employeur, et non d'interdire de quitter le site de la déchetterie par un autre moyen. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à demander le paiement d'heures de travail à raison des heures de pause méridienne dont ils ont bénéficié.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par le syndicat de collecte et de traitement des ordures ménagères de Saint Pierre le Moutier, les conclusions de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge des requérants une somme que le syndicat de collecte et de traitement des ordures ménagères de Saint Pierre le Moutier demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F et de Mme E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le syndicat de collecte et de traitement des ordures ménagères de Saint-Pierre le Moutier sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F, à Mme A E et au syndicat de collecte et de traitement des ordures ménagères de Saint Pierre le Moutier.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Nicolet, président,

Mme Nadia Zeudmi-Sahraoui, première conseillère,

Mme Pauline Hascoët, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

La rapporteure,

P. C

Le président,

P. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

lc

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