jeudi 5 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2100196 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL CABINET LECHAT-LIANCIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2021, M. A B représenté par la SELARL Lechat-Liancier demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 novembre 2019 par laquelle l'Agence de services et de paiement lui a notifié un trop perçu d'aides versées au titre des aides du domaine agricole pour les campagnes 2015 et 2016 d'un montant de 10 216,01 euros et les ordres de recouvrer n°
APCP20170768103 émis le 2 juin 2017, APCP20170768101 émis le 2 juin 2017, APCP20171820691 émis le 7 juillet 2017, APCP20171820692 émis le 7 juillet 2017 et APCP20172025558 émis le 27 juillet 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Agence de services et de paiement la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il appartient à l'Agence de services et de paiement de justifier de la compétence du signataire du courrier lui notifiant un trop perçu ;
- il lui est impossible de s'assurer de la réalité de la créance ;
- l'Agence de services et de paiement ne justifie pas du bien-fondé du trop-perçu qui lui a été notifié ;
- l'EARL B était éligible à l'aide aux bovins allaitants en application de l'instruction technique du 31 mai 2017.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2021, l'Agence de services et de paiement conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et à ce que soit mise à la charge de l'EARL B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est tardive dès lors que :
- les ordres de recouvrer ont été notifiés à l'EARL B par courrier du 28 novembre 2019 qui mentionnait les voies et délais de recours et qui n'a pas été retiré par l'intéressé ;
- à supposer que les courriers des 26 février 2020, 22 juin 2020 et 22 septembre 2020 présentés par M. B puissent être regardés comme des recours gracieux, ceux-ci n'ont pu proroger le délai de recours contentieux dès lors qu'ils ont été présentés postérieurement à l'expiration de ce délai ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Le préfet de la Nièvre a présenté des observations, enregistrées le 20 juillet 2021.
Les parties ont été informées par une lettre du 2 août 2021 que cette affaire était susceptible, à compter du 27 septembre 2021, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 25 octobre 2022 par ordonnance du même jour.
Par une lettre du 23 novembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la lettre du 28 novembre 2019 dès lors que celle-ci a seulement pour objet de notifier à M. B les ordres de recouvrer émis par l'Agence de services et de paiement et ne constitue pas une décision susceptible de recours.
L'Agence de services et de paiement a présenté des observations en réponse à ce moyen d'ordre public par un mémoire enregistré le 25 novembre 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de M. Bataillard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. L'EARL Philippe B, exploitante agricole, a bénéficié au titre de la campagne 2016 d'un apport de trésorerie remboursable. Estimant que l'aide obtenue au titre de la politique agricole commune n'était pas suffisante pour le remboursement de cette avance, l'Agence de services et de paiement a, par un courrier du 28 novembre 2019, notifié à M. B cinq ordres de recouvrer n° APCP20170768103 émis le 2 juin 2017 pour la somme de 1,35 euros, n° APCP20170768101 émis le 2 juin 2017 pour la somme de 3 125,03 euros, n° APCP20171820691 émis le 7 juillet 2017 pour la somme de 0,45 euros, n° APCP20171820692 émis le 7 juillet 2017 pour la somme de 0,28 euros et n° APCP20172025558 émis le 27 juillet 2017 pour la somme de 7 088,90 euros.
Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".
3. Par ailleurs, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
4. L'Agence de services et de paiement soutient que la requête présentée par M. B est irrecevable dès lors que les ordres de recouvrer lui ont été notifiés par voie postale et qu'il n'a pas retiré le pli au bureau de poste. Si, en effet, il ressort des pièces du dossier que le pli contenant les ordres de recouvrer litigieux a été présenté au domicile de M. B au cours du mois de décembre 2019 et que ce pli a été retourné à l'expéditeur avec la mention " non réclamé ", les pièces produites par l'Agence de services et de paiement ne permettent pas d'établir la date exacte à laquelle ce pli a été présenté au domicile de M. B et, dès lors, que le délai de mise en instance du pli au bureau de poste a été respecté. Les ordres de recouvrer ne peuvent ainsi être regardés comme ayant été régulièrement notifiés à M. B. Si l'Agence de services et de paiement produit par ailleurs une lettre de relance datée du 14 janvier 2020 par laquelle elle a notifié, une seconde fois, les ordres de recouvrer litigieux, ce courrier ne mentionne pas les voies et délais de recours et aucune preuve de notification de ce courrier n'est versé au dossier. Si M. B peut être regardé comme ayant eu connaissance de la lettre de relance du 14 janvier 2020 et des ordres de recouvrement litigieux, au plus tard le 26 février 2020, date à laquelle il a saisi l'Agence de services et de paiement d'un recours gracieux, la requête, enregistrée le 25 janvier 2021, a été présentée dans le délai raisonnable d'un an. Dès lors, la fin de non-recevoir soulevée en défense tirée de la tardiveté de la requête ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la lettre du 28 novembre 2019 :
5. La lettre du 28 novembre 2019 a seulement pour objet de notifier à M. B les cinq ordres de recouvrer émis à son encontre et ne constitue pas une décision susceptible de recours. Les conclusions tendant à l'annulation de cette lettre sont dès lors irrecevables.
Sur les conclusions tendant à l'annulation des ordres de recouvrer litigieux :
6. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation ". Tout état exécutoire doit ainsi indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.
7. M. B qui soutient qu'il lui est impossible de s'assurer de la réalité de la créance, doit être regardé comme soulevant le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des ordres de recouvrer litigieux. Les ordres de recouvrer en date des 27 juillet 2017 et 2 juin 2017 indiquent qu'ils concernent un apport de trésorerie remboursable au titre de la campagne 2016 et mentionnent les montants restant dû, à savoir, 7 088,90 euros et 3 125,03 euros. Les ordres de recouvrer émis le 2 juin 2017, pour la somme de 1,35 euros, le 7 juillet 2017 pour les sommes de 0,45 euros et 0,28 euros indiquent qu'ils correspondent au paiement redistributif, au paiement de base et au paiement du verdissement. Toutefois, ces ordres de recouvrer ne mentionnent ni le mode de calcul de ces indus ou des remboursements qu'ils constatent, ni les références des décisions sur lesquelles ils se fondent, ni les dates de versement ou les montants versés s'agissant des apports de trésorerie remboursables qui, seuls, permettraient de comprendre les bases de liquidation. Si l'Agence de services et de paiement produit les relevés de situation établis au titre de la campagne 2016, il ne ressort pas des pièces du dossier que ni ces relevés ni même la lettre de fin d'instruction de la demande d'aide aux bovins allaitants aient été annexés aux ordres de recouvrement litigieux. Dès lors, M. B est fondé à soutenir que les ordres de recouvrer litigieux sont insuffisamment motivés.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation des cinq ordres de recouvrer contestés.
Sur les conclusions relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Agence de services et de paiement la somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
10. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par l'Agence de services et de paiement soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : Les ordres de recouvrer n° APCP20170768103 émis le 2 juin 2017 pour la somme de 1,35 euros, n° APCP20170768101 émis le 2 juin 2017 pour la somme de 3 125,03 euros, n° APCP20171820691 émis le 7 juillet 2017 pour la somme de 0,45 euros, n° APCP20171820692 émis le 7 juillet 2017 pour la somme de 0,28 euros et n° APCP20172025558 émis le 27 juillet 2017 pour la somme de 7 088,90 euros sont annulés.
Article 2 : L'Agence de services et de paiement versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par l'Agence de services et de paiement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à l'Agence de services et de paiement et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée au préfet de la Nièvre.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,
M. Hugez, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.
Le rapporteur,
N. C
Le président,
Ph. NICOLET La greffière,
L. CUROT
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026