jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2100418 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LAMBERT EMMANUEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 février 2021 et le 30 juillet 2021, M. D H, représenté par Me Lambert, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 décembre 2020 par lequel le directeur territorial centre Bourgogne de Voies navigables de France lui a infligé la sanction du déplacement d'office ;
2°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de Voies navigables de France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'a pas commis de faute ; il a réalisé les tirs en présence de son supérieur qui a gardé un silence approbateur ; il n'y avait ni agents ni public à proximité ; il avait reçu l'ordre de débarrasser le bâtiment des pigeons ; des tirs similaires avaient précédemment déjà été réalisés par d'autres agents aux mêmes fins ; il est détenteur d'un permis de chasse ; l'arme ne lui appartient pas ;
- la faute de son employeur, qui n'a pas assuré la propreté et l'hygiène de l'usine, vient exonérer ou limiter sa responsabilité disciplinaire ;
- la décision est entachée d'un détournement de pouvoir ; la procédure a été engagée deux ans après les faits alors qu'une première décision de mutation d'office allait être annulée ;
- elle est disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er avril 2021, Voies navigables de France conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 200 euros soit mise à la charge de M. H au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en utilisant une arme sur son lieu de travail et pendant l'exercice de ses missions,
M. H a porté atteinte à ses obligations statutaires de dignité et d'exemplarité ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par une lettre du 22 juin 2021 que cette affaire était susceptible, à compter du 1er septembre 2021, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 19 janvier 2022 par une ordonnance du même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 91-393 du 25 avril 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E C,
- les conclusions de M. Thierry Bataillard rapporteur public,
- et les observations de Mme B, représentant Voies Navigables de France.
Considérant ce qui suit :
1. M. D H, chef d'équipe d'exploitation principal des travaux publics de l'Etat affecté au sein de l'établissement public Voies navigables de France (VNF) a fait l'objet d'une mutation d'office le 4 mars 2019 de l'UTI Loire Seine à Briard (Loiret) à l'unité territoriale d'itinéraire (UTI) Val de Loire à Nevers. Cette décision de mutation d'office a toutefois été retirée par une décision du 7 décembre 2020. Cependant, par une décision du 10 décembre 2020, le directeur territorial centre-Bourgogne de Voies navigables de France a infligé à M. H la sanction du déplacement d'office et l'a affecté à l'UTI Val de Loire sur le poste d'assistant pôle ingénierie. Par sa requête, M. H demande l'annulation de cette sanction.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
3. Pour prononcer la sanction du déplacement d'office à l'encontre de M. H, le directeur territorial Centre-Bourgogne de Voies navigables de France a retenu que M. H avait utilisé une arme sur son lieu de travail pour chasser des pigeons, qu'il avait ainsi enfreint la réglementation et méconnu ses obligations d'exemplarité compte tenu de ses responsabilités en tant que personnel encadrant.
4. M. H ne conteste pas avoir utilisé une carabine début septembre 2018 sur son lieu de travail au sein du site de l'usine élévatoire de Briare. Il fait toutefois valoir que ces faits ne sont pas fautifs et que la sanction est disproportionnée.
5. En premier lieu, même s'il n'est pas contesté que M. H avait reçu la consigne de " régler le problème des pigeons qui nichaient dans le hall de l'usine élévatoire " en vue des journées du patrimoine des 15 et 16 septembre 2018, qu'il n'a pas introduit l'arme sur le lieu de travail dès lors qu'elle avait été apportée par un autre agent, qu'il a tiré deux coups en présence de son supérieur hiérarchique qui ne lui a fait aucune remarque et qu'il détenait son permis de chasse, le fait, pour un agent qui n'est pas autorisé par ses missions à utiliser une arme, de se servir d'une telle arme sur le lieu de travail constitue une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire. Pour contester cette qualification, M. H ne peut utilement soutenir que Voies navigables de France a lui-même commis une faute en ne prenant pas de mesures propres à déloger les pigeons. En tout état de cause cette circonstance ne l'obligeait en aucun cas à utiliser une carabine.
6. En deuxième lieu, il est constant et il ressort du rapport disciplinaire du 28 septembre 2020 que M. G A, responsable du CEMI de Briare, a demandé à M. H de régler le problème des pigeons qui nichaient dans le hall de l'usine élévatoire en vue de son ouverture aux visiteurs pendant les journées du patrimoine des 15 et 16 septembre 2018. Voies navigables de France ne donne aucune précision sur les moyens qui devaient être utilisés par M. H à cette fin. M. H fait valoir sans être sérieusement contredit que des tirs similaires avaient précédemment été réalisés par d'autres agents pour lutter contre la présence des pigeons sans qu'il en résulte de réaction des supérieurs hiérarchiques, comme cela ressort aussi d'une attestation de huit agents de son service. Il ressort également des pièces du dossier que M. F, membre de l'équipe de M. H, a reconnu avoir apporté l'arme utilisée pour les tirs et avoir lui-même tiré avant que M. H utilise cette arme pour effectuer deux tirs en présence de M. F et de M. A. Au demeurant, si Voies navigables de France fait valoir qu'il a été rappelé à M. A par une note du 7 novembre 2018 que toute présence d'une arme à feu sur un lieu de travail était formellement interdite, il est constant que seul M. H a été sanctionné, deux ans plus tard, en raison des faits rappelés précédemment, alors qu'il avait déjà fait l'objet d'une mesure de mutation d'office qui venait d'être retirée. Dans les circonstances de l'espèce, alors que la carabine n'a été utilisée par M. H que pour effectuer deux tirs en vue de déloger des pigeons, sans qu'il ait menacé ou mis en danger à aucun moment les autres agents, en vue de satisfaire à une consigne insuffisamment précise qui lui avait été donnée et en présence de son supérieur hiérarchique, la sanction du déplacement d'office sur un poste éloigné de son domicile et entrainant une perte de responsabilités est disproportionnée par rapport à la faute commise.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que l'arrêté du 10 décembre 2020 infligeant la sanction du déplacement d'office à M. H doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de M. H, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par Voies navigables de France et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche dans les circonstances de l'espèce de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de Voies navigables de France au titre des frais exposés par M. H et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 10 décembre 2020 infligeant à M. H la sanction du déplacement d'office est annulé.
Article 2 : Voies navigables de France versera une somme de 1 500 euros à M. H en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par Voies navigables de France sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D H et à l'établissement public Voies navigables de France.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Nicolet, président,
M. Irénée Hugez, premier conseiller,
Mme Pauline Hascoët, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
La rapporteure,
P. C
Le président,
P. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026