LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2101024

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2101024

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2101024
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL ITINÉRAIRES AVOCATS - CADOZ - LACROIX - REY - VERNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 13 avril, 3 septembre et 2 novembre 2021, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Société nouvelle d'embouteillage et de filtration, représentée par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Itinéraires Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de recette n° 2020-1212 du 12 novembre 2020, par lequel la directrice générale de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a mis à sa charge le remboursement de la somme de 481 600 euros, correspondant à une aide indûment perçue aux investissements vitivinicoles ;

2°) d'annuler la décision du 16 février 2021, par laquelle la directrice générale de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a rejeté son recours gracieux dirigé contre ce titre ;

3°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 481 600 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer n'était pas en situation de compétence liée en demandant le reversement de l'aide initialement attribuée ;

- à titre principal, en vertu des articles 1 et 3 du règlement (CE, Euratom) n° 2988/95 du 18 décembre 1995, le délai de prescription, de quatre années en l'espèce, était expiré depuis le 23 juillet 2018, compte tenu de la décision d'octroi définitif de la subvention, intervenue le 23 juillet 2014 et de l'absence dans ce délai de la notification d'un acte interruptif de prescription ;

- à titre subsidiaire, si son capital est détenu à 100 % par la société 2MR Développement, celle-ci doit être regardée comme une holding pure et non comme une entreprise au sens du droit de l'Union européenne et du droit interne, et les cinq actionnaires de cette société, qui sont tous salariés à temps plein de l'EURL Société nouvelle d'embouteillage et de filtration, exercent tous des activités de production, de transformation, de conditionnement ou de stockage dans le secteur des vins, conformément à l'article 2.1 de la décision n° 2013-76 du 4 décembre 2013 de la directrice générale de FranceAgrimer, de sorte qu'elle était éligible à la subvention litigieuse ;

- à titre subsidiaire, dès la constitution de sa demande de subvention et lors de tous les contrôles ultérieurs, elle a mentionné son actionnaire unique et la nature des investissements projetés, de sorte que FranceAgriMer était parfaitement informé de ces circonstances, que le versement de l'aide a été réalisé à la suite d'une erreur de l'établissement public, qu'elle n'était pas raisonnablement en mesure de déceler, et que, par voie de conséquence, l'obligation de remboursement ne s'applique pas, en vertu de l'article 80 du règlement (CE) n° 1122/2009.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 26 août et 28 octobre 2021, l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées par une lettre du 6 septembre 2021 que cette affaire était susceptible, à compter du 18 octobre 2021, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 5 janvier 2022 par une ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE, Euratom) n° 2988/95 du 18 décembre 1995 ;

- le règlement (UE) n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 809/2014 de la Commission du 17 juillet 2014 ;

- le règlement délégué (UE) 2016/1149 de la Commission du 15 avril 2016 ;

- le code civil ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le décret n° 2013-172 du 25 février 2013 ;

- la décision FILITL/SEM/D 2013-76 du 4 décembre 2013 du directeur général de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer ;

- l'arrêt n° C-59/14 du 6 octobre 2015 de la Cour de justice de l'Union européenne ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B A,

- les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public,

- et les observations de Me Lacroix, représentant l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Société nouvelle d'embouteillage et de filtration.

Considérant ce qui suit :

1. L'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Société nouvelle d'embouteillage et de filtration, qui réalise des prestations de services en matière de filtration, d'embouteillage et d'étiquetage des vins, a déposé le 8 janvier 2014 un dossier de demande d'aide communautaire aux investissements vitivinicoles auprès de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer, dont l'objet était l'acquisition d'une palette de filtration et de deux lignes d'embouteillages mobiles polyvalentes. Par une décision d'éligibilité du 23 juillet 2014, le directeur général de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a accordé une aide d'un montant de 481 600 euros à l'EURL Société nouvelle d'embouteillage et de filtration, correspondant à un montant d'investissement de 1 392 274 euros. Dans ce cadre, la société a bénéficié du versement d'une avance d'un montant de 240 800 euros le 22 septembre 2014 et du solde de l'aide, du même montant, le 9 février 2017. Le 6 décembre 2018, la société a été informée de la réalisation d'un contrôle par la mission " contrôle des opérations dans le secteur agricole " des ministères de l'économie et des finances et de l'action et des comptes publics. Par un rapport de contrôle du 18 juillet 2019, cette mission a relevé que la société n'était pas éligible aux aides aux investissements vitivinicoles en raison de l'activité de son unique actionnaire et que les lignes d'embouteillage mobile, dont l'acquisition a été subventionnée, n'étaient pas davantage éligibles aux aides, en raison de leur caractère mobile et de l'absence de dérogation demandée en vertu du paragraphe 2.2.2 de la décision FILITL/SEM/D 2013-76 du 4 décembre 2013 de la directrice générale de FranceAgriMer. Après une procédure contradictoire, par une décision du 15 octobre 2020, valant titre de recette, la directrice générale de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a demandé à l'EURL Société nouvelle d'embouteillage et de filtration le reversement d'une somme de 481 600 euros, correspondant à l'aide indument perçue. Par une décision explicite du 16 février 2021, la directrice générale de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a rejeté le recours gracieux du 18 décembre 2020 de la société. L'EURL Société nouvelle d'embouteillage et de filtration demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces deux décisions et la décharge de l'obligation de payer la somme de 481 600 euros.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :

En ce qui concerne la prescription :

2. Aux termes de l'article premier du règlement (CE, Euratom) n° 2988/95 du 18 décembre 1995 relatif à la protection des intérêts financiers des Communautés européennes : " 1. Aux fins de la protection des intérêts financiers des Communautés européennes, est adoptée une réglementation générale relative à des contrôles homogènes et à des mesures et des sanctions administratives portant sur des irrégularités au regard du droit communautaire. / 2. Est constitutive d'une irrégularité toute violation d'une disposition du droit communautaire résultant d'un acte ou d'une omission d'un opérateur économique qui a ou aurait pour effet de porter préjudice au budget général des Communautés ou à des budgets gérés par celles-ci, soit par la diminution ou la suppression de recettes provenant des ressources propres perçues directement pour le compte des Communautés, soit par une dépense indue ". Aux termes de l'article 3 du même règlement : " 1. Le délai de prescription des poursuites est de quatre ans à partir de la réalisation de l'irrégularité visée à l'article 1er paragraphe 1. Toutefois, les réglementations sectorielles peuvent prévoir un délai inférieur qui ne saurait aller en deçà de trois ans. / Pour les irrégularités continues ou répétées, le délai de prescription court à compter du jour où l'irrégularité a pris fin. Pour les programmes pluriannuels, le délai de prescription s'étend en tout cas jusqu'à la clôture définitive du programme. / La prescription des poursuites est interrompue par tout acte, porté à la connaissance de la personne en cause, émanant de l'autorité compétente et visant à l'instruction ou à la poursuite de l'irrégularité. Le délai de prescription court à nouveau à partir de chaque acte interruptif. / () / 3. Les États membres conservent la possibilité d'appliquer un délai plus long que celui prévu respectivement au paragraphe 1 et au paragraphe 2. ".

3. En l'absence d'un texte spécial fixant, dans le respect du principe de proportionnalité, un délai de prescription plus long pour le reversement des aides à l'investissement accordées dans le cadre de l'organisation commune du marché vitivinicole, seul le délai de prescription de quatre années prévu au premier alinéa du paragraphe 1 de l'article 3 du règlement n° 2988/95 cité ci-dessus est applicable. Par suite, le délai de prescription de cinq années, prévu, depuis l'entrée en vigueur de la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008, par les dispositions à caractère général de l'article 2224 du code civil, n'est pas applicable en lieu et place du délai de prescription de quatre années précité.

4. En outre, par un arrêt du 6 octobre 2015, Firma Ernst Kollmer Fleischimport und -export c/ Hauptzollamt Hamburg-Jonas (C-59/14), la Cour de justice de l'Union européenne, statuant sur renvoi préjudiciel, a dit pour droit que les articles 1er, paragraphe 2, et 3, paragraphe 1, premier alinéa, du règlement n° 2988/95, cités au point 2, doivent être interprétés en ce sens que, dans des circonstances où la violation d'une disposition du droit de l'Union n'a été détectée qu'après la réalisation d'un préjudice, le délai de prescription commence à courir à partir du moment où tant l'acte ou l'omission d'un opérateur économique constituant une violation du droit de l'Union que le préjudice porté au budget de l'Union ou aux budgets gérés par celle-ci sont survenus, et donc à compter de la plus tardive de ces deux dates. Par le même arrêt, la Cour de Justice a dit pour droit que l'article 1er, paragraphe 2, de ce règlement doit être interprété en ce sens que le préjudice est réalisé à la date à laquelle la décision d'octroyer définitivement l'avantage concerné est prise.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'EURL Société nouvelle d'embouteillage et de filtration, à qui l'aide sollicitée a été accordée par une décision d'éligibilité du 23 juillet 2014, a bénéficié du versement d'une avance d'un montant de 240 800 euros le 22 septembre 2014, après constitution d'une caution bancaire d'un montant égal à 110 % de cette avance, et que cette caution bancaire n'a été libérée que postérieurement au versement du solde, intervenu le 9 février 2017. Il résulte, dès lors, de ces constats que le préjudice porté au budget de l'Union n'a pu intervenir qu'à la date du 9 février 2017, sans qu'ait d'incidence sur ce constat, contrairement à ce que soutient la société requérante, la circonstance que les irrégularités constatées auraient été constituées dès le dépôt de la demande de subvention. En outre, il est constant que la violation reprochée du droit de l'Union est antérieure à cette date, de sorte que le délai de prescription n'a pu commencer à courir que le 9 février 2017. En vertu du deuxième alinéa de l'article 3, paragraphe 1 du règlement (CE, Euratom) n° 2988/95 du 18 décembre 1995, la lettre du 16 janvier 2020 de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a pu valablement interrompre le délai de prescription de quatre années, qui avait commencé à courir le 9 février 2017. Par suite, le moyen tiré de la prescription de l'action en répétition de l'indu doit être écarté.

En ce qui concerne les conditions d'éligibilité à l'aide :

6. Il résulte des termes mêmes du titre de recette litigieux qu'il est fondé sur deux motifs, le premier tenant à ce que la société requérante est détenue à 100 % par la société 2MR Développement, qui n'exerçait, pas davantage que M. C, d'activité de production, de transformation, de conditionnement ou de stockage dans le secteur des vins, à la date de la demande de subvention, et le second tiré de ce que cette société n'a pas joint, à sa demande, de formulaire de dérogation, eu égard à la nature mobile des investissements, alors que de tels investissements ne sont éligibles qu'à titre dérogatoire, sur demande de l'opérateur.

7. Le règlement (UE) n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 portant organisation commune des marchés des produits agricoles et abrogeant les règlements (CEE) n° 922/72, (CEE) n° 234/79, (CE) n° 1037/2001 et (CE) n° 1234/2007 du Conseil a prévu la mise en place de programmes d'aide nationaux pour les exercices financiers 2014-2018. Les dispositions de l'article 50 prévoient que : " 1. Une aide peut être accordée pour des investissements matériels ou immatériels dans les installations de transformation, l'infrastructure de vinification ainsi que les structures et instruments de commercialisation. Ces investissements visent à améliorer les performances globales de l'entreprise et son adaptation aux demandes du marché, ainsi qu'à accroître sa compétitivité, et concernent la production ou la commercialisation des produits de la vigne visée à l'annexe VII, partie II, y compris en vue d'améliorer les économies d'énergie, l'efficacité énergétique globale et les procédés durables. () ". Aux termes de l'article 32 du règlement délégué (UE) 2016/1149 de la Commission du 15 avril 2016 complétant le règlement (UE) n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne les programmes nationaux de soutien au secteur vitivinicole et modifiant le règlement (CE) n° 555/2008 de la Commission : " Les bénéficiaires de l'aide visée à l'article 50 du règlement (UE) no 1308/2013 sont les entreprises vitivinicoles produisant ou commercialisant les produits visés à l'annexe VII, partie II, dudit règlement, des organisations de producteurs de vin, des associations de deux ou de plusieurs producteurs ou des organisations interprofessionnelles. ".

8. Aux termes de l'article premier du décret du 25 février 2013 relatif au programme d'aide national au secteur vitivinicole pour les exercices financiers 2014 à 2018 : " Le programme d'aide national au secteur vitivinicole mentionné à l'article 103 decies du règlement (CE) n° 1234/2007 du Conseil du 22 octobre 2007 susvisé et rendu applicable dans les conditions prévues à l'article 103 duodecies de ce règlement et à l'article 2 du règlement (CE) n° 555/2008 de la Commission du 27 juin 2008 susvisé pour les exercices financiers 2014 à 2018 est mis en œuvre par l'Etablissement national des produits de l'agriculture et de la mer (FranceAgriMer). / A ce titre, sous réserve de l'article 2, le directeur général de l'établissement détermine notamment, après avis du conseil spécialisé intéressé : / 1° Les modalités de demande des aides, les conditions d'éligibilité aux aides, la procédure et les critères de sélection des demandes, le montant des aides attribuables et leurs modalités de paiement ; / 2° Le cas échéant, le taux de réduction applicable aux aides, en fonction du taux de dépassement des crédits communautaires disponibles ; / 3° Les réductions du montant des aides applicables en cas de non-respect du régime d'aide concerné. ".

9. En premier lieu, aux termes du paragraphe 2.1, intitulé " Conditions liées aux demandeurs " de l'article 2 de la décision FILITL/SEM/D 2013-76 du 4 décembre 2013 : " Les demandeurs éligibles sont : / Les entreprises, c'est-à-dire toute entité, quelle que soit sa forme juridique, à l'exception des SCI et GFA non exploitants, exerçant une activité économique dans le secteur des vins dont les produits sont énumérés dans l'annexe XI ter du règlement (CE) n° 1234/2007 du Conseil (cf. annexe 11) et réalisant une opération de transformation, de conditionnement ou de stockage des produits. / () Les sociétés prestataires de services, exerçant une activité économique dans le secteur des vins peuvent bénéficier de ce soutien, si elles sont détenues majoritairement par des personnes physiques ou morales exerçant des activités de production, de transformation, de conditionnement ou de stockage dans le secteur des vins dont les produits sont énumérés dans l'annexe XI ter du règlement (CE) n° 1234/2007 du Conseil, qui trouvent ainsi un moyen de réaliser des investissements en commun. En particulier, les coopératives d'utilisation de matériel agricole (CUMA) qui réalisent des prestations de service ou des mises à disposition de matériels au titre de ces mêmes activités sont éligibles. / Sont également éligibles les sociétés prestataires de service qui détiennent des entreprises exerçant des activités de production, de transformation, de conditionnement ou de stockage dans le secteur des vins dont les produits sont énumérés dans l'annexe XI ter du règlement (CE) n° 1234/2007 du Conseil. () ".

10. Il résulte de l'instruction que les activités exercées par l'EURL Société nouvelle d'embouteillage et de filtration sont " l'embouteillage et la filtration " et " tous travaux et services se rapportant au vin ", au nombre desquels l'étiquetage, et doivent être regardées comme des activités de conditionnement des produits viticoles. Dès lors, la société requérante, qui est une entreprise exerçant une activité économique dans le secteur des vins, réalisant une opération de conditionnement des produits, ressortit à la définition figurant au deuxième alinéa du paragraphe 2.1 de l'article 2 de la décision FILITL/SEM/D 2013-76 du 4 décembre 2013, et constitue une entreprise éligible au sens de ces dispositions. Au contraire, elle n'entre pas dans le champ des cas particuliers visés aux alinéas suivants de ces articles, en particulier dans le champ du quatrième alinéa qui doit être regardé comme relatif aux seules sociétés prestataires de services exerçant une activité économique dans le secteur des vins, mais n'exerçant pas elles-mêmes des activités de production, de transformation, de conditionnement ou de stockage. Il en résulte que le motif tiré ce que la société requérante est détenue à 100 % par la société 2MR Développement, qui n'exerçait, pas davantage que M. C, d'activité de production, de transformation, de conditionnement ou de stockage dans le secteur des vins, à la date de la demande de subvention, ne pouvait être opposé à l'EURL Société nouvelle d'embouteillage et de filtration et que, ce faisant, la directrice générale de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a commis une erreur de droit.

11. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 2.2.2, intitulé " Investissements inéligibles ", de l'article 2 de la décision FILITL/SEM/D 2013-76 du 4 décembre 2013 : " Les investissements n'entrant pas dans les catégories précédentes sont inéligibles et notamment à titre d'exemple (liste non exhaustive) : / () Le matériel mobile sortant du chai, sauf CUMA et autre cas dûment motivé par une demande de dérogation ; () ".

12. En l'espèce, il est constant que les investissements objets de l'aide litigieuse consistent en l'acquisition d'une palette de filtration et de deux lignes d'embouteillage mobiles polyvalentes, l'une destinée à être intégrée dans une semi-remorque, réalisant dix opérations successives, et l'autre intégrée dans une remorque attelée à un fourgon, permettant une fermeture par capsules à vis et bouchons. Il n'est pas sérieusement contesté que les deux lignes d'embouteillage mobiles auraient dû faire l'objet d'une demande de dérogation et qu'en l'absence d'une telle demande, ces investissements n'étaient pas éligibles.

13. La société requérante soutient néanmoins que l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer était informé, dès la demande de subvention, de la nature des investissements envisagés, de sorte que le paiement a été effectué à la suite d'une erreur de cet établissement, justifiant l'inapplicabilité de l'obligation de remboursement de l'aide, en vertu des dispositions de l'article 80 du règlement (CE) n° 1122/2009.

14. Aux termes de l'article 7, intitulé " Recouvrement des paiements indus ", du règlement d'exécution (UE) n° 809/2014 de la Commission du 17 juillet 2014, établissant les modalités d'application du règlement (UE) n° 1306/2013 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne le système intégré de gestion et de contrôle, les mesures en faveur du développement rural et la conditionnalité, rendu applicable au présent litige, en application de l'article 2 du règlement (UE) n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 portant organisation commune des marchés des produits agricoles et abrogeant les règlements (CEE) n° 922/72, (CEE) n° 234/79, (CE) n° 1037/2001 et (CE) n° 1234/2007 du Conseil : " 1. En cas de paiement indu, le bénéficiaire concerné a l'obligation de rembourser les montants en cause, le cas échéant, majorés d'intérêts calculés conformément au paragraphe 2. / () 3. L'obligation de remboursement visée au paragraphe 1 ne s'applique pas si le paiement a été effectué à la suite d'une erreur de l'autorité compétente ou d'une autre autorité, et si l'erreur ne pouvait raisonnablement être décelée par le bénéficiaire. / Toutefois, lorsque l'erreur a trait à des éléments factuels pertinents pour le calcul de l'aide concernée, le premier alinéa ne s'applique que si la décision de recouvrement n'a pas été communiquée dans les 12 mois suivant le paiement. ".

15. A supposer même que l'on puisse considérer que le paiement de l'aide en litige a été effectué à la suite d'une erreur de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer, il ne saurait sérieusement être soutenu par la société requérante qu'elle ne pouvait raisonnablement déceler cette erreur, dès lors, d'une part, qu'elle a elle-même omis de remplir le formulaire " Annexe attestation matériel mobile " en vue d'obtenir la dérogation nécessaire à l'éligibilité de ce type de matériel, qu'elle a elle-même déclaré dans sa demande initiale que ce formulaire était " sans objet ou déjà fourni " et qu'il lui appartenait, en sa qualité de professionnel du secteur vitivinicole de porter une attention particulière aux conditions d'octroi de l'aide sollicitée, et d'autre part, que les dispositions précitées de la décision FILITL/SEM/D 2013-76 du 4 décembre 2013 mentionnaient explicitement l'inéligibilité des matériels mobiles, sauf dans le cas de l'obtention d'une dérogation. L'EURL Société nouvelle d'embouteillage et de filtration ne saurait reprocher à l'établissement public de ne pas l'avoir invitée à compléter son dossier et ne saurait pas davantage se prévaloir de ce qu'il ne serait pas établi que l'établissement public n'aurait pas accordé la dérogation en faveur des matériels mobiles. Enfin, la société requérante ne saurait pas davantage se prévaloir du principe de confiance légitime, principe général du droit communautaire, dès lors, d'une part, que le reversement de l'aide qui lui a été attribuée résulte de l'absence de respect de sa part d'une des conditions fixées à l'octroi de cette aide, qu'elle ne pouvait ignorer, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être énoncés, et que, d'autre part, la décision du 23 juillet 2014 d'éligibilité à cette aide mentionnait explicitement, au nombre des conditions d'attribution définitive de l'aide, la conformité des dépenses aux " dépenses éligibles listées dans la décision du directeur général de FranceAgriMer FILITL/SEM/D 2013-76 ", de sorte que cette décision n'a pu faire naître d'espérances légitimes. Par suite, le moyen tiré du caractère non raisonnablement décelable de l'erreur par la société requérante doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer était fondé à opposer à la société le motif tiré de ce que la société requérante n'a pas joint, à sa demande, de formulaire de dérogation, eu égard à la nature mobile des investissements, alors que de tels investissements ne sont éligibles qu'à titre dérogatoire, sur demande de l'opérateur. Il résulte de l'instruction que l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, de nature à fonder la décision litigieuse.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et de décharge présentées par l'EURL Société nouvelle d'embouteillage et de filtration doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'EURL Société nouvelle d'embouteillage et de filtration demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'EURL Société nouvelle d'embouteillage et de filtration est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Société nouvelle d'embouteillage et de filtration et à l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

M. Hugez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

Le rapporteur,

I. A

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

lc

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions