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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2101168

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2101168

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2101168
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCHAVKHALOV

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 avril 2021, M. A B, représenté par Me Chavkhalov, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 25 février 2021 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a rejeté son recours préalable formé à l'encontre de la délibération du 16 décembre 2020 de la commission locale d'agrément et de contrôle Est refusant de lui délivrer une carte professionnelle d'agent privé de sécurité ;

2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de renouveler sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le fichier de traitements des antécédents judiciaires (TAJ) a été consulté par des agents dont il n'est pas établi qu'ils aient été spécialement habilités par le préfet conformément au 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2022, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 23 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 mars 2022.

Un mémoire a été enregistré le 18 mars 2022 pour M. B et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a sollicité, par courrier du 12 octobre 2020, le renouvellement de sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité. Par une délibération du 16 décembre 2020, la commission locale d'agrément et de contrôle (CLAC) Est a rejeté cette demande. M. B a formé à l'encontre de cette délibération un recours préalable devant le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS), lequel a, par délibération du 25 février 2021, confirmé le refus opposé à l'intéressé. Par la présente requête, M. B en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : () 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; / 1° bis A faire assurer par des agents armés l'activité mentionnée au 1°, lorsque celle-ci est exercée dans des circonstances exposant ces agents ou les personnes se trouvant dans les lieux surveillés à un risque exceptionnel d'atteinte à leur vie ; / 2° A transporter et à surveiller, jusqu'à leur livraison effective, des bijoux représentant une valeur d'au moins 100 000 euros, des fonds, sauf, pour les employés de La Poste ou des établissements de crédit habilités par leur employeur, lorsque leur montant est inférieur à 5 335 euros, ou des métaux précieux ainsi qu'à assurer le traitement des fonds transportés ; / 3° A protéger l'intégrité physique des personnes ; / 4° A la demande et pour le compte d'un armateur, à protéger, contre des menaces d'actes définis aux articles 224-6 à 224-8 du code pénal ou d'actes de terrorisme définis au titre II du livre IV du même code, des navires battant pavillon français, en application de l'article L. 5441-1 du code des transports. Selon l'article L. 612-20 du même code, dans sa version applicable au litige : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () / Le respect de ces conditions est attesté par la détention d'une carte professionnelle délivrée selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

3. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'elle est saisie d'une demande de délivrance d'une carte professionnelle pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-23 du code de procédure pénale, a pour objet de déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au demandeur ainsi que la date de leur commission.

4. Pour confirmer le rejet de la demande présentée par M. B pour le renouvellement de sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité, la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS s'est fondée sur la mise en cause de l'intéressé le 17 septembre 2020 en qualité de complice de faits de prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales contre lui.

5. Il ressort de l'enquête administrative diligentée dans le cadre de l'instruction de la demande de M. B que ce dernier a reconnu, le 17 septembre 2020, avoir procuré une photocopie de son titre de séjour à un demandeur d'asile pour lui permettre d'être embauché dans une entreprise en usant de son identité. Le requérant a fait l'objet d'un rappel à la loi le 6 octobre 2020 et le procureur de la République près la cour d'appel de Metz a rendu un avis de classement à victime. Ces faits, dont la matérialité est reconnue par M. B sont, pour regrettables qu'ils soient, demeurés isolés et sont survenus en dehors de l'activité professionnelle exercée par l'intéressé. Dans les circonstances de l'espèce et en dépit de leur caractère récent, ils ne peuvent, à eux seuls, être regardés comme révélant un comportement ou des agissements incompatibles avec les fonctions d'agent privé de sécurité au sens des dispositions précitées. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS a entaché sa délibération d'une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la délibération du 25 février 2021 de la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. L'exécution du présent jugement implique seulement, eu égard au motif d'annulation retenu au point 5, seul susceptible de la fonder, que le CNAPS réexamine la demande de renouvellement de la carte professionnelle d'agent privé de sécurité présentée par M. B. Il y a lieu d'enjoindre au CNAPS d'y procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu de mettre à la charge du CNAPS le versement à M. B de la somme de 1 300 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La délibération du 25 février 2021 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a confirmé la délibération du 16 décembre 2020 de la commission locale d'agrément et de contrôle Est refusant de renouveler la carte professionnelle d'agent privé de sécurité de M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au CNAPS de procéder au réexamen de la demande de renouvellement de la carte professionnelle d'agent privé de sécurité présentée par M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le CNAPS versera à M. B le somme de 1 300 (mille trois cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2101168

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