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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2101214

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2101214

vendredi 15 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2101214
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGRENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 avril 2021, Mme B, représentée par Me Grenier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision, en date du 25 octobre 2019, par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui attribuer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ensemble les décisions implicites de rejet de ses recours gracieux introduits les 18 novembre 2019 et 31 août 2020 ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de rétablir rétroactivement ses conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte.

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle justifie de circonstances particulières ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle est dans une situation de particulière vulnérabilité en étant un parent isolé et malade ;

- il n'est pas démontré que l'examen de vulnérabilité ait été réalisé par un agent de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique dans les conditions prévues à l'article R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle justifie d'un motif légitime justifiant la présentation d'une demande d'asile 90 jours après son entrée en France.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 juin 2021.

Par ordonnance du 2 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mars 2022.

Par un courrier du 31 mai 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de fonder son jugement sur un moyen d'ordre public relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation, présentées après l'expiration du délai raisonnable de contestation juridictionnelle des actes administratifs, soit un an (CE, Assemblée, 13 juillet 2016, Czabaj, n° 387763).

Des observations sur ce moyen, présentées par Mme A, ont été enregistrées le 8 juin 2022.

Des observations sur ce moyen, présentées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ont été enregistrées le 21 juin 2022, accompagnées d'autres moyens et éléments de défense qui, eux, n'ont pas été pris en compte, l'instruction étant close.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Zupan, président-rapporteur ;

- et les observations de Me Grenier, avocate de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante iranienne née le 9 avril 1975, est entrée régulièrement en France le 2 mai 2019 et y a déposé une demande d'asile. Par une décision du 25 octobre 2019, remise en main propre le même jour, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile, dès lors qu'elle avait présenté, sans motif légitime, sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France. La requérante demande l'annulation de cette décision ainsi que les décisions implicites de rejet de ses deux recours gracieux introduits les 18 novembre 2019 et 31 août 2020.

2. Aux termes de l'article L. 112-12 du code des relations entre le public et l'administration : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications prévues par le décret mentionné à l'article L. 112-11. / () ". L'article R. 112-11-1 du même code dispose : " L'accusé de réception prévu par l'article L. 112-3 comporte les mentions suivantes : / 1° La date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée ; () Il indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision ". Selon l'article L. 112-6 de ce code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. () La date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête. () ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, qu'en l'absence d'accusé de réception comportant les mentions prévues par ces dernières dispositions, les délais de recours contentieux contre une décision implicite de rejet ne sont, en principe, pas opposables à son destinataire et, d'autre part, qu'un recours gracieux constituant une demande, ce principe s'applique aux décisions rejetant implicitement un tel recours gracieux.

3. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci en a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

4. Les règles énoncées au point précédent, relatives au délai raisonnable au-delà duquel le destinataire d'une décision ne peut exercer de recours juridictionnel sont également applicables à la contestation d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur une demande présentée devant elle, lorsqu'il est établi que le demandeur a eu connaissance de la décision. Ce principe s'applique également au rejet implicite d'un recours gracieux. La preuve de la connaissance du rejet implicite d'un recours gracieux ne saurait résulter du seul écoulement du temps depuis la présentation du recours. Elle peut en revanche résulter de ce qu'il est établi, soit que l'intéressé a été clairement informé des conditions de naissance d'un refus implicite de son recours gracieux, soit que la décision prise sur ce recours a par la suite été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l'administration. S'il n'a pas été informé des voies et délais dans les conditions prévues par les textes cités au point 4, l'auteur du recours gracieux, dispose, pour saisir le juge, d'un délai raisonnable qui court, dans la première hypothèse, de la date de naissance de la décision implicite et, dans la seconde, de la date de l'événement établissant qu'il a eu connaissance de cette décision.

5. En l'espèce, Mme A a reçu notification de la décision attaquée le 25 octobre 2019, par remise en main propre, et a formé à son encontre un recours gracieux le 18 novembre 2019, dans le délai de recours. Il ressort des pièces du dossier qu'aucun accusé de réception contenant les informations prévues à l'article R. 121-11-1 précité n'a été délivré. Toutefois, la requête en annulation de Mme A, enregistrée le 29 avril 2021, a été présentée au-delà du délai raisonnable d'un an, sans que le fait d'avoir trouvé un hébergement chez un compatriote puisse être considéré comme constitutif d'une circonstance particulière, au sens des principes rappelés ci-dessus, de nature à justifier que le délai raisonnable de contestation d'un an ne lui soit pas opposé. En outre, l'introduction d'un second recours gracieux, le 31 août 2020 n'a pas eu pour effet de faire courir un nouveau délai contentieux, dès lors qu'il a lui-même été formé tardivement, la perte de son hébergement à titre gracieux ne pouvant à cet égard être considérée comme une circonstance de droit ou de fait nouvelle. Dans ces conditions, la requête de Mme A s'avère tardive et, par suite, irrecevable.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et sa demande accessoire relatives aux frais de procès.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à l'Office français de l'immigration de l'intégration et à Me Grenier.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. David Zupan, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

D. ZUPAN

Le conseiller premier assesseur,

M.-E. LAURENT

La greffière,

C. CHAPIRON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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