jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2101942 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP LYAND & FOSSEPREZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 juillet 2021 et 19 septembre 2022, l'Earl des Perriaudins, représentée par Me Fosseprez, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2021 par lequel le préfet de l'Yonne a prononcé la fermeture administrative de l'établissement " La ferme des Perriaux " pour une durée de quinze jours ;
2°) de condamner l'Etat au paiement d'une indemnité de 12 725 euros en réparation des préjudices subis ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est fondé sur le décret du 29 octobre 2020 et non sur le décret du 14 décembre 2020 seul applicable à sa situation ; en tout état de cause elle s'est conformée aux obligations prescrites par le décret du 29 octobre 2020 ;
-il est entaché d'une erreur de fait et d'appréciation dès lors que l'organisation le 31 décembre 2020 dans son établissement d'une soirée réunissant trente-huit personnes qui aurait contribué à la propagation de la covid-19 repose sur la seule déclaration du maire de Saint-Fargeau faisant état d'une rumeur en ce sens ; l'organisation d'une telle soirée qui n'est établie par aucun constat de gendarmerie ou de personnes y ayant assisté, est contredite par le maire de Champignelles et n'a pas été confirmée par le maire de Saint-Fargeau ;
- l'illégalité de la décision attaquée constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- elle a subi un préjudice économique ainsi qu'un préjudice moral lié à l'atteinte à son image et sa réputation évalués respectivement à 2 725 et 10 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 septembre 2021, le préfet de l'Yonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par l'Earl des Perriaudins ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 5 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 6 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le décret n°2020-1310 du 29 octobre 2020 modifié ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. L'Earl des Perriaudins exploite à Champignelles un établissement d'hébergement de type gîte sous l'appellation " La ferme des Perriaux ". A la suite d'un rapport de gendarmerie établi le 14 janvier 2021 faisant étant d'une soirée organisée le 31 décembre 2020 ayant entrainé une propagation de la covid-19, le préfet de l'Yonne a mis en demeure le 28 janvier 2021 l'Earl des Perriaudins de présenter ses observations. Par un courrier du 29 janvier 2021, la gérante de la société a répondu que le gite avait été loué légalement à un groupe de six personnes, que les consignes sanitaires avaient été respectées et qu'aucun cas de covid-19 n'avait été signalé. Par un arrêté du 18 février 2021, le préfet de l'Yonne a prononcé la fermeture administrative de l'établissement " La ferme des Perriaux " pour une durée de quinze jours au motif que la soirée organisée le 31 décembre 2020 avait entrainé une propagation de la covid-19 et que ces faits constituaient " une atteinte grave à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publique ". L'Earl des Perriaudins demande au tribunal d'annuler cet arrêté et de condamner l'Etat à lui verser une somme de 12 725 euros en réparation des préjudices que lui a causés cette décision illégale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire : " Le préfet de département est habilité à interdire, à restreindre ou à réglementer, par des mesures réglementaires ou individuelles, les activités qui ne sont pas interdites en vertu du présent titre. / Lorsque les circonstances locales l'exigent, le préfet de département peut en outre fermer provisoirement une ou plusieurs catégories d'établissements recevant du public ainsi que des lieux de réunions, ou y réglementer l'accueil du public. / Le préfet de département peut, par arrêté pris après mise en demeure restée sans suite, ordonner la fermeture des établissements recevant du public qui ne mettent pas en œuvre les obligations qui leur sont applicables en application du présent décret ". Aux termes de l'article 41 de ce même décret : " I.- Les établissements suivants mentionnés au livre III du code du tourisme ne peuvent accueillir de public que dans le respect des dispositions du présent titre : 1° Les auberges collectives ; 2° Les résidences de tourisme ; 3° Les villages résidentiels de tourisme ; 4° Les villages de vacances et maisons familiales de vacances ; 5° Les terrains de camping et de caravanage / () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 27 du décret du 29 octobre 2020 : " I. - Dans les établissements relevant des types d'établissements définis par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation et où l'accueil du public n'est pas interdit en vertu du présent titre, l'exploitant met en œuvre les mesures de nature à permettre le respect des dispositions de l'article 1er. Il peut limiter l'accès à l'établissement à cette fin. / Il informe les utilisateurs de ces lieux par affichage des mesures d'hygiène et de distanciation mentionnées à l'article 1er. / () ". Enfin, aux termes de l'article 1er de ce décret : " I. - Afin de ralentir la propagation du virus, les mesures d'hygiène définies en annexe 1 au présent décret et de distanciation sociale, incluant la distanciation physique d'au moins un mètre entre deux personnes, dites barrières, définies au niveau national, doivent être observées en tout lieu et en toute circonstance. / () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Yonne s'est fondé exclusivement pour prendre la mesure de fermeture administrative en litige sur un rapport de la brigade de gendarmerie de Saint-Fargeau du 14 janvier 2021 faisant état de l'organisation le 31 décembre 2020 à la " ferme des Perriaux ", sur la commune de Champignelles, d'une soirée réunissant trente-huit personnes à l'origine de la propagation du virus de la covid-19. Il est constant que les faits relatés dans ce rapport ne reposent pas sur un constat auquel auraient procédé les forces de gendarmerie dans la soirée du 31 décembre mais sur la seule déclaration du maire de Saint-Fargeau, commune distante de dix sept kilomètres de la commune de Champignelles, recueillie par l'enquêteur lors d'une réunion informelle le 11 janvier 2021, indiquant que plusieurs agents communaux ou ayant un " lien avec le club de football " avaient été invités à cette soirée et qu'un des participants aurait été déclaré positif à la covid-19. Toutefois il ne ressort ni du rapport de gendarmerie ni d'aucune autre pièce du dossier que l'identité de ces personnes aurait été précisée à l'enquêteur ni que celui-ci les aurait entendues pour s'assurer de la réalité et des conditions de leur participation à cette soirée. A l'inverse, l'Earl des Perriaudins produit une attestation du 8 novembre 2021 du maire de Champignelles qui précise que " le 31 décembre 2020, il n'y a eu aucune fête à l'auberge des Perriaux qui était louée par des particuliers avec un contrat stipulant toutes les précautions nécessaires . Il n'y a eu aucune contamination Covid en janvier ni ensuite ". La société requérante qui a dépêché le 21 novembre 2021 un huissier auprès du maire de Saint-Fargeau afin qu'il confirme les déclarations faites à l'enquêteur de la gendarmerie le 11 janvier 2021 verse également à l'instance la sommation interpellative mentionnant que le maire a refusé de répondre aux questions de l'huissier. Enfin l'Earl des Perriaudins produit un contrat signé établissant que le 31 décembre 2020 son gité était loué, ainsi que cela était légalement possible depuis le 15 décembre 2020, à un groupe de six personnes originaires d'Annecy qui s'étaient engagées à respecter le protocole sanitaire conforme aux obligations réglementaires et un courriel indiquant qu'aucune d'entre elles n'avait contracté la covid-19. Dans ces conditions, dès lors que l'organisation d'une soirée réunissant trente-huit personnes à la ferme des Perriaux le 31 décembre 2020 et la contamination à la covid-19 qui en aurait résulté, n'est pas établie et que la requérante soutient sans être contredite que son gite était loué légalement à six personnes qui ont respecté les consignes sanitaires et qui n'ont pas contracté le virus, l'arrêté du 18 février 2021 du préfet de l'Yonne, qui repose sur des faits dont la matérialité n'est pas démontrée, doit être annulé.
Sur les conclusions indemnitaires :
5. L'illégalité dont est entaché l'arrêté de fermeture administrative temporaire contesté constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'État, pour autant que cette faute ait été à l'origine d'un préjudice direct et certain.
6. En premier lieu, l'Earl des Perriaudins demande l'indemnisation, à hauteur de 2 725 euros, du préjudice financier résultant de la fermeture administrative illégale de son établissement. Toutefois pour justifier de la réalité de son préjudice, la société requérante se borne à faire état du chiffre d'affaires de 65 407 euros qu'elle a réalisé en 2019 avant le déclenchement de la crise sanitaire dans le cadre de son activité de location sans apporter la moindre précision sur les frais qu'elle aurait réellement été contrainte d'exposer en pure perte du fait de la fermeture temporaire de son gite ou sur le manque à gagner résultant des réservations auxquelles elle aurait dû renoncer entre le 19 février et le 5 mars 2021. Dans ces conditions, l'Earl des Perriaudins n'établit pas la réalité du préjudice financier dont elle demande réparation.
7. En second lieu, la réalité des préjudices résultant de l'atteinte qu'aurait portée la mesure de fermeture administrative illégale à son image et à sa réputation professionnelle n'est pas davantage établie. Les conclusions de l'Earl des Perriaudins tendant au versement d'une indemnité de 10 000 euros à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 18 février 2021 prononçant la fermeture administrative de l'établissement " la ferme des Perriaux " pour une durée de quinze jours est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à l'Earl des Perriaudins la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'Earl des Perriaudins et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressé au préfet de l'Yonne.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.
Le président-rapporteur,
O. ALa conseillère première assesseure,
M.E Laurent
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026