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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2102329

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2102329

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2102329
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantHEBMANN JULIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 septembre 2021, M. C E A, représenté par Me Hebmann, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision, opposée verbalement le 22 juillet 2021 au guichet de la préfecture de la Côte-d'Or, lui refusant l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et la délivrance d'un récépissé l'autorisant à travailler ;

2°) de faire injonction au préfet de la Côte-d'Or de procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et de lui en délivrer récépissé dans les huit jours suivant la notification du jugement à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle méconnaît les articles R. 431-10 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'administration ne peut légalement ni refuser d'enregistrer sa demande dès lors que son dossier est complet ni exiger la production d'un passeport.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que la requête est irrecevable, M. A n'ayant pas justifié de la complétude de son dossier, et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 1er octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'avis n° 457494, 458031 du 21 juin 2022 du Conseil d'Etat ;

- l'arrêté du 30 avril 2021 fixant la liste des pièces justificatives exigées pour la délivrance, hors Nouvelle-Calédonie, des titres de séjour prévus par le livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Hebmann représentant M. A et de M. D représentant le préfet de la Côte-d'Or.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né en 2002 et entré en France en août 2018, demande au tribunal l'annulation de la décision, opposée verbalement le 22 juillet 2021 au guichet de la préfecture de la Côte-d'Or, lui refusant l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et la délivrance d'un récépissé valant autorisation provisoire de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiants de son état civil ; 2° Les documents justifiants de sa nationalité () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Et aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité.()". Enfin, selon l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise ".

3. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. En revanche, le refus d'enregistrer une telle demande au soutien de laquelle est présenté un dossier incomplet ne constitue une décision susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir que si le requérant apporte la preuve du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux.

4. En l'espèce, il n'est pas contesté que le seul motif opposé oralement à M. A pour refuser d'enregistrer sa demande est tiré de l'absence de production de son passeport.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a produit notamment, à l'appui de sa demande de titre de séjour, un acte de naissance et un jugement supplétif du tribunal de première instance de Dixinn Conakry II du 27 juillet 2018. Il a également fourni une carte d'identité consulaire, délivrée par l'ambassade de Guinée en France.

6. Le préfet soutient que ces documents ne pouvaient être pris en considération pour établir l'état civil de l'intéressé, en l'absence de la légalisation par les autorités françaises exigée par la coutume internationale des actes d'état civil établis par les autorités d'Etats étrangers, qui, comme la République de Guinée, n'ont pas ratifié la convention de la Haye.

7. La légalisation se bornant à attester de la régularité formelle d'un acte, la force probante de celui-ci peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. Par suite, en cas de contestation de la valeur probante d'un acte d'état civil légalisé établi à l'étranger, il revient au juge administratif de former sa conviction en se fondant sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

8. A la condition que l'acte d'état civil étranger soumis à l'obligation de légalisation et produit à titre de preuve devant l'autorité administrative ou devant le juge présente des garanties suffisantes d'authenticité, l'absence ou l'irrégularité de sa légalisation ne fait pas obstacle à ce que puissent être prises en considération les énonciations qu'il contient.

9. Le préfet de la Côte-d'Or soutient que l'extrait d'acte de naissance produit par M. A n'a pas été légalisé, que la légalisation du jugement supplétif a été portée par un juriste des affaires étrangères n'ayant aucune compétence pour ce faire et qu'il existe un doute sur l'authenticité de ces documents en l'absence notamment de mention des lieux et dates de naissance des parents du requérant.

10. Cependant, comme il a été dit aux points précédents, la procédure de légalisation a pour seul objet d'attester la véracité de la signature et la qualité en laquelle le signataire de l'acte a agi et non le respect des conditions de fond de l'acte. Par suite, l'absence ou l'irrégularité de la légalisation des actes en cause ne fait pas obstacle à ce que puissent être prises en considération les énonciations qu'ils contiennent, et les seules allégations du préfet quant aux irrégularités de l'acte de naissance et du jugement supplétif, ne permettent pas, en l'absence d'analyse plus poussée, d'établir que ces documents seraient des faux et que les mentions qu'ils contiennent ne seraient pas authentiques.

11. Si le préfet fait également valoir que la carte d'identité consulaire ne peut être prise en considération, il n'en demeure pas moins, qu'ainsi qu'il l'indique lui-même, que ce type de documents est mentionné dans la liste fixée par l'arrêté du 30 avril 2021 et figurant en annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui précise que doivent être fournis, à titre de justificatif de nationalité " passeport (pages relatives à l'état civil, aux dates de validité, aux cachets d'entrée et aux visas) ou, à défaut, autres justificatifs (attestation consulaire, carte d'identité, carte consulaire, etc.) ".

12. En l'état, les documents produits par M. A devaient être regardés comme suffisants pour permettre l'enregistrement de sa demande et en délivrer récépissé, cela sans préjudice d'investigations complémentaires à mener dans le cours de l'instruction de la demande de titre de séjour sur le fondement de l'article 47 du code civil.

13. Il s'ensuit qu'en refusant d'enregistrer la demande de titre de séjour de ce dernier au motif qu'il ne présentait pas de passeport, l'agent de guichet de la préfecture de la Côte-d'Or a pris une mesure qui a le caractère d'un acte faisant grief à l'encontre de laquelle l'intéressé est recevable à former un recours pour excès de pouvoir. La fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Côte-d'Or doit donc être écartée.

14. Compte tenu de ce qui vient d'être énoncé, les moyens tirés de ce que l'agent de guichet de la préfecture de la Côte-d'Or a méconnu l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A, qui établit avoir déposé auprès des services préfectoraux un dossier complet, et l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile imposant la délivrance, lorsque la demande est complète, d'un récépissé valant autorisation provisoire de séjour, sont fondés.

15. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision opposée verbalement le 22 juillet 2021 au guichet de la préfecture de la Côte-d'Or lui refusant l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et la délivrance d'un récépissé valant autorisation provisoire de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

16. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Côte-d'Or procède à l'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. A et lui délivre un récépissé valant autorisation provisoire de séjour et l'autorisant à travailler, dans les huit jours suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

18. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, d'une part, il n'y a plus lieu de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. D'autre part, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à Me Hebmann sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision opposée verbalement le 22 juillet 2021 au guichet de la préfecture de la Côte-d'Or refusant l'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. A et la délivrance d'un récépissé est annulée.

Article 3: Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de procéder à l'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. A et de lui délivrer un récépissé valant autorisation provisoire de séjour et l'autorisant à travailler dans les huit jours suivant la notification du présent jugement.

Article 4 : Il est mis à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à Me Hebmann, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. C E A, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Hebmann.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.

La rapporteure,

M-E B

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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