mercredi 7 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2102419 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET COTESSAT-BUISSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 septembre 2021, 6 janvier 2022, 1er avril 2022, 12 août 2022 et 27 octobre 2022, M. B C, représenté par la SELARL Cabinet Cotessat Buisson, demande au tribunal :
1°) d'annuler la decision en date du 28 avril 2021 par laquelle la directrice de la Résidence départementale d'accueil et de soins lui a infligé la sanction disciplinaire de la révocation et la décision du 5 août 2021 rejetant son recours gracieux.
2°) de mettre à la charge de la Résidence départementale d'accueil et de soins une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
S'agissant de l'enfermement d'un résident dans la lingerie :
- les témoignages sont incohérents voire fallacieux, et ne sont pas recevables faute d'avoir été établis sur un formulaire d'attestation en justice dans le respect des règles de procédure ;
- cet incident n'a pas eu lieu le 12 octobre 2021 comme relaté par les témoins, mais le 1er septembre 2021 ;
- il conteste avoir volontairement enfermé le résident dans la lingerie : ce dernier y est entré de sa propre initiative à son insu et s'est trouvé enfermé par inadvertance, situation qui démontre un défaut de surveillance et une mauvaise organisation du service ;
- il n'est pas établi que la situation dans laquelle s'est trouvé le résident ait présenté un risque grave pour sa sécurité,
S'agissant de " l'empoignade " d'un résident :
- cet évènement n'a pas eu lieu le 12 octobre 2021 comme rapporté par les témoins ;
- cet incident n'a impliqué aucune violence, et le résident n'a été ni blessé ni choqué par son geste ;
- aucune déclaration d'évènement indésirable n'a eu lieu, comme l'exige la procédure en cas d'incident ;
S'agissant du non-respect du planning :
- il n'a jamais été entendu sur ce point dans le cadre de la procédure disciplinaire, ni dans aucun autre cadre, par sa hiérarchie, et n'a ainsi jamais été en mesure de formuler des observations sur la manière qu'il a de travailler ;
- la procédure disciplinaire repose sur un compte-rendu d'une page qui n'est ni signé ni daté, rédigé par une personne n'ayant aucune qualification particulière dans son emploi ;
- les éléments reprochés sur ce point sont qualifiés de désobéissance hiérarchique afin d'alimenter son dossier disciplinaire, alors qu'il s'agit en réalité de griefs liés à la question de la compétence professionnelle ;
- le fait qu'il n'ait pas respecté son planning ne relève pas de la désobéissance hiérarchique, il a simplement adapté l'ordre des tâches imposées par le planning en fonction des circonstances ;
S'agissant du port du masque :
- seuls deux rappels à l'ordre lui ayant été faits sur une période de plus de six mois, ces faits ne sont pas suffisants pour justifier l'engagement d'une procédure disciplinaire ;
S'agissant du défaut de livraison des repas :
- il n'a pas été convoqué sur ce motif devant le conseil de discipline et n'a ainsi pas été en mesure de préparer sa défense sur ce point, qui n'a, par ailleurs, pas été abordé de manière distincte lors du conseil de discipline ;
- ces faits ne sont pas suffisants pour justifier l'engagement d'une procédure disciplinaire.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 novembre 2021, 21 février 2022, 18 juillet 2022 et 6 octobre 2022, la Résidence départementale d'accueil et de soins, représentée par la SELARL SDC Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La Résidence départementale soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. D,
- les observations de Me Magny représentant M. C, et Me Dalle-Crode représentant la Résidence départementale d'accueil et de soins.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, agent des services hospitaliers qualifié titulaire depuis le 1er janvier 2001, a été promu au grade d'agent des services hospitaliers de classe supérieure à compter du 1er janvier 2018. Il exerce ses fonctions au sein du foyer d'accueil médicalisé de la Résidence départementale d'accueil et de soins de Mâcon, structure d'hébergement pour adultes gravement handicapés. A la suite du signalement d'un incident impliquant un résident, une procédure disciplinaire a été engagée à l'encontre de M. C. A l'issue de cette procédure, sur avis favorable du conseil de discipline réuni le 26 mars 2021, la directrice de la Résidence départementale d'accueil et de soins lui a infligé, par décision du 28 avril 2021, la sanction disciplinaire de la révocation. Le recours gracieux exercé par l'intéressé le 22 juin 2021 contre cette décision a été rejeté par une décision du 5 août 2021. M. C demande l'annulation de ces décisions des 28 avril et 5 août 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. Aux termes de l'article 1er du décret du 7 novembre 1989, dans sa rédaction alors applicable : " Le fonctionnaire contre lequel est engagée une procédure disciplinaire doit être informé qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel et de se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix. Il doit être invité à prendre connaissance du rapport mentionné à l'article à l'article 83 de la loi du 9 janvier 1986 () ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " Le fonctionnaire poursuivi est convoqué par le président du conseil de discipline, quinze jours au moins avant la date de la réunion de ce conseil, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. Il peut, devant le conseil de discipline, présenter des observations écrites ou orales, citer des témoins et se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix ".
3. D'une part, M. C soutient qu'il n'a jamais été entendu sur le grief relatif au non-respect du planning dans le cadre de la procédure disciplinaire, ni dans aucun autre cadre par sa hiérarchie, et n'a ainsi jamais été en mesure de formuler des observations sur sa manière de travailler. Il ressort toutefois des termes du procès-verbal du conseil de discipline du 26 mars 2021 que l'avocat de l'établissement a exposé les griefs concernant le respect de ses consignes de travail -notamment le non-respect de son planning par l'intéressé-, que ces faits étaient également mentionnés de manière précise et circonstanciée aux pages 6, 7 et 8 du rapport de saisine de l'instance disciplinaire et que l'avocat de M. C a présenté des observations précises en réponse à ces griefs. Le requérant n'est par suite pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas été entendu ou mis en mesure de formuler ses observations sur ce grief.
4. D'autre part, M. C soutient que, s'agissant du défaut de livraison des repas, il n'a pas été convoqué sur ce motif devant le conseil de discipline et n'a ainsi pas été en mesure de préparer sa défense sur ce point, qui n'a, par ailleurs, pas été abordé de manière distincte lors de la réunion de l'instance disciplinaire. Toutefois, le rapport de saisine du conseil de discipline mentionne, en page 8, que " () le 17 novembre 2020, Monsieur C n'a pas livré les repas du soir pour les maisonnées Océan er Dune. Cet incident a fait l'objet d'une fiche de signalement () ". Par ailleurs, il ressort des termes du procès-verbal du conseil de discipline que, parmi les griefs exposés par l'avocat de la Résidence départementale d'accueil et de soins, a été mentionné le fait que " des tâches ne sont pas exécutées du tout : repas non livrés du 17/11/2020 ayant fait l'objet d'une fiche d'évènement indésirable ", et que l'avocat de M. C a indiqué que l'intéressé " reconnaît l'erreur de livraison des repas ". Ainsi, contrairement à ce qu'il soutient, le requérant a bien été mis en mesure de présenter utilement sa défense sur ce grief dans le cadre de la procédure disciplinaire.
5. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense, pris en ses deux branches, manque en fait et doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
6. En vertu de l'article 81 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986, aujourd'hui codifié à l'article L. 533-1 du code général de la fonction publique, les sanctions disciplinaires du quatrième groupe sont la mise à la retraite d'office et la révocation.
7. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
8. Pour infliger la sanction considérée à M. C, la directrice de l'établissement a retenu que l'intéressé a adopté à deux reprises un comportement particulièrement inapproprié à l'égard de résidents, qu'il manque régulièrement à son obligation d'obéissance hiérarchique et qu'il ne respecte délibérément pas le protocole sanitaire mis en place au sein de la Résidence départementale d'accueil et de soins.
9. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des témoignages écrits de trois membres du personnel -qu'il n'y a pas lieu d'écarter des débats contrairement à ce que soutient le requérant-, que, le 12 octobre 2021, M. C a enfermé un résident dans la lingerie pendant environ vingt minutes avant de signaler son acte à des collègues qui se sont ensuite chargés de libérer le résident. La matérialité des faits doit, ainsi, être tenue pour établie. Si l'intéressé conteste le caractère volontaire de son acte, les explications qu'il apporte apparaissent confuses et sont, en tout état de cause, contredites par deux des témoignages de ses collègues dont il résulte que le requérant avait, quelques minutes auparavant, menacé le résident de l'enfermer dans une pièce et que son acte était motivé par la circonstance que le résident le gênait pour nettoyer le sol. Si l'intéressé conteste également la date à laquelle se sont produits les faits, il n'apporte aucune justification probante à l'appui de cette contestation, qui n'est en tout état de cause de nature à remettre en cause ni la matérialité des faits ni leur caractère fautif. De même, si M. C soutient que le résident n'a pas été blessé physiquement ou psychologiquement, cette circonstance n'est pas de nature à remettre en cause la matérialité des faits ou leur caractère fautif.
10. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, le même jour, M. C a empoigné un résident qui gênait son passage, faits que l'intéressé a reconnus. Si le requérant conteste la date des faits, il n'apporte aucun élément probant à l'appui de cette contestation, laquelle est en tout état de cause sans incidence sur la matérialité des faits. Par ailleurs, si M. C soutient que le résident n'a été ni blessé ni choqué par son geste, il n'en demeure pas moins qu'un tel comportement est inapproprié, tout particulièrement compte tenu de l'état de vulnérabilité et de dépendance des résidents de l'établissement, et qu'il revêt de ce fait un caractère fautif.
11. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C ne respectait pas son planning, n'effectuait pas certaines des tâches qui lui étaient confiées, et omettait délibérément de porter son masque, faits qui sont établis, d'une part, par un rapport administratif établi à la demande de la hiérarchie de l'intéressé par la coordonnatrice administrative et logistique de l'établissement et, d'autre part, par des fiches de signalement d'événements indésirables, l'une portant sur l'absence de livraison des repas du soir des résidents, deux autres portant sur le non-respect de l'obligation de port du masque. Contrairement à ce que soutient le requérant, ces faits révèlent un comportement général caractérisé par une absence de respect des consignes et de l'autorité hiérarchique, et non son inaptitude à exercer normalement les fonctions correspondant à son grade. Ces faits, dont la matérialité n'est au demeurant pas sérieusement contestée par le requérant, sont de nature à justifier une sanction disciplinaire.
12. En dernier lieu, à supposer que M. C ait entendu soulever le moyen tiré du caractère disproportionné de la sanction, ce moyen n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la Résidence départementale d'accueil et de soins, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande M. C au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.
15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme que demande la Résidence départementale d'accueil et de soins au titre de ces mêmes frais.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la Résidence départementale d'accueil et de soins au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la Résidence départementale d'accueil et de soins.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Hunault, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2022.
La rapporteure,
M. DesseixLe président,
L. Boissy
La greffière,
E. Herique
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026