jeudi 29 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2102918 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | GRENIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Grenier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 septembre 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié la cessation des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement, à son conseil, de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise sans qu'ait été observée la procédure contradictoire prévue par l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, laquelle constitue une garantie ;
- un entretien personnel n'a pas été mené par un agent de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dûment formé à cet effet ;
- cette décision est entachée d'erreur de droit dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas examiné sa situation de vulnérabilité ;
- elle est entachée également d'erreur de droit en ce que la prétendue fraude qui lui est imputée n'entre pas dans les prévisions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur de fait et de d'erreur de qualification juridique, dès lors qu'aucune fraude ne peut lui être reprochée.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er septembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens invoqués ne sont pas fondés ;
- à supposer que le moyen tiré de l'absence d'intention frauduleuse doive être retenu, il appartiendrait alors au tribunal de procéder à une substitution de motif en relevant qu'en s'abstenant d'aviser l'Office français de l'immigration et de l'intégration de la protection qui lui a été accordée en Hongrie, M. B a méconnu les exigences des autorités chargées de l'asile.
Par une décision du 9 décembre 2021, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par une ordonnance du 3 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Viotti, conseillère, a seul été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant afghan né le 24 avril 1995, a sollicité l'asile le 17 août 2021 et accepté le même jour l'offre de prise en charge au titre des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile. Par la décision du 30 septembre 2021 dont il est demandé l'annulation, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'il avait " obtenu ou tenté d'obtenir frauduleusement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues pour les demandeurs d'asile ".
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
2. Aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III ". Aux termes de l'article L. 551-9 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". Selon l'article L. 551-16 de ce code : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / 4° Il a dissimulé ses ressources financières ; / 5° Il a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ; / 6° Il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes. () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ". Enfin, aux termes de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. () ".
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a, par courrier du 24 septembre 2021, remis en main propre le jour-même, informé M. B de son intention de cesser de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en dissimulant qu'il a obtenu la protection internationale en Hongrie, et qu'il disposait d'un délai de quinze jours pour présenter ses observations. L'intéressé a répondu à ce courrier par écrit daté du même jour. Dans ces conditions, M. B, qui a été mis en mesure de présenter ses observations avant que ne soit édictée la décision attaquée, n'est pas fondé à soutenir qu'elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". L'article L. 522-2 dudit code dispose : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ". Enfin, en vertu de l'article L. 522-3 de ce code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".
5. Il résulte des dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené, préalablement à la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil. Au demeurant, il ressort de la " fiche évaluation de vulnérabilité " versée en défense par l'Office français de l'immigration et de l'intégration que M. B a bénéficié, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile le 17 août 2021, d'un entretien de vulnérabilité en langue dari, qu'il a déclaré comprendre. Enfin, aucune des pièces du dossier ne permet de douter sérieusement que l'auditeur ayant mené l'entretien ait reçu une formation spécifique à cette fin. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait négligé de prendre en compte la situation de vulnérabilité de M. B, sur laquelle il n'apporte, au demeurant, aucune précision. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. En quatrième lieu, il est toujours loisible à l'administration, même en l'absence de texte l'y autorisant expressément, de procéder au retrait d'un avantage obtenu par fraude. Ainsi, alors même que les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité ne prévoient pas expressément d'hypothèse de retrait des conditions matérielles d'accueil en cas de fraude, l'Office français de l'immigration et de l'intégration pouvait se fonder sur un tel motif sans entacher la décision attaquée d'une erreur de droit.
8. En cinquième lieu, la seule circonstance que M. B n'ait pas indiqué être bénéficiaire de la protection subsidiaire en Hongrie, fait qu'il ne conteste pas, ne caractérise pas, à elle seule, une fraude visant à l'obtention des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur d'appréciation sur ce point.
9. Toutefois, l'Office français de l'immigration et de l'intégration demande que soit substitué à ce motif de la décision contestée un nouveau motif tiré de ce que, en s'abstenant de faire savoir qu'il est bénéficiaire de la protection subsidiaire en Hongrie, M. B a manqué à son obligation de respect des exigences des autorités chargées de l'asile en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction de sa demande.
10. L'administration peut, en première instance comme en appel faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
11. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la lettre adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration par M. B dans le cadre de la procédure contradictoire qui a précédé l'édiction de la décision attaquée, que l'intéressé n'ignorait pas avoir obtenu la protection subsidiaire en Hongrie. En s'abstenant d'en faire mention lors du dépôt de sa demande d'asile, l'intéressé s'est ainsi placé dans la situation prévue par le 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Ce motif est susceptible de fonder légalement la décision en litige. Il résulte par ailleurs de l'instruction que le directeur territorial de l'Office aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce motif. Par suite, dès lors qu'elle ne prive le requérant d'aucune garantie procédurale dans la mesure où l'obtention d'une protection internationale en Hongrie était mentionnée dans le courrier l'invitant à faire valoir ses observations, il y a lieu de procéder à la substitution de motif demandée.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 30 septembre 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Grenier.
Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.
La rapporteure,
O. VIOTTILe président,
O. ROUSSET
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2102918
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026