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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2102920

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2102920

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2102920
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMIFSUD ELODIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 novembre 2021 et 31 mars 2022, Mme A C épouse B, représentée par la SCP Clemang Gourinat, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2021 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sur le refus de titre de séjour :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa demande ;

- elle est dépourvue de base légale dès lors que l'article 11 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ne lui est pas applicable ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que cette décision ne fait pas application des stipulations de l'accord franco-algérien ;

- l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est irrégulier ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des articles 6.5 et 6.7 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- sur la décision accordant un délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- sur la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées le 15 juin 2022, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office, tirés d'une part, de la méconnaissance du champ d'application de la loi par le préfet de Saône-et-Loire en appliquant à un ressortissant algérien régi par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, de ce qu'il y a lieu de substituer à cette base légale erronée le pouvoir discrétionnaire d'appréciation du préfet pour délivrer une autorisation provisoire de séjour aux parents d'un enfant malade de nationalité étrangère.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 décembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique,

- le rapport de Mme Zeudmi Sahraoui, rapporteure,

- et les observations de Me Clemang, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse B, ressortissante algérienne, est entrée régulièrement en France le 13 mars 2019. Elle a sollicité la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de représentant légal d'un enfant malade. Par un arrêté du 13 octobre 2021, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la légalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

2. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de

l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions politiques ou privées, de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la fille de Mme C, Dania, née prématurément le 27 avril 2015, est atteinte d'une surdité bilatérale profonde depuis sa naissance nécessitant la pose d'implants cochléaires. Elle présente également des difficultés de développement liées à la prématurité et à la surdité. Dès son arrivée sur le territoire français, la petite Dania été prise en charge par le service oto-rhino-laryngologie du centre hospitalier universitaire de Dijon. Elle a subi, le 13 décembre 2019, une intervention consistant en la pause d'implants cochléaires et est depuis, régulièrement suivie par ce service, ainsi qu'en attestent les nombreux documents médicaux versés au dossier et établis par les médecins du CHU. Une nouvelle opération chirurgicale consistant à remplacer l'implant gauche, devenu défectueux, a dû être réalisée le 5 octobre 2021 et de nouvelles séances de rééducation orthophoniques ont été mises en place. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Dania fait l'objet d'une prise en charge pluridisciplinaire. En effet, Dania, reconnue handicapée à 80 % par la maison départementale pour les personnes handicapées, s'est vu accorder un accompagnement scolaire et bénéficie ainsi de l'assistance d'une tierce personne dans le cadre de sa scolarité. L'enfant est par ailleurs prise en charge, depuis le début de l'année 2020, au Centre de rééducation de l'ouïe et de la parole (CROP) de Chalon-sur-Saône. Elle y bénéficie d'un suivi psychomoteur et orthophonique, d'un accompagnement éducatif et d'un accompagnement en langue des signes française. Un accompagnement psychologique a également été mis en place à compter de septembre 2020 auprès de Mme C laquelle a également été intégrée dans le processus d'apprentissage de la langue des signes française. Il ressort ainsi des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué la fille de Mme C, alors âgée de six ans, bénéficiait, depuis au moins deux ans, d'une prise en charge pluridisciplinaire dont l'interruption lui serait très préjudiciable. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, Mme C est ainsi fondée à soutenir que le refus de lui accorder une autorisation provisoire de séjour pour l'accompagnement d'un enfant malade et l'obligation de quitter le territoire français dont elle a fait l'objet ont méconnu l'intérêt supérieur de son enfant, garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la légalité des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :

4. Compte-tenu de ce qui précède, Mme C est fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination.

5. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 13 octobre 2021 du préfet de Saône-et-Loire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard aux motifs du présent jugement et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un changement dans les circonstances de droit ou de fait y fasse obstacle, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement que le préfet de Saône-et-Loire délivre à Mme C une autorisation provisoire de séjour pour l'accompagnement d'un enfant malade d'une durée de six mois. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 décembre 2021. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Clemang, avocate de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 13 octobre 2021 du préfet de Saône-et-Loire est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Saône-et-Loire de délivrer à Mme C épouse B une autorisation provisoire de séjour pour l'accompagnement d'un enfant malade d'une durée de six mois dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Clemang la somme de 1 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Clemang.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

M. Hugez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

La rapporteure,

N. ZEUDMI SAHRAOUI

Le président,

Ph. NICOLET La greffière,

L. CUROT

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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