jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2102945 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BLT DROIT PUBLIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 novembre 2021 et 6 juin 2022, Mme B A, représentée par Me Marian, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 septembre 2021 prononçant sa suspension, sans traitement, pour non-respect de l'obligation vaccinale contre la covid-19 ;
2°) de rétablir le versement de son traitement ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Sens une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-l du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît le règlement (UE) 2021/953 du Parlement européen et du Conseil du 14 juin 2021 relatif à un cadre pour la délivrance, la vérification et l'acceptation de certificats COVID-19 interopérables de vaccination, de test et de rétablissement (certificat COVID numérique de l'UE) afin de faciliter la libre circulation pendant la pandémie de COVID-19 et la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne en tant qu'elle porte atteinte au principe de non-discrimination en raison de l'état de santé garanti par ces textes ;
- elle est contraire à la Constitution ;
- elle est illégale dès lors que le décret d'application expressément prévue par l'article 12 de la loi du 5 août 2021, sur avis de la Haute autorité sanitaire (HAS), n'a pas été publié ;
- cette décision, qui n'est ni une sanction disciplinaire ni une mesure relevant de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, prise en application de l'article 14 de la loi du 5 août 2021, crée une mesure qui déroge au statut général des fonctionnaires ; en tout état de cause, le Conseil commun de la fonction publique devait être saisi avant la publication de la loi du 5 août 2021 en application des dispositions de l'article 9 ter de la loi du 13 juillet 1983 et de celles de l'article 2 du décret du 30 janvier 2012 ;
- cette décision ne respecte pas le droit de la défense et méconnait les dispositions de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 ;
- elle porte atteinte au principe de non-discrimination en raison de l'état de santé ;
- elle est discriminatoire et constitue une rupture d'égalité entre les agents publics et entre les assurés sociaux ;
- elle méconnait les dispositions du 2° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 ;
- les dispositions des articles 12, 13 et 14 de loi du 5 août 2021 ne visent pas les agents en congé maladie et elles n'ont pas vocation à s'appliquer à l'agent qui n'est pas en mesure d'exercer son activité ;
- la décision attaquée porte atteinte à l'interdiction des traitements inhumains et dégradants et méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle porte atteinte au droit à la vie résultant de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée constitue un moyen de pression tendant à imposer au fonctionnaire un traitement médical puisqu'à défaut de se soumettre à la vaccination, il se trouve privé de rémunération ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2022, le centre hospitalier de Sens, représenté par la SELARL BLT Droit public, conclut au rejet de la requête, à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-l du code de justice administrative, et à sa condamnation aux entiers dépens.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la Constitution du 4 octobre 1958 ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement communautaire UE 2021-953 du 14 juin 2021 ;
- la Convention d'Oviedo du 4 avril 1997 ;
- le code de la santé publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;
- le décret n° 2012-148 du 30 janvier 201- le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de M. Puglierini, rapporteur public,
- les observations de Me Galifi représentant le centre hospitalier de Sens.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, infirmière de classe supérieure titulaire au centre hospitalier de Sens, demande au Tribunal d'annuler la décision en date du 15 septembre 2021 par laquelle le directeur de cet établissement l'a suspendue de ses fonctions avec interruption du versement de sa rémunération, à compter du 15 septembre 2021, jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination.
Sur les conclusions en annulation :
2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 visée ci-dessus, relative à la gestion de la crise sanitaire, dans sa version applicable au présent litige : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : 1° Les personnes exerçant leur activité dans : a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique ainsi que les hôpitaux des armées mentionnés à l'article L. 6147-7 du même code ()2° Les professionnels de la santé mentionnés à la quatrième partie du code de la santé publique, lorsqu'ils ne relèvent pas du 1° du présent I () 4° () ainsi que les personnes travaillant dans les mêmes locaux que les professionnels mentionnés au 2° ou que les personnes mentionnées au 3° ()". L'article 13 de la même loi dispose, dans sa version alors en vigueur : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. () 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication () ". Selon l'article 14 de cette loi : " I. () B - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. () III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I (). La dernière phrase du deuxième alinéa du présent III est d'ordre public ".
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. ". Enfin, aux termes de l'article 41 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois (). Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence () ".
4. La décision par laquelle le directeur d'un établissement de santé public prend une mesure de suspension à l'égard d'un agent public qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19, si elle ne constitue ni une sanction disciplinaire, ni une mesure de police administrative, a néanmoins pour effet de priver l'intéressé de son traitement, dont le versement constitue, après service fait ou pendant une période de congé maladie, un droit garanti par les dispositions précitées de la loi du 13 juillet 1983 et de la loi du 9 janvier 1986. Une telle décision doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
5. En l'espèce, la décision du 15 septembre 2021 suspendant les fonctions et le versement de la rémunération de Mme A à compter du 15 septembre 2021 vise les lois des 13 juillet 1983, 9 janvier 1986, 5 août 2021 ainsi que le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021, mais ne comporte toutefois aucune considération de fait relative aux motifs pour lesquels cette mesure a été prise. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, cette décision doit être annulée.
Sur les autres conclusions de la requête :
6. Mme A demande au tribunal de rétablir le versement de son traitement. Toutefois, il n'appartient pas au juge administratif, qui ne peut prononcer des mesures d'injonction que dans les cas prévus aux articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative, de se substituer à l'administration pour prendre une telle décision. Les conclusions de la requérante ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance et les dépens :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier de Sens demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du centre hospitalier de Sens la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
8. La présente instance n'ayant pas donné lieu à des dépens, les conclusions présentées à ce titre par le centre hospitalier de Sens ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 15 septembre 2021 prononçant la suspension sans traitement de Mme A pour non-respect de l'obligation vaccinale contre la covid-19 est annulée.
Article 2 : Le centre hospitalier de Sens versera à Mme A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-l du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de Sens.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Delespierre, président,
Mme Desseix, première conseillère,
Mme Hunault, conseillère.
Rendu public par la mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
La rapporteure,
M. DESSEIX
Le président,
N. C
La greffière,
E. HERIQUE
La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026