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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2103149

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2103149

mercredi 20 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2103149
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantVIBOUREL ANNE-CAROLINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 décembre 2021, et des mémoires enregistrés le 17 janvier 2022 et le 3 mai 2022, M. H B A, représenté par Me Vibourel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 octobre 2021, par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial en faveur de sa fille mineure G C B A ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui accorder le regroupement familial sollicité ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans le mois suivant la notification du jugement à venir ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, révélatrice à tout le moins d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de sa fille, qui se trouve isolée au Cameroun.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 janvier 2022, le préfet de de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Laurent, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant camerounais né en 1989, a déposé le 11 juin 2021 une demande de regroupement familial en faveur de sa fille G C B A, née le 15 février 2010 au Cameroun, où elle est demeurée à la garde de ses grands-parents. Par décision du 18 octobre 2021, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de donner une suite favorable à cette demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 25 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 71-2021-040 de la préfecture de Saône-et-Loire du même jour, le préfet de ce département a donné à M. David-Anthony Delavoët, secrétaire général de la préfecture, délégation à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception d'actes au nombre desquels ne figure pas la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : () 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ".

4. La décision attaquée mentionne les dispositions sur lesquelles elle se fonde, ainsi que les faits sur lesquels le préfet s'est appuyé pour estimer que le requérant ne pouvait être regardé comme satisfaisant à la condition fixée par la disposition citée ci-dessus. Elle est ainsi suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la demande de M. B A.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B A a fait l'objet d'une condamnation à une peine d'emprisonnement délictuel de douze mois avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve de deux ans, prononcée le 18 novembre 2016 par le tribunal correctionnel de Dijon, pour des faits de violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours, en l'espèce 60 jours, sur son fils Owona Mathis, né le 3 septembre 2014 de son union avec une ressortissante de nationalité française. Eu égard à la gravité de tels faits, et notamment à la circonstance qu'ils ont été commis sur un enfant de deux ans, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en considérant que M. B A ne se conformait pas aux principes essentiels qui régissent la vie familiale en France, quand bien même ces faits remontaient à plus de cinq ans à la date de la décision litigieuse et que l'intéressé a depuis, donné des gages d'insertion sociale et professionnelle. L'intéressé ne peut à cet égard se prévaloir utilement du jugement en assistance éducative en date du 12 avril 2022, postérieur à la décision en litige. En outre, si ce jugement constate une certaine normalisation des relations entre le requérant et son fils, il n'en demeure pas moins que cet enfant a été placé sous assistance éducative à la suite des actes de violence dont il a été victime.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

8. M. B A se prévaut des liens avec sa fille, à l'égard de laquelle il a obtenu le transfert de l'autorité parentale par jugement du tribunal du premier degré de Yaoundé prononcé le 5 mai 2021, avec l'accord de la mère de l'enfant. Toutefois, les éléments qu'il produit quant à sa participation à l'éducation et l'entretien de sa fille se résument à des preuves de versement de sommes d'argent durant l'année 2021, sans d'ailleurs que les liens entre sa fille et le destinataire de ces sommes soient précisés. Si le requérant produit également son passeport, celui-ci ne fait état que de quatre voyages de quelques jours au Cameroun en 2016, 2019 et 2020. Ces éléments ne peuvent dès lors permettre d'établir le maintien de liens familiaux particulièrement intenses entre M. F et sa fille. Dans ces conditions, la décision n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Il ressort des pièces du dossier que la jeune G C, âgée de 11 ans, est demeurée à la garde de ses grands-parents au Cameroun, et risque de s'y trouver isolée, sa mère étant partie s'établir dans un pays voisin et ses grands-parents ne pouvant plus s'occuper d'elle en raison de leur état de santé. Toutefois, les éléments médicaux produits à la date de la décision attaquée ne faisait état que de problèmes d'hypertension et oculaires pour le grand-père et d'arthrose sévère pour la grand-mère. Si celle-ci a ensuite été atteinte d'un cancer du poumon, le diagnostic date de janvier 2022 et est donc postérieur à la décision attaquée, de même que le certificat médical établi le 24 mars 2022 à l'égard de son époux, qui évoque une évolution défavorable de son état de santé en raison notamment d'un glaucome, d'une cataracte et de la maladie d'Alzheimer. En outre, malgré les difficultés indéniables créées par cette situation, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intérêt supérieur de l'enfant serait de vivre avec son père, eu égard au comportement de ce dernier, au sujet duquel il n'apporte ni explication, ni élément permettant de considérer qu'il aurait pris conscience de la gravité des actes de violence commis à l'encontre de son fils. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de la jeune G C en estimant que son père ne présentait pas les garanties requises, au regard des principes essentiels régissant la vie familiale en France, pour se voir accorder la mesure de regroupement familial demandée à l'égard de cette enfant.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B A doit être rejetée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à M. B A de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H B A et au préfet de Saône-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. David Zupan, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2022.

La rapporteure,

M.-E. Laurent

Le président,

D. ZUPAN

La greffière,

C. CHAPIRON

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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