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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200069

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200069

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200069
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantRENOUARD FABRICE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 janvier 2022, Mme D C, représentée par Me Manhouli, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 novembre 2021 par laquelle le directeur de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Laignes a prononcé sa suspension pour non-respect de l'obligation vaccinale contre la covid-19, à compter du 22 novembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'EHPAD de Laignes de lui verser, à compter du 22 novembre 2021, la rémunération à laquelle elle a droit dans le cadre de son arrêt de travail, d'assimiler la période d'absence du service de l'intéressée à compter de cette même date à une période de travail effectif pour la détermination de ses congés payés ainsi que pour ses droits acquis au titre de son ancienneté et de son avancement, dans le délai de trente jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'EHPAD de Laignes une somme de 1 000 euros à verser à la requérante au titre de l'article L. 761-l du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à défaut de la production d'une délégation conforme, la décision attaquée sera considérée comme illégale ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle devait être convoquée à un entretien afin que soient examinés les moyens de régulariser sa situation ;

- cette décision est illégale dès lors qu'elle était placée en congé maladie depuis le 3 septembre 2021 ;

- la seule circonstance qu'elle exerce dans un lieu visé par la loi du 5 août 2021 ne saurait impliquer le respect de l'obligation vaccinale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Laignes, représenté par la SELARL Cabinet d'avocats Fabrice Renouard, conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme C.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de M. Puglierini, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 10 novembre 2021, le directeur de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Laignes a suspendu de ses fonctions Mme C, aide-soignante titulaire, à compter du 22 novembre 2021 jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination, avec interruption du versement de sa rémunération. Mme C demande au tribunal d'annuler cette décision du 10 novembre 2021.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 visée ci-dessus, relative à la gestion de la crise sanitaire, dans sa version applicable au présent litige : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : 1° Les personnes exerçant leur activité dans : a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique ainsi que les hôpitaux des armées mentionnés à l'article L. 6147-7 du même code ()2° Les professionnels de la santé mentionnés à la quatrième partie du code de la santé publique, lorsqu'ils ne relèvent pas du 1° du présent I () 4° () ainsi que les personnes travaillant dans les mêmes locaux que les professionnels mentionnés au 2° ou que les personnes mentionnées au 3° ()". L'article 13 de la même loi dispose, dans sa version alors en vigueur : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. () 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication () ". Selon l'article 14 de cette loi : " I. () B - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. () III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I (). La dernière phrase du deuxième alinéa du présent III est d'ordre public ".

En ce qui concerne la légalité externe de la décision attaquée :

3. En premier lieu, M. B, directeur des ressources humaines, disposait d'une délégation de la part du directeur de l'EHPAD de Laignes aux fins de signer tous actes et correspondances relatifs à la gestion et à la rémunération du personnel médical et non médical de l'EHPAD de Laignes, en vertu d'une décision du 30 avril 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er de la loi susvisée du 5 août 2021 : " () 2. Lorsqu'un agent public soumis à l'obligation prévue aux 1° et 2° du A du présent II ne présente pas les justificatifs, certificats ou résultats dont ces dispositions lui imposent la présentation et s'il ne choisit pas d'utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés, ce dernier lui notifie, par tout moyen, le jour même, la suspension de ses fonctions ou de son contrat de travail. Cette suspension, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent produit les justificatifs requis./ Lorsque la situation mentionnée au premier alinéa du présent 2 se prolonge au-delà d'une durée équivalente à trois jours travaillés, l'employeur convoque l'agent à un entretien afin d'examiner avec lui les moyens de régulariser sa situation, notamment les possibilités d'affectation, le cas échéant temporaire, sur un autre poste non soumis à cette obligation ".

5. Mme C ne peut utilement se prévaloir de la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article 1er de la loi du 5 août 2021 dès lors qu'elle intervient après la décision de suspension de fonctions et est, en conséquence, sans incidence sur la légalité de cette décision.

En ce qui concerne la légalité interne de la décision attaquée :

6. Aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligation du fonctionnaire : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire () ". Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire en activité à droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 42 ".

7. Il résulte de ces dispositions ainsi que celles citées au point 2 que si le directeur d'un établissement de santé public peut légalement prendre une mesure de suspension, à compter du 15 septembre 2021, à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question.

8. Tout d'abord, Mme C, contrairement à ce qu'elle soutient, devait se soumettre à l'obligation vaccinale contre la covid 19, à compter du 15 septembre 2021, compte tenu de ses missions d'aide-soignante au sein d'un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, en application des dispositions précitées des articles 12, 13 et 14 de la loi du 5 août 2021. Il ressort des pièces du dossier qu'elle a été informée des conséquences sur sa situation administrative du non-respect de l'obligation de vaccination contre la covid 19 par courriers des 27 août 2021 et 22 octobre 2021 des conséquences sur sa situation administrative du non-respect de l'obligation de vaccination contre la covid 19. A la date du 15 septembre 2021, Mme C, même si elle était placée en congé maladie depuis le 3 septembre 2021, n'a pas justifié avoir satisfait à cette obligation vaccinale à laquelle elle ne pouvait ignorer être soumise. Dès lors, c'est à bon droit que le directeur de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de Laignes, a suspendu l'intéressée à compter du 21 novembre 2021, au terme de son congé maladie.

9. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme C a été placée en congé maladie de façon ininterrompue du 3 septembre 2021 au 14 juillet 2022. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que dès lors la décision attaquée ne pouvait être d'effet immédiat et son entrée en vigueur devait être différée au terme du congé maladie de la requérante.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme C est seulement fondée à demander l'annulation de la décision attaquée, en tant qu'elle suspend les fonctions et le versement du traitement de l'intéressée à compter du 22 novembre 2021.

Sur les conclusions à fin injonction :

11. Le présent jugement, qui annule la décision en date du 10 novembre 2021 du directeur de l'EHPAD de Laignes, en tant qu'elle suspend la requérante de ses fonctions et qu'elle suspend le versement de ses traitements avant l'expiration de son congé maladie, implique nécessairement que l'administration prenne une nouvelle décision rétablissant l'intéressée dans ses droits, y compris à rémunération, pour la période comprise entre le 10 novembre 2021 et le 14 juillet 2022 inclus, dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'EHPAD de Laignes demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'EHPAD de Laigne la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 10 novembre 2021 du directeur de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de Laignes, en tant qu'elle suspend les fonctions et le versement des traitements de Mme C à compter du 22 novembre 2021, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de Laignes de prendre une nouvelle décision rétablissant la rémunération de Mme C ainsi que ses droits à l'avancement et à la détermination de ses congés payés durant la période comprise entre le 22 novembre 2021 et le 14 juillet 2022 inclus, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 L'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de Laignes versera à Mme C une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-l du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de Laignes.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Delespierre, président,

M. Blacher, premier conseiller,

Mme Desseix, première conseillère

Rendu public par la mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

La rapporteure,

M. DESSEIX

Le président,

N. DELESPIERRE

La greffière,

A. ROUSSILHE

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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