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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200170

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200170

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200170
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationZUPAN David
Avocat requérantSELARL SAMSON & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 janvier 2022, M. C A, représenté par Me Samson, demande au tribunal d'annuler l'arrêté, en date du 10 janvier 2022, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de cinq mois.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- il procède d'un détournement de procédure, le préfet s'étant artificiellement fondé, en l'absence de toute urgence, sur l'article L. 224-2 du code de la route, au lieu de son article L. 224-7, dans le seul but de s'affranchir de la procédure contradictoire préalable prévue par l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, dont les dispositions ont ainsi été méconnues.

Par deux mémoires en défense enregistré les 14 et 15 avril 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été seulement entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. B, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A conteste l'arrêté, en date du 10 janvier 2022, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de cinq mois en conséquence d'une infraction relevée deux jours plus tôt à Neuilly-Crimolois et consistant à avoir pris le volant sous l'empire d'un état alcoolique.

2. Aux termes de l'article L. 224-2 du même code : " I. - Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : 1° L'état alcoolique est établi au moyen d'un appareil homologué, conformément au 1° du I de l'article L. 224-1, ou lorsque les vérifications mentionnées aux articles L. 234-4 et L. 234-5 apportent la preuve de cet état ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves et vérifications destinées à établir la preuve de l'état alcoolique () ". Selon l'article L. 234-1 du même code : " I. - Même en l'absence de tout signe d'ivresse manifeste, le fait de conduire un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique caractérisé par une concentration d'alcool dans le sang égale ou supérieure à 0,80 gramme par litre ou par une concentration d'alcool dans l'air expiré égale ou supérieure à 0,40 milligramme par litre est puni de deux ans d'emprisonnement et de 4 500 euros d'amende ". Enfin, aux termes de l'article L. 234-2 de ce même code : " I. - Toute personne coupable de l'un des délits prévus à l'article L. 234-1 encourt également les peines complémentaires suivantes : / 1° La suspension, pour une durée de trois ans au plus, du permis de conduire, cette suspension ne pouvant pas être limitée à la conduite en dehors de l'activité professionnelle () ".

3. En premier lieu, le signataire de l'arrêté attaqué, M. D E, chef de bureau de la défense et de la sécurité pour le préfet de la Côte-d'Or, a été investi par ce dernier d'une délégation, en vertu d'un arrêté du 2 novembre 2021, l'habilitant à signer en son nom l'ensemble des actes et documents concernant les permis de conduire, notamment les arrêtés portant suspension des titres de conduite. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, mentionne la date et le lieu de l'infraction, ainsi que la nature de celle-ci et les vérifications effectuées en vertu de l'article R. 234-4 du code de la route, enfin souligne que, contrairement à ce que soutient le requérant, son taux d'alcoolémie a été révélé à " 0,64 mg/L " et est constitutif d'un danger grave et immédiat. Cette motivation satisfait aux exigences des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, quand bien même l'arrêté ne vise pas spécifiquement l'article L. 234-1 du code de la route, lequel, au demeurant, fonde la sanction pénale et non la mesure administrative contestée. A cet égard, en outre, M. A ne peut en tout état de cause utilement invoquer les termes de la circulaire du 28 septembre 1987 relative à la motivation des actes administratifs qui, si elle a fait l'objet d'une mise en ligne sur le site Légifrance, ne figure pas en revanche au nombre des documents opposables au sens des dispositions des articles L. 312-2 et L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration, faute d'avoir été publiée à cet effet sur un site ministériel.

5. Par ailleurs, M. A reproche inutilement au préfet, que ce soit au titre de la motivation de l'arrêté attaqué ou à propos de la réalité de l'infraction, d'avoir mentionné un taux d'alcoolémie de 64 milligrammes par litre, sans précision sur le point de savoir si ce taux était déterminé par litre de sang, ce qui serait en deçà du seuil d'infraction prévu par l'article L. 234-1 du code de la route, ou par litre d'air expiré, dès lors que l'arrêté litigieux précise que ce taux a été relevé par éthylomètre, ce qui induit nécessairement qu'il est déterminé en fonction d'une quantité d'air expiré.

6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () ".

7. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 1° du code de la route, qui doit être prise dans les cent-vingt heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur dont l'état d'ébriété a été établi retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, se dispenser de cette formalité. Eu égard au caractère dangereux de la conduite de M. A pour lui-même et pour les tiers, ainsi qu'au délai de cent-vingt heures imparti à l'autorité préfectorale, l'existence d'une situation d'urgence est caractérisée, sans que l'intéressé, en se bornant à relever que l'arrêté en litige lui a été notifié sept jours après le contrôle routier, n'apporte d'éléments sérieux de nature à la remettre en cause et à établir que, comme il le soutient, la mesure contestée a été prise sur le fondement de l'article L. 224-2 à seule fin de le priver d'une procédure contradictoire préalable. Par suite, en se fondant sur cette disposition pour prononcer la suspension du permis de conduire de M. A sans le soumettre à la procédure contradictoire, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas entaché son arrêté d'un vice de procédure ou d'une erreur de droit, ni commis le détournement de procédure allégué.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Côte-d'Or du 10 janvier 2022.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le président,

D. BLa greffière,

C. CHAPIRON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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