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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200276

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200276

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200276
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP GUENOT-SENLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée le 28 janvier 2022, M. B A, représenté par la société civile professionnelle Guenot Avocats, demande au tribunal : 1°) d'annuler les ordres de recouvrer n° APCP20210034307, APCP20210034309, APCP20210060051, APCP20210069860, APCP20210047931, APCP20210047932, APCP20210071937, APCP20180538803, APCP20210019305, APCP20210019306, APCP20210068432, APCP20210076798, APCP20211005212, APCP20211062038, APCP20211220293 et APCP20201189761 des 16 décembre 2020, 20 janvier, 17, 19 et 24 février, 17 mars, 21 avril, 1er juillet, 11 août, 1er septembre, 24 novembre et 1er décembre 2021 émis à son encontre par l'Agence de services et de paiement, pour le recouvrement de trop-perçus d'aides communautaires au titre des campagnes 2015 à 2019 ; 2°) de mettre à la charge de l'Agence de services et de paiement la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient que : - la requête est recevable ; - le délai de prescription de quatre ou de cinq ans, en vertu des articles 2224 du code civil et premier du règlement (CEE, Euratom) n° 2988/95 du 18 décembre 1995, était échu à la date du 3 décembre 2021, dès lors qu'aucun acte interruptif de prescription n'est intervenu entre le 25 février 2016, date du contrôle à l'issue duquel ont été constaté les irrégularités reprochées, et le 3 décembre 2021 ; - à titre subsidiaire, les ordres de recouvrer litigieux sont abscons et ne mentionnent pas les bases de liquidation des créances. Par deux mémoires en défense enregistrés les 8 et 13 mai 2022, l'Agence de services et de paiement conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés. Par un mémoire en défense enregistré le 16 mai 2022, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés. Les parties ont été informées par une lettre du 25 mai 2022 que l'affaire était susceptible, à compter du 4 juillet 2022, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative. La clôture de l'instruction a été fixée au 11 juillet 2022 par ordonnance du même jour. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le règlement (CE, Euratom) n° 2988/95 du 18 décembre 1995 ; - le règlement (UE) n° 1305/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 ; - le code rural et de la pêche maritime ; - le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ; - le décret n° 2016-1203 du 7 septembre 2016 ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Irénée Hugez, - et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public. Considérant ce qui suit : 1. M. B A était exploitant agricole à Brassy dans la Nièvre. Il a sollicité en 2015 trois aides au titre des mesures agroenvironnementales et climatiques, une aide système " systèmes herbagers ", une aide localisée surfacique " absence d'intrants " et une aide localisée " maintien et entretien doux des ripisylves ", pour l'année 2015 et les années suivantes. Il a, par ailleurs, bénéficié d'un apport de trésorerie remboursable au titre de la campagne 2016, dans les conditions prévues par le décret du 7 septembre 2016 relatif à un apport de trésorerie remboursable au bénéfice des agriculteurs. Le 3 décembre 2021, l'Agence de services et de paiement a adressé à M. A une lettre accompagnée de seize ordres de recouvrer portant, pour l'un, restitution d'une avance de trésorerie remboursable au titre de l'année 2016, et pour les autres, restitution de trop-perçus au titre des mesures agroenvironnementales et climatiques. M. A demande au tribunal d'annuler ces seize ordres de recouvrer. Sur les conclusions à fin d'annulation : 2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 : " Toute créance liquidée faisant l'objet () d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". Ainsi, tout titre exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur. 3. En l'espèce, aucun des ordres de recouvrer en litige ne mentionne l'aide concernée ni le mode de calcul de la somme sur laquelle il porte et tous sont revêtus de mentions inintelligibles pour leur destinataire et insusceptibles de constituer leurs bases de liquidation. Si le tableau figurant en annexe de la lettre par laquelle ces ordres de recouvrer ont été notifiés à M. A mentionne, pour chacun d'eux, la campagne à laquelle il se rapporte, la famille d'aides concernée et la somme due, ce tableau ne justifie pas davantage du calcul ayant permis d'aboutir au montant mis en recouvrement. L'Agence de services et de paiement se prévaut encore de la mention figurant sur la lettre par laquelle les ordres de recouvrer litigieux ont été notifiés le 3 décembre 2021, selon laquelle " les bases de la liquidation et les éléments de calcul de la somme due figurent sur le(s) relevé(s) de situation communiqué(s) dans votre espace personnel sur la plate-forme électronique " Telepac " à la rubrique " Mes données et documents-- Documents - Courriers " ainsi qu'à la rubrique " Mes données et documents - Paiements - Paiements par date " ", et produit neuf relevés de situation, dont elle soutient qu'ils sont disponibles aux endroits précités, sans jamais en justifier. Néanmoins, d'une part, à supposer même que ces relevés de situation aient été effectivement mis à la disposition de M. A aux dates indiquées, l'Agence de services et de paiement n'en produit aucun s'agissant des campagnes 2018 et 2019, ne justifiant ce faisant pas que les bases de liquidation des ordres de recouvrer relatifs aux campagnes 2018 et 2019 aient été portées à la connaissance de M. A. D'autre part, aucun de ces relevés, nonobstant leur complexité, leur nombre de pages et le nombre de données numériques dont ils sont revêtus, ne permet de comprendre comment a été calculée la réfaction d'aides communautaires dont a fait l'objet M. A, dès lors que le montant total dû qu'ils mentionnent et qui correspond, selon les cas, soit au montant de l'un des ordres de recouvrer en litige, soit à la somme du montant de deux d'entre eux, y est seulement présenté comme la différence entre le montant total des aides in fine octroyées à l'intéressé et le montant des sommes déjà payées, ce qui, en l'espèce, ne permet aucunement de comprendre à quelle aide se rapporte la réfaction et comment elle a été calculée. Enfin, s'agissant plus spécifiquement de l'ordre de recouvrer d'un montant de 2 127,16 euros, le relevé de situation produit pour en justifier mentionne un montant de 4 132,83 euros et un autre montant de 881,30 euros, et non de 2 127,16 euros, sans que l'on puisse comprendre quel est effectivement le montant de l'apport de trésorerie remboursable initial qui a déjà été imputé, par voie de compensation, et celui qui reste à rembourser. Il s'ensuit que les informations mentionnées sur les ordres de recouvrer litigieux ou sur les documents dont ils étaient accompagnés ne constituent pas une indication suffisante des bases de liquidation des créances. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des prescriptions de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 doit être accueilli et M. A est fondé, pour ce motif et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête, à demander l'annulation de l'ensemble des ordres de recouvrer en litige. Sur les conclusions relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : 4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'Agence de services et de paiement demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, au contraire, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de cette agence une somme de 1 300 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.D E C I D E : Article 1er : Les ordres de recouvrer n° APCP20210034307, APCP20210034309, APCP20210060051, APCP20210069860, APCP20210047931, APCP20210047932, APCP20210071937, APCP20180538803, APCP20210019305, APCP20210019306, APCP20210068432, APCP20210076798, APCP20211005212, APCP20211062038, APCP20211220293 et APCP20201189761 des 16 décembre 2020, 20 janvier, 17, 19 et 24 février, 17 mars, 21 avril, 1er juillet, 11 août, 1er septembre, 24 novembre et 1er décembre 2021 émis à l'encontre de M. A par l'Agence de services et de paiement, pour le recouvrement de trop-perçus d'aides communautaires au titre des campagnes 2015 à 2019 sont annulés. Article 2 : L'Agence de services et de paiement versera une somme de 1 300 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté. Article 4 : Les conclusions présentées par l'Agence de services et de paiement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées. Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à l'Agence de services et de paiement et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire. Copie en sera adressée au préfet de la Nièvre et à la région Bourgogne-Franche-Comté. Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient : M. Zupan, président, Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère, M. Hugez, premier conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023. Le rapporteur, I. Hugez Le président, D. Zupan La greffière, L. Curot La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. Pour expédition, La greffière,2N° 2200276lc

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