jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2200335 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LUKEC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 février 2022, Mme A D veuve C, représentée par Me Lukec, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de refus opposée par le préfet de la Côte-d'Or à sa demande de titre de séjour ;
2°) de faire injonction au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée, implicite, ne fait pas la preuve, par ses mentions, de sa régularité ;
- elle n'est pas motivée, en méconnaissance de l'article 1er de la loi du 11 juillet 1979 ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'appréciation au regard de l'article L. 423-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la Côte-d'Or, qui n'a pas produit d'observations.
Mme D veuve C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été seulement entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Zupan, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D veuve C, née en 1955 et de nationalité marocaine, a bénéficié, en sa qualité de conjointe d'un ressortissant français, Ali C, d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", valable jusqu'au 1er juillet 2020. Elle conteste la décision implicite de refus opposée par le préfet de la Côte-d'Or à sa demande de renouvellement de ce titre de séjour.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation.
Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
3. D'une part, il résulte de cette disposition que, contrairement à ce que soutient Mme D veuve C, le caractère implicite du refus de titre de séjour contesté n'affecte pas, par lui-même, sa légalité. Il est à cet égard inutilement argué, cela au surplus dans des termes imprécis voire incohérents, de ce que cette décision, faute d'être écrite, " ne fait pas, par ses mentions, la preuve de sa régularité ".
4. D'autre part, Mme D veuve C ne démontre pas et ne soutient d'ailleurs pas avoir sollicité du préfet de la Côte-d'Or la communication des motifs de la décision attaquée dans les conditions prévues par l'article L. 232-4 précité du code des relations entre le public et l'administration. Elle ne peut dès lors utilement faire valoir que la décision implicite contestée n'est pas motivée, en méconnaissance des articles L. 211-2 et suivants du même code.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". L'article L. 423-3 du même code prévoit que : " Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ". L'article L. 423-4 du même code précise cependant : " La rupture du lien conjugal n'est pas opposable lorsqu'elle résulte du décès du conjoint. Il en va de même de la rupture de la vie commune ".
6. L'inopposabilité du décès du conjoint prévue par cette dernière disposition ne vaut que pour le renouvellement du titre de séjour délivré du vivant du conjoint français de l'étranger qui le sollicite et non pour le renouvellement du titre de séjour en qualité de conjoint de français déjà accordé au bénéfice de ce texte. Or, il ressort des pièces du dossier que le titre de séjour dont la décision attaquée refuse le renouvellement a été accordé pour la période courant du 2 juillet 2019 au 1er juillet 2020, entièrement postérieure au décès du conjoint français de Mme D veuve C, Ali C, survenu le 23 mai 2018. En refusant de faire une seconde fois application de l'article L. 423-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Côte-d'Or n'a donc commis aucune erreur de droit.
7. Aux termes, en troisième lieu, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. En se bornant à faire valoir, sans d'ailleurs s'en expliquer ni en justifier, que la décision attaquée la prive d'un complément de retraite et qu'elle est titulaire d'une carte de veuve de guerre en raison des services accomplis sous les drapeaux par son époux décédé, Mme D veuve C ne démontre pas avoir ancré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Elle ne démontre ni n'allègue, par ailleurs, être dépourvue d'attaches au Maroc et ne justifie pas davantage d'une insertion significative dans la société française. La décision attaquée ne peut, dans ces conditions, être regardée comme portant une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale, et comme ayant en conséquence été prise en violation des stipulations conventionnelles citées au point précédent. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de ne peut être accueilli.
9. Enfin, la circonstance que l'instruction de la demande de titre de séjour de Mme D veuve C a été anormalement longue et que l'intéressée a été maintenue sous récépissé durant près de deux ans est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Ce moyen est donc en tout état de cause inopérant.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D veuve C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite de refus opposée à sa demande de renouvellement de titre de séjour.
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à Mme D veuve C ou à son avocate, par combinaison avec l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D veuve C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié Mme D veuve C, à Me Lukec et au préfet de la Côte-d'Or.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. David Zupan, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
Le président-rapporteur,
David Zupan
La conseillère première assesseure,
M.-E. LAURENT
La greffière,
C. CHAPIRON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026