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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200383

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200383

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200383
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGRIVIAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 février 2022, M. B A, représenté par Me Griviau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2021 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a prononcé la saisie définitive des armes qu'il détenait et qui ont été remises à l'autorité administrative, ensemble la décision non datée rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un " vice d'incompétence " et d'erreur de droit, dès lors qu'après l'expiration du délai d'un an prévu par l'article L. 312-9 du code de la sécurité intérieure, le préfet ne pouvait plus prononcer la saisie définitive de ses armes ;

- cet arrêté, de même que la décision rejetant son recours gracieux sont insuffisamment motivés ;

- le préfet a commis une erreur de qualification des faits et une erreur manifeste d'appréciation ;

- cette décision est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 septembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 16 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 8 septembre 2020, le préfet de la Côte-d'Or a, en application de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure, ordonné à M. A de remettre les armes qu'il détenait à l'autorité administrative. Puis, le préfet de la Côte-d'Or a, par arrêté du 2 septembre 2021, prononcé la saisie définitive de ses armes et lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes et munitions quelle que soit leur catégorie. Le recours gracieux formé par l'intéressé a été rejeté par une décision non datée. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 2 septembre 2021, ensemble la décision rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure : " Si le comportement ou l'état de santé d'une personne détentrice d'armes, de munitions et de leurs éléments présente un danger grave pour elle-même ou pour autrui, le représentant de l'Etat dans le département peut lui ordonner, sans formalité préalable ni procédure contradictoire, de les remettre à l'autorité administrative, quelle que soit leur catégorie ". L'article L. 312-9 de ce code prévoit : " La conservation de l'arme, des munitions et de leurs éléments remis ou saisis est confiée pendant une durée maximale d'un an aux services de la police nationale ou de la gendarmerie nationale territorialement compétents. / Durant cette période, le représentant de l'Etat dans le département décide, après que la personne intéressée a été mise à même de présenter ses observations, soit la restitution de l'arme, des munitions et de leurs éléments, soit leur saisie définitive. / Les armes, munitions et leurs éléments définitivement saisis en application du précédent alinéa sont vendus aux enchères publiques. Le produit net de la vente bénéficie aux intéressés ". Selon l'article L. 312-10 de ce code : " Il est interdit aux personnes dont l'arme, les munitions et leurs éléments ont été saisis en application de l'article L. 312-7 ou de l'article L. 312-9 d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments, quelle que soit leur catégorie. / Cette interdiction cesse de produire effet si le représentant de l'Etat dans le département décide la restitution de l'arme, des munitions et de leurs éléments dans le délai mentionné au premier alinéa de l'article L. 312-9. Après la saisie définitive, elle peut être levée par le représentant de l'Etat dans le département en considération du comportement du demandeur ou de son état de santé depuis la décision de saisie ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. En l'espèce, si l'arrêté attaqué vise, notamment, les articles L. 312-9 et L. 312-10 du code de la sécurité intérieure et comporte ainsi les considérations de droit qui le fondent, il se borne, s'agissant des considérations de fait, à viser le certificat médical du 20 août 2021, puis à indiquer que la gendarmerie a émis " un avis défavorable à une restitution des armes en date du 30 juin 2021 " car " ledit avis fait part d'un risque pour l'ordre public, notamment au vue des circonstances dans lesquelles les armes ont été saisies ", sans davantage de précision, avant de conclure qu' " au regard de l'ensemble de ces éléments précis et concordants, il y a lieu de prononcer la saisie définitive des armes " de M. A. Cette motivation, qui ne précise pas les faits sur lesquels le préfet se fonde pour estimer que le comportement ou l'état de santé de l'intéressé présente toujours un danger grave pour lui-même ou pour autrui à la date à laquelle il est décidé de la saisie définitive des armes qu'il détenait, ne comporte pas les considérations de fait qui en constituent le fondement et, par suite, ne satisfait pas aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 septembre 2021, ensemble la décision non datée ayant rejeté son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 2 septembre 2021 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a prononcé la saisie définitive des armes que M. A détenait et qui ont été remises à l'autorité administrative ainsi que la décision non datée portant rejet de son recours gracieux sont annulés.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Côte-d'Or.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2200383

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