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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200441

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200441

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200441
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET CLEMANG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 14 février et 21 juin 2022, M. B A, représenté par la SCP Clemang-Gourinat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours suivant la notification de jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée dès lors que le préfet a refusé de lui communiquer les motifs de cette décision ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête de M. A.

Il soutient que :

- il n'y avait pas lieu d'enregistrer la nouvelle demande de titre de séjour présentée par M. A dès lors qu'elle était identique à la précédente ;

- il n'était pas tenu de communiquer les motifs d'une décision qui n'avait pas été prononcée ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 juin 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 23 juin 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 avril 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Clemang, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, est entré en France, selon ses déclarations, en 2012. Par un arrêté du 6 avril 2016, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Les 20 septembre 2017 puis 3 avril 2020, il a, à nouveau, fait l'objet de refus de titre de séjour assorti de mesures d'éloignement et d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. A a sollicité, par courrier du 10 août 2020, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et par une décision du 21 août 2020, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par un courrier du 26 février 2021 M. A a présenté une nouvelle demande de titre de séjour. M. A demande l'annulation de la décision implicite de rejet qui serait née du silence de l'administration sur cette demande.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article L. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

3. Le préfet de Saône-et-Loire soutient en défense que la demande de titre de séjour présentée par M. A et reçue par ses services le 26 février 2021 a fait l'objet d'un refus d'enregistrement compte tenu de l'absence d'élément nouveau par rapport à sa demande précédente. Toutefois les allégations du préfet sont contredites par les pièces versées au dossier, notamment par le courrier du 10 mai 2022 par lequel le préfet a demandé au conseil de M. A la communication d'éléments complémentaires " afin de poursuivre l'instruction " du dossier de celui-ci. Ainsi, la demande de M. A ayant fait l'objet d'une instruction par les services de la préfecture de Saône-et-Loire, elle ne peut être regardée comme ayant donné lieu à un refus d'enregistrement. Dès lors, le silence de l'administration sur cette demande a fait naître, à l'issue du délai de quatre mois, prévu par les dispositions précitées, une décision implicite de refus de titre de séjour dont le requérant est recevable à demander l'annulation.

Sur la légalité de la décision attaquée et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête :

4. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, par télécopie en date du 17 décembre 2021 et réceptionnée le même jour par les services de la préfecture de Saône-et-Loire, M. A a demandé la communication des motifs du refus implicite de titre de séjour né du silence de l'administration sur sa demande de titre de séjour. Le préfet n'a pas, malgré cette demande, communiqué à l'intéressé les motifs de cette décision implicite de rejet. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que celle-ci n'est pas motivée.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision implicite de refus de titre de séjour du préfet de Saône-et-Loire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement implique seulement que le préfet de Saône-et-Loire réexamine la demande de titre de séjour de M. A. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article 761-1 du code de justice administrative :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de refus de titre de séjour du préfet de Saône-et-Loire est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Saône-et-Loire de réexaminer la demande de titre de séjour présentée par M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Clemang.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

M. Hugez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

La rapporteure,

N. C

Le président,

Ph. NICOLET La greffière,

L. CUROT

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

lc

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