jeudi 15 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2200516 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CLEMANG-GOURINAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 février 2022, et des mémoires en production de pièces, enregistrés les 4 mars 2022, 24 mai 2022 et 7 juin 2022, Mme A D, représentée par Me Clémang, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté ses demandes de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'issue de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour portant le mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
* en ce qui concerne les décisions portant refus de séjour : :
- la décision prise sur le fondement de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision prise sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est entachée d'une erreur de fait ;
* en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions de refus de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable, dès lors que les conclusions sont dirigées contre des décisions du 21 janvier 2021 qui n'existent pas ;
- les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 26 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 août 2022 à 12 heures.
Par un courrier du 11 août 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que la base légale issue des stipulations de l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement, signé à Libreville le 5 juillet 2007, doit être substituée à la base légale issue des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui a été retenue à tort pour fonder la décision de refus de titre de séjour portant la mention " salarié ".
Des observations sur ce moyen relevé d'office, présentées par le préfet de la Côte-d'Or, ont été enregistrées le 12 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris le 2 décembre 1992,
- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République gabonaise relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement, signé à Libreville le 5 juillet 2007 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- les observations de Me Clémang, représentant Mme A D ;
- et les observations de M. F, représentant le préfet de la Côte-d'Or.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D, ressortissante de nationalité gabonaise née le 10 septembre 1992, est entrée régulièrement en France le 20 janvier 2020 munie d'un visa de long séjour valable du 7 janvier 2020 au 7 janvier 2021, en qualité de conjointe de M. C, ressortissant français qu'elle a épousé au Gabon le 19 octobre 2019. A l'expiration de ce visa, elle a demandé successivement le renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjointe de français, la délivrance d'un titre de séjour en faisant valoir une rupture de la vie commune résultant de violences conjugales, puis la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salariée. Par un arrêté du 21 janvier 2022, le préfet de la Côte-d'Or a rejeté ses demandes de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'issue de ce délai. Par la présente requête, Mme A D, épouse C, demande l'annulation de l'ensemble des décisions contenues dans cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Aux termes de l'article L. 423-5 du même code : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales ou lorsque l'étranger a subi une situation de polygamie. / En cas de rupture de la vie commune imputable à des violences familiales ou conjugales subies après l'arrivée en France du conjoint étranger, mais avant la première délivrance de la carte de séjour temporaire, le conjoint étranger se voit délivrer la carte de séjour prévue à l'article L. 423-1 sous réserve que les autres conditions de cet article soient remplies. ".
3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que si Mme A D, épouse C, a initialement demandé le renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjoint de français, sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le refus n'est d'ailleurs pas contesté dans la présente instance, elle a finalement demandé la délivrance de ce titre sur le fondement de l'article L. 423-5 du même code, en faisant valoir que la vie commune avec son mari, M. C, était rompue du fait de violences conjugales dont il était l'auteur.
4. D'une part, si la décision attaquée précise qu'aucune plainte ni main courante n'a été déposée par la requérante, elle indique également que cette dernière n'apporte pas d'éléments probants confirmant les violences conjugales alléguées. Dans ces conditions, il ne résulte ni de la motivation de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet aurait seulement tenu compte de l'absence de dépôt de plainte ou de main courante pour apprécier la réalité des violences conjugales alléguées par Mme A D, épouse C. Par suite, l'erreur de droit alléguée doit être écartée.
5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme A D a pris contact avec l'association " Solidarité femmes 21 " le 9 novembre 2020 afin de dénoncer le comportement violent et les insultes proférées par son conjoint à son encontre. Toutefois, l'attestation produite, tout en indiquant que le comportement menaçant et agressif de M. C a été remarqué par des membres de l'entourage du couple, ne fait que relater les propos de l'intéressée sans être corroborée par d'autres éléments probants. De même, le témoignage produit à l'instance fait seulement état du ressenti d'une amie du couple lors de conversations téléphoniques sans attester de la réalité des violences conjugales reprochées à M. C. Enfin, le certificat médical du 1er mars 2022 produit à l'instance, au demeurant postérieur à la date de la décision attaquée, qui se borne à indiquer qu'un médecin généraliste a reçu la requérante fin juillet 2021 " pour un suivi de pathologie a priori en rapport avec une conjugopathie ", n'est pas de nature à établir la réalité des violences conjugales alléguées. Ainsi, les pièces versées au dossier ne reposent que sur les seules déclarations de l'intéressée et ne permettent pas d'établir que la rupture de la vie commune aurait été provoquée par les violences physiques et psychologiques exercées par son conjoint, alors qu'au surplus les conjoints continuent à cohabiter sous le même toit le temps de la procédure de divorce. Par suite, Mme A D, épouse C, n'est pas fondée à soutenir que le préfet, en estimant que les violences conjugales alléguées n'étaient pas établies, aurait commis une erreur de fait.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au co-développement, signé à Libreville le 5 juillet 2007 : " Les dispositions du présent accord, qui complètent la convention relative à la circulation et au séjour des personnes signée à Paris le 2 décembre 1992 et la convention d'établissement entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise signée à Libreville le 11 mars 2002, prévalent sur toute disposition contraire antérieure. ". Aux termes de l'article 3 de cet accord : " () 3.2 La carte de séjour temporaire portant la mention salarié ou travailleur temporaire est délivrée sans que soit prise en compte la situation de l'emploi : / a) Au ressortissant gabonais titulaire d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente dans les métiers énumérés en annexe I / b) au ressortissant gabonais titulaire d'un contrat de travail, visé par l'autorité française compétente, destiné à lui assurer un complément de formation professionnelle en entreprise d'une durée inférieure à douze mois. ". Aux termes de l'article 12 de la convention conclue le 2 décembre 1992 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise, relative à la circulation et au séjour des personnes : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention. ". Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail () ".
7. Il résulte de la combinaison des textes cités ci-dessus que, si la situation des ressortissants gabonais souhaitant bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est régie par les stipulations de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise, signé le 5 juillet 2007, la délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention salarié ou travailleur temporaire prévue à l'article 3 de cet accord est subordonnée à la production par ce ressortissant d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente. En l'espèce, pour refuser la délivrance du titre de séjour portant la mention " salarié ", le préfet de la Côte-d'Or, qui s'est fondé à tort sur les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auxquelles peuvent être substituées les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-gabonais, a opposé à Mme A D, épouse C, qu'elle ne disposait pas d'une autorisation de travail délivrée par l'autorité compétente. Il ressort des pièces du dossier, notamment du document établi par la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère et produit par le préfet que, si l'employeur de la requérante a déposé une demande d'autorisation de travail accompagnée d'un contrat à durée déterminée, cette demande a été clôturée faute pour l'employeur de répondre aux demandes de compléments adressées par ladite plateforme. Dans ces conditions, l'erreur de fait alléguée doit être écartée.
8. En dernier lieu, Mme A D, épouse C, fait valoir qu'elle est parfaitement intégrée, dès lors qu'elle occupe un emploi d'aide-soignante depuis plusieurs mois au sein d'une maison de retraite dans le cadre d'un contrat à durée déterminée, pour lequel ses qualités professionnelles sont attestées par son employeur. Toutefois, alors que la vie commune avec son époux a été rompue, qu'une procédure de divorce a été engagée et qu'aucun enfant n'est issu de cette union, la requérante ne se prévaut d'aucun autre lien personnel ou familial en France. En revanche, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait dépourvue d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que les décisions de refus de séjour ne sont pas illégales. Par suite, Mme A D, épouse C, n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de ces décisions à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation des décisions contenues dans l'arrêté du 21 janvier 2022 doivent être rejetées.
Sur l'application des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Il suit de là que les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les frais d'instance :
12. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Mme A D, épouse C, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
13. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par le préfet de la Côte-d'Or au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête n° 2200516 est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme I D, épouse C et au préfet de la Côte-d'Or. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Delespierre, président,
M. Blacher, premier conseiller,
Mme Hunault, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.
Le rapporteur,
M. BlacherLe président,
M. H
La greffière,
Mme G
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026