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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200537

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200537

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200537
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationHUGEZ
Avocat requérantSCP DU PARC CURTIL & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 février 2022, Mme D C forme opposition à la contrainte qui lui a été décernée le 3 février 2022 par le directeur régional de Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté afin d'obtenir le remboursement d'une somme correspondant à un indu d'allocation de solidarité spécifique d'un montant de 12 526,01 euros pour la période du 10 décembre 2014 au 30 juin 2018, auquel s'ajoutent 9,87 euros de frais.

Elle soutient que :

- l'indu est réclamé plus de trois ans après les faits invoqués ;

- l'activité non salariée qu'il lui est reproché de ne pas avoir déclarée s'est arrêtée au mois de novembre 2014, de sorte qu'elle pouvait prétendre à l'allocation de solidarité spécifique après cette date ;

- il appartient à Pôle Emploi d'apporter la preuve de la fraude invoquée ;

- elle demande une annulation partielle de sa dette ;

- elle se prévaut du droit à l'erreur prévu aux articles L. 123-1 et L. 123-2 du code des relations entre le public et l'administration.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 30 mai et 26 septembre 2022, Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté, représenté par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée du Parc, Curtil, Gerbeau, Prétot-Gerbeau, Huguenin, Decaux, Geslain, Cunin, Cuisinier, Bêche, Garinot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les moyens tirés de l'absence de bien-fondé de l'indu sont irrecevables ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Le président du tribunal administratif de Dijon a désigné M. Hugez, premier conseiller, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le décret n° 2017-826 du 5 mai 2017 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, l'a dispensé de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B A,

- et les observations de Me Dandon, représentant Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C était demandeur d'emploi et bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique depuis le 10 décembre 2014. Considérant notamment que l'intéressée avait créé une activité non salariée en février 2014, qu'elle n'a déclarée à l'établissement public qu'en 2019, Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté a notifié à Mme C un trop-perçu en matière d'allocation de solidarité spécifique au cours de la période de décembre 2014 à juin 2018, d'un montant total de 12 526,01 euros. L'intéressée a été mise en demeure le 22 novembre 2021 de rembourser ce trop-perçu. Le 9 février 2022, Pôle Emploi a notifié à Mme C une contrainte d'un montant total de 12 535,88 euros, correspondant à l'indu précité, auquel s'ajoutent 9,87 euros de frais. Par sa requête, Mme C forme opposition à cette contrainte.

2. Aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par Pôle emploi pour son propre compte, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage mentionné à l'article L. 5427-1, pour le compte de l'Etat ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1, le directeur général de Pôle emploi ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. ".

3. Aux termes de l'article L. 5411-2 du code du travail, dans sa version applicable de 2014 à 2018 : " Les demandeurs d'emploi renouvellent périodiquement leur inscription selon des modalités fixées par arrêté du ministre chargé de l'emploi et la catégorie dans laquelle ils ont été inscrits. / Ils portent également à la connaissance de l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 les changements affectant leur situation susceptible d'avoir une incidence sur leur inscription comme demandeurs d'emploi. ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article R. 5411-6 du même code : " Les changements affectant la situation au regard de l'inscription ou du classement du demandeur d'emploi et devant être portés à la connaissance de Pôle emploi, en application du second alinéa de l'article L. 5411-2, sont les suivants : / 1° L'exercice de toute activité professionnelle, même occasionnelle ou réduite et quelle que soit sa durée ; ".

4. D'une part, aux termes de l'article L. 5423-1 du code du travail, dans sa version antérieure au 1er janvier 2019 : " Ont droit à une allocation de solidarité spécifique les travailleurs privés d'emploi qui ont épuisé leurs droits à l'allocation d'assurance ou à l'allocation de fin de formation prévue par l'article L. 5423-7 et qui satisfont à des conditions d'activité antérieure et de ressources. ". Aux termes de l'article L. 5425-1 du même code : " Les allocations du présent titre () peuvent se cumuler avec les revenus tirés d'une activité occasionnelle ou réduite ainsi qu'avec les prestations de sécurité sociale ou d'aide sociale dans les conditions et limites fixées : / () pour les allocations de solidarité, par décret en Conseil d'Etat. ".

5. Aux termes de l'article R. 5425-4 du code du travail, dans sa version applicable jusqu'au 1er septembre 2017 : " Lorsque le bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique reprend une activité professionnelle salariée d'une durée de travail au moins égale à soixante-dix-huit heures par mois ou une activité professionnelle non salariée, le nombre des allocations journalières n'est pas réduit pendant les trois premiers mois d'activité professionnelle. / Du quatrième au douzième mois d'activité professionnelle, le montant de l'allocation est diminué des revenus d'activité perçus par le bénéficiaire. / Il perçoit mensuellement la prime forfaitaire pour reprise d'activité d'un montant de 150 euros. / Pour la détermination de la durée de travail, il est tenu compte, le cas échéant, des différents contrats de travail conclus par l'intéressé au cours de la période considérée. / La liste des justificatifs exigés, le cas échéant pour chaque mois d'activité professionnelle, pour le bénéfice de la prime forfaitaire est fixée par arrêté conjoint des ministres chargés de la solidarité et de l'emploi. ". Aux termes du III de l'article 5 du décret du 5 mai 2017 relatif à l'intéressement à la reprise d'activité des bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique et à la suppression de l'allocation temporaire d'attente : " Les bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique et de l'allocation temporaire d'attente ayant, au 1er septembre 2017, des droits ouverts au dispositif d'intéressement mentionné aux articles R. 5425-1 à R. 5425-8 du code du travail () dans leur rédaction antérieure au présent décret, continuent à percevoir cet intéressement dans les conditions prévues avant l'entrée en vigueur des dispositions des articles 2, 3 et 4 du présent décret et jusqu'à expiration de leurs droits. ".

6. Pour réclamer le remboursement des sommes versées à Mme C, Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté s'est principalement fondé sur le fait que l'intéressée avait omis de déclarer une reprise d'activité, celle-ci ayant créé une activité non salariée le 19 février 2014.

7. Il est constant que Mme C a immatriculé le 19 février 2014 une activité non salariée en son nom propre. Si Mme C fait valoir qu'elle a cessé l'activité de vendeuse à domicile indépendante qu'elle exerçait pour la société Vorwerk France le 20 décembre 2014, comme cela résulte de l'attestation produite par l'intéressée, il résulte de l'instruction que cette activité non salariée en nom propre n'a jamais donné lieu à cessation d'activité avant au moins 2021 et que l'intéressée ne l'a déclarée à Pôle Emploi qu'au cours de l'année 2019. Il résulte également de l'instruction, au surplus, que cette inscription au registre du commerce et des sociétés a donné lieu à d'autres activités non salariées, postérieurement à l'année 2014. Alors que le calcul de l'indu mis à la charge de la requérante tient compte de la possibilité qu'elle avait de cumuler les revenus de cette activité avec l'allocation de solidarité spécifique dans les conditions définies par les dispositions précitées, Pôle emploi mentionne en défense sans être utilement contesté que la somme réclamée de 12 526,01 euros correspond à l'indu résultant de ce cumul. Si Mme C établit, dans la présente instance, qu'elle n'a déclaré aucun revenu issu de cette activité au titre des années 2015 à 2018, cette circonstance n'a pas, par elle-même, pour conséquence de placer la requérante en situation de conserver le bénéfice de cette allocation, pour un montant et une période excédant ceux déterminés par Pôle Emploi. Dès lors, les moyens soulevés relatifs au bien-fondé de l'indu doivent, en tout état de cause, être écartés.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 5422-5 du code du travail : " L'action en remboursement de l'allocation d'assurance indûment versée se prescrit par trois ans. / En cas de fraude ou de fausse déclaration, elle se prescrit par dix ans. / Ces délais courent à compter du jour de versement de ces sommes. ". Il résulte de ces dispositions que le délai spécial de prescription prévu par l'article L. 5422-5 du code du travail pour l'action en répétition de l'allocation d'assurance indûment versée n'est pas applicable aux actions en répétition concernant les autres revenus de remplacement, notamment l'allocation de solidarité spécifique. En l'absence d'autres prescriptions spéciales, la créance dont il s'agit est soumise à la prescription de droit commun édictée à l'article 2224 du code civil aux termes duquel : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits permettant de l'exercer. ".

9. Si Mme C fait valoir que la créance est prescrite, dès lors que l'action pour la recouvrer a été engagée au-delà du délai de trois ans, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le délai de prescription applicable est d'une durée de cinq ans. L'intéressée ne conteste pas que Pôle emploi n'a eu connaissance des faits ayant fondé la demande de remboursement des sommes versées, c'est-à-dire de l'existence de son activité non salariée qu'au cours de l'année 2019. Dans ces conditions, et sans qu'il soit nécessaire d'établir une intention frauduleuse, le délai de prescription de cinq ans, prévu par les dispositions précitées du code civil, n'était pas expiré à la date de l'engagement de l'action en remboursement. Le moyen tiré de ce que la créance en litige de Pôle emploi serait prescrite doit, dès lors, être écarté.

10. En troisième lieu, et en tout état de cause, il n'appartient pas au juge administratif de faire œuvre d'administrateur et d'accorder, en lieu et place de Pôle Emploi, une remise gracieuse.

11. En quatrième et dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. ".

12. Une contrainte émise pour le recouvrement d'une somme indument perçue ne constitue pas une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant et doit être, pour ce motif, écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède qu'en tout état de cause, Mme C n'est pas fondée à former opposition à la contrainte qui lui a été décernée le 3 février 2022 par le directeur régional de Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté afin d'obtenir le remboursement d'une somme correspondant à un indu d'allocation de solidarité spécifique d'un montant de 12 526,01 euros pour la période du 10 décembre 2014 au 30 juin 2018, auquel s'ajoutent 9,87 euros de frais. Par suite, la requête de Mme C doit être rejetée.

Sur les conclusions relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et à Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

I. A

La greffière,

T. Mateos-Jobard

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein-emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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