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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200544

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200544

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200544
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGOURINAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 24 février 2022 sous le numéro 2200544, Mme B C, représentée par Me Gourinat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler les décisions implicites du 6 janvier et 10 février 2022 par lesquelles le préfet de Saône-et-Loire lui a refusé respectivement le séjour et la communication des motifs de ce refus ;

2°) d'enjoindre au préfet d'enregistrer son dossier et de lui délivrer un récépissé assorti d'une autorisation de travail dans un délai de 8 jours ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus d'un titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation et le préfet devait communiquer les motifs de son refus ;

- cette décision est entachée d'un vice de procédure faute de consultation de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 mai 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C, qui doivent être regardés comme dirigés contre le rejet exprès de sa demande, ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 23 mai 2022 sous le numéro 2201328, Mme B C, représentée par Me Gourinat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de délivrer à " M. C " une carte de séjour temporaire, assortie d'une autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant du refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 août 2022.

Par une ordonnance du 1er juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 juillet 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de Me Gourinat, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante marocaine née le 4 mai 1989, est entrée régulièrement en France le 30 mars 2016 selon ses déclarations, munie d'un passeport et d'un visa de long séjour, délivré par les autorités italiennes à Casablanca, valable 10 février 2016 au 24 février 2017. Les 31 décembre 2016 et 22 janvier 2021, elle a donné naissance à deux enfants sur le territoire français. Les 19 novembre 2020 et 22 janvier 2021, Mme C a saisi le préfet de Saône-et-Loire de demandes de titres de séjour, respectivement, d'une part, en qualité de parent d'une enfant née en France, et, d'autre part, sur le fondement de l'article L. 435-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par sa première requête, l'intéressée demande au tribunal d'annuler les décisions implicites des 6 janvier et 10 février 2022 par lesquelles le préfet de Saône-et-Loire lui a refusé respectivement le séjour et la communication des motifs de ce refus. Cependant, par l'arrêté attaqué du 25 avril 2022, le préfet a rejeté ses demandes, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel l'intéressée pourra être éloignée d'office.

2. Les deux requêtes visées ci-dessus, présentées pour Mme C, concernent la situation d'un même étranger. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions implicites de rejet :

3. Lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. Il s'ensuit que les conclusions de la requête, dirigées contre les décisions implicites des 6 janvier et 10 février 2022 par lesquelles le préfet de Saône-et-Loire lui a refusé respectivement le séjour et la communication des motifs de ce refus doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du 25 avril 2022.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise notamment l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations pertinentes de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, il mentionne avec une précision suffisante l'état civil de la requérante, sa situation administrative, personnelle et familiale, en indiquant notamment qu'il n'est pas justifié de considérations humanitaires ou exceptionnelles. Dans ces conditions, la décision attaquée énonce les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et qui permettent à Mme C de connaître et de comprendre sa base légale, ainsi que ses motifs. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

6. Il n'est pas justifié par les pièces du dossier et notamment pas par les seuls documents relatifs à la situation de son conjoint qu'elle n'a épousé au Maroc qu'en août 2013 et dont, au demeurant, elle ne justifie ni même n'allègue d'une communauté de vie antérieure, que Mme C résiderait de façon habituelle et continue en France depuis plus de dix ans. Par suite, le préfet de Saône-et-Loire n'était pas tenu, en application des dispositions citées au point précédent, de saisir pour avis la commission du titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure en l'absence de saisine de cette commission doit être écarté.

7. En troisième lieu, le préfet peut, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, admettre au séjour un ressortissant marocain au titre de sa vie privée et familiale.

8. En l'espèce, si la requérante, qui pour sa part ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle, se prévaut de l'emploi de son époux à durée indéterminée sur un emploi de mécanicien automobile depuis le 4 janvier 2021, ces éléments relativement récents ne sont pas de nature à caractériser l'existence d'une situation exceptionnelle au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 6, Mme C ne justifie pas, par les pièces qu'elle produit, de la durée de résidence habituelle et continue qu'elle allègue sur le territoire français. Elle ne dispose en France d'aucune attache familiale en dehors de ses deux enfants, ressortissants marocains, de son conjoint, également en situation irrégulière, et de l'oncle de ce dernier dont elle se borne à produire la copie de sa carte de résident. En outre, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'ils seraient dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine où la requérante a vécu la majeure partie de sa vie et où elle a épousé un compatriote. Enfin, et alors qu'il n'est pas démontré que l'ainée de ses deux enfants, âgée de seulement 5 ans à la date de la décision attaquée, ne pourrait poursuivre sa scolarité au Maroc et s'y intégrer, l'intéressée ne peut être regardée comme justifiant de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels. Quant à la circonstance que son époux ne représente pas de menace à l'ordre public, elle est inopérante dès lors que le préfet ne s'est pas fondé sur un tel motif. Par suite, le préfet de Saône-et-Loire en prenant la décision attaquée, n'a ni méconnu les dispositions rappelées au point 5 ci-dessus, ni entaché sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de celles-ci en estimant que Mme C ne pouvait bénéficier d'une mesure de régularisation à titre exceptionnel au titre de la vie privée et familiale.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, les moyens invoqués à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour ayant été écartés, Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11. Pour les mêmes motifs qu'au point 8, le moyen tiré de l'atteinte, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale, lequel ne saurait s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par les couples mariés, de leur domicile commun, ne peut qu'être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

13. Il ressort des pièces du dossier que les enfants de A C sont nés fin décembre 2016 et en janvier 2021 et que seule l'ainée est, ainsi qu'il vient d'être dit, scolarisée en classe de grande section de maternelle. L'arrêté attaqué n'a ni pour objet ni pour effet de la priver de la possibilité de suivre une scolarité au Maroc, le cas échéant, en poursuivant l'apprentissage du français. Il n'induit pas davantage une séparation entre ces enfants et leurs parents. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porterait atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants et aurait été prise en méconnaissance des stipulations précitées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. Les moyens invoqués à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour ayant été écartés, Mme C n'est, en tout état de cause, pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 avril 2022 du préfet de Saône-et-Loire. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles tendant au bénéfice des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Gourinat. Copie en sera délivrée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Nicolas Delespierre, président,

- Mme Mélody Desseix, première conseillère,

- Mme Karima Hunault, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.

La rapporteure,

K. D

Le président,

N. Delespierre La greffière,

E. Herique

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

2 - 2201328

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