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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200627

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200627

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200627
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantROTHDIENER GAËTAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mars 2022, Mme B E C, représentée par Me Rothdiener, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 mars 2022 par laquelle la directrice territoriale à Dijon de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a enjoint de quitter le lieu d'hébergement mis à sa disposition durant l'instruction de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de l'autoriser à se maintenir dans le lieu d'hébergement ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision doit être regardée comme entachée d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation régulièrement publiée conférée à son signataire ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le directeur de la structure d'hébergement n'a pas été consulté, en application de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qui a empêché la prise en compte de son état de particulière vulnérabilité ;

- le directeur territorial n'a pas procédé à un examen de sa vulnérabilité et elle n'a bénéficié d'aucun entretien permettant d'évaluer cette vulnérabilité ;

- elle méconnaît le principe de non-rétroactivité des actes administratifs et l'article 10 de l'annexe de l'arrêté du 19 juin 2019 relatif au règlement de fonctionnement des hébergements d'urgence pour demandeurs d'asile ;

- la décision d'irrecevabilité de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides est illégale par voie d'exception, dès lors qu'il n'est pas démontré qu'elle bénéficie d'une protection internationale effective en Grèce au sens de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par une décision du 22 avril 2022, Mme E C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 8 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 septembre 2022.

Un mémoire en défense a été enregistré pour l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 14 octobre 2022 et n'a pas été communiqué, l'instruction étant close.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E C, ressortissante somalienne née le 1er janvier 1993 à Beledweyn, déclare être entrée en France le 18 octobre 2020. Elle a déposé une demande d'asile le 16 novembre 2020 et, dans ce cadre, un lieu d'hébergement a été mis à sa disposition au titre des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile. Le 31 décembre 2021, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile pour irrecevabilité. Par une décision du 3 mars 2022, la directrice territoriale à Dijon de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a enjoint de quitter le lieu d'hébergement mis à sa disposition durant l'instruction de sa demande d'asile, cela à compter du 14 février 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, par une décision du 5 octobre 2021, régulièrement publiée sur le site internet de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le même jour et aisément consultable, le directeur général de l'Office a donné délégation à Mme D A, agent contractuelle recrutée le 18 octobre 2021 en qualité de directrice territoriale à Dijon, à l'effet de signer toutes les décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction territoriale de Dijon telles que définies par la décision du 31 décembre 2013 portant organisation générale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, elle-même publiée sur le site internet de l'Office et selon laquelle " la direction de Dijon " est " compétente pour les activités de l'OFII dans la région Bourgogne ", région où réside la requérante. Ainsi, la signataire de la décision contestée disposait d'une délégation régulière pour ce faire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ; () ". L'article L. 531-32 dudit code dispose : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : / 1° Lorsque le demandeur bénéficie d'une protection effective au titre de l'asile dans un Etat membre de l'Union européenne ; () ". Selon l'article L. 531-32 de ce code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : / 1° Lorsque le demandeur bénéficie d'une protection effective au titre de l'asile dans un Etat membre de l'Union européenne ; () ". En vertu de l'article L. 552-14 du même code : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur ". Aux termes de l'article R. 552-11 dudit code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement en application des articles L. 551-11, L. 551-12, L. 551-14 ou L. 551-16, l'Office français de l'immigration et de l'intégration en informe sans délai le gestionnaire du lieu qui héberge la personne concernée, en précisant la date à laquelle elle doit sortir du lieu d'hébergement ". L'article R. 552-13 du même code prévoit : " Dès que l'information prévue à l'article R. 552-11 lui est parvenue, le gestionnaire du lieu d'hébergement communique à la personne hébergée la date à laquelle elle doit en sortir ". Enfin, aux termes de l'article R. 552-13 du même code : " La personne hébergée peut solliciter son maintien dans le lieu d'hébergement au-delà de la date de décision de sortie du lieu d'hébergement prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application des articles L. 551-11 ou L. 551-13, dans les conditions suivantes : / 1° Lorsqu'elle s'est vue reconnaitre la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire, elle peut demander à être maintenue dans le lieu d'hébergement jusqu'à ce qu'une solution d'hébergement ou de logement soit trouvée, dans la limite d'une durée de trois mois à compter de la date de la fin de prise en charge () ; / 2° Dans les autres cas, elle peut demander à être maintenue dans le lieu d'hébergement pour une durée maximale d'un mois à compter de la fin de prise en charge ; durant cette période, elle prépare les modalités de sa sortie avec le gestionnaire du lieu. Cette personne est informée par le gestionnaire de ce qu'elle peut, dans le délai de quinze jours à compter de la fin de sa prise en charge, saisir l'Office français de l'immigration et de l'intégration en vue d'obtenir une aide au retour et éventuellement une aide à la réinsertion dans son pays d'origine. Si elle présente une telle demande, elle peut, à titre exceptionnel, être maintenue dans un lieu d'hébergement pour une durée maximale d'un mois à compter de la décision de l'office ".

4. Si Mme E C soutient que la décision contestée n'a pas été précédée, en méconnaissance des dispositions précitées, de l'avis du directeur du lieu d'hébergement, cette circonstance est sans influence sur la légalité de cette décision, dès lors que l'intéressée n'était plus demandeur au sens de l'article L. 552-14 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle n'entrait donc pas dans le champ de la garantie tenant à la consultation préalable du directeur du lieu d'hébergement. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

5. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire, ni aucun principe n'impose à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de mener à nouveau un tel entretien préalablement à la décision de sortie du lieu d'hébergement pour demandeur d'asile. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale à Dijon de l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait négligé de prendre en compte la situation de vulnérabilité de Mme E C.

6. En quatrième lieu, il n'appartient qu'à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, le cas échéant, à la Cour nationale du droit d'asile, de se prononcer sur le droit de Mme E C à l'octroi de la qualité de réfugié ou de la protection subsidiaire. Par suite, la requérante ne saurait utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision attaquée, de l'illégalité par voie d'exception de la décision par laquelle le directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile pour irrecevabilité, au motif qu'elle bénéficiait d'une protection effective au titre de l'asile en Grèce.

7. En dernier lieu, les décisions administratives ne peuvent légalement disposer que pour l'avenir. Par la décision attaquée, datée du 3 mars 2022 et remise en mains propres le jour même, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a fait injonction à Mme E C de quitter le lieu d'hébergement pour demandeur d'asile qu'elle occupe avant le 14 février 2022, conférant ainsi à sa décision une portée rétroactive sur la période du 14 février au 3 mars 2022. L'intéressée est dès lors fondée à en demander l'annulation, en tant seulement que cette décision prend effet à une date antérieure à son édiction.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui annule la décision faisant injonction à Mme E C de quitter le lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile en tant seulement qu'elle rétroagit au 14 février 2022, n'implique pas, à la date du présent jugement, qu'elle soit autorisée à se maintenir dans les lieux alors qu'elle en avait perdu le droit à compter du 1er janvier 2022, ni que l'Office français de l'immigration et de l'intégration réexamine sa situation. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Mme E C au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 3 mars 2022 par laquelle la directrice territoriale de Dijon de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a enjoint à Mme E C de quitter le lieu d'hébergement mis à sa disposition durant l'instruction de sa demande d'asile est annulée en tant qu'elle rétroagit au 14 février 2022.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E C, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Rothdiener.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2200627

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