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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200985

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200985

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200985
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMIFSUD ELODIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 avril 2022, M. A C, représenté par Me Mifsud, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler le refus d'enregistrement implicite du 8 mars 2022 qu'a opposé le préfet de la Côte-d'Or à sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée ne comporte ni la signature de son auteur, ni ses nom, prénom et qualité, ce qui ne permet pas de vérifier sa compétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- cette décision méconnaît les articles R. 431-10 et R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que le refus d'enregistrer le dossier incomplet de demande de titre de séjour du requérant ne fait pas grief ;

- aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une décision du 3 juin 2022, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 5 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les observations de Me Mifsud, représentant M. C et celles de M. B, représentant le préfet de la Côte-d'Or.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 24 octobre 1977 à Stepanakert (Azerbaïdjan) et se présentant comme de nationalités arménienne et azerbaïdjanaise, déclare être entré en France en 2003. Par une décision du 8 juin 2004, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par la Commission des recours des réfugiés le 9 décembre 2005. Le réexamen de sa demande d'asile a été rejeté le 16 janvier 2006. Le 5 juillet 2006, M. C a fait l'objet d'une invitation à quitter le territoire français après que le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour lui ait été refusé. Sa deuxième demande de réexamen de sa situation au titre de l'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 5 septembre 2006. Par arrêté du 2 novembre 2006, le préfet de la Côte-d'Or a décidé sa reconduite à la frontière. Le recours contre cet arrêté a été rejeté par le jugement n° 0602662 du magistrat délégué par le président du tribunal administratif de Dijon en date du 16 novembre 2006, confirmé par un arrêt n° 06LY02548 rendu par la cour administrative d'appel de Lyon le 16 novembre 2007. Par un arrêté du 30 mai 2008, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour pour raisons de santé. En outre, le recours qu'il avait formé à l'encontre de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 5 septembre 2006 a été rejeté le 17 septembre 2008 par la Cour nationale du droit d'asile. Sa troisième demande de réexamen a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 novembre 2010, que la Cour nationale du droit d'asile a, à nouveau, confirmé par décision du 3 novembre 2011. Puis, M. C a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " du 21 juillet 2011 au 20 juillet 2012, et n'a pas sollicité le renouvellement de ce titre à son expiration. Le 10 février 2022, M. C a déposé auprès des services de la préfecture une demande de titre de séjour sur les fondements des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un courrier intitulé " dossier incomplet - en retour " daté des 28 février et 8 mars 2022, les services de la préfecture de la Côte-d'Or ont sollicité du requérant la production d'un passeport en cours de validité, un acte de naissance apostillé ainsi que le questionnaire de demande de titre de séjour intégralement renseigné. M. C demande au tribunal d'annuler le refus d'enregistrer sa demande de titre de séjour.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par décision du 3 juin 2022, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. En revanche, le refus d'enregistrer une telle demande au soutien de laquelle est présenté un dossier incomplet ne constitue une décision susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir que si le requérant apporte la preuve du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux.

4. D'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiants de son état civil ; 2° Les documents justifiants de sa nationalité () ". En outre, aux termes de l'annexe 10 de ce code, l'étranger qui sollicite un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 ou L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit produire, notamment : " -justificatif d'état civil : (sauf si vous êtes déjà titulaire d'une carte de séjour) une copie intégrale d'acte de naissance comportant les mentions les plus récentes accompagnée le cas échéant de la décision judiciaire ordonnant sa transcription (jugement déclaratif ou supplétif) ; / -justificatif de nationalité : passeport (pages relatives à l'état civil, aux dates de validité, aux cachets d'entrée et aux visas) ou, à défaut, autres justificatifs dont au moins un revêtu d'une photographie permettant d'identifier le demandeur (attestation consulaire, carte d'identité, carte consulaire, certificat de nationalité, etc.) ; () ".

6. En l'espèce, l'acte désigné comme la décision attaquée, qui prend la forme d'un courrier intitulé " dossier incomplet - en retour " daté des 28 février et 8 mars 2022, ne formalise pas, par lui-même, une décision portant refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour mais suffit du moins, M. C ne s'étant pas vu délivrer un récépissé valant autorisation provisoire de séjour, à révéler l'existence d'un tel refus.

7. Si M. C a suffisamment justifié de son état civil en produisant une transcription du jugement du tribunal judiciaire de Dijon du 16 octobre 2009 tenant lieu d'acte de naissance, qui établit sa date de naissance et sa filiation, il n'a en revanche pas joint à sa demande de titre de séjour de documents établissant sa nationalité et ne le fait toujours pas dans le cadre de la présente instance. Or, le passeport qu'il lui a été demandé de produire est au nombre des documents qui peuvent être valablement exigés en vertu de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prévoyant par ailleurs la possibilité de transmettre, à défaut, d'autres justificatifs, tels que des cartes ou attestations consulaires. M. C n'a pas produit de tels documents ni démontré être dans l'impossibilité de se les procurer. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le préfet de la Côte-d'Or a estimé que son dossier était incomplet, cela quand bien même sa nationalité n'avait pas été remise en cause en 2011 lors de la délivrance d'un premier titre de séjour. Par suite, le refus du préfet de la Côte-d'Or d'enregistrer sa demande de titre de séjour n'a pas le caractère d'une décision faisant grief susceptible d'être contestée par la voie d'un recours pour excès de pouvoir.

8. Il y a lieu, dans ces conditions, d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense et de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par l'intéressé comme irrecevables. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le préfet de la Côte-d'Or.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. C.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Mifsud.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2200985

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