jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201019 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | GRENIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 avril 2022, Mme B A épouse C, représentée par Me Grenier, demande au Tribunal :
- d'annuler la décision de refus de séjour prise par le préfet de la Côte-d'Or le 10 mars 2022 ;
- d'annuler la décision d'éloignement prise dans la même décision et fixant un délai de départ volontaire de trente jours ;
- d'annuler la décision fixant le pays de destination ;
- d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et, à défaut, de procéder à un réexamen de sa situation dans le même délai en application de l'article L. 911-2 du même code,
- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
Sur le refus de séjour :
- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen attentif et particulier de sa situation personnelle ;
- la décision viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision lui refusant le séjour ;
- cette décision viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur le délai de départ et le choix du pays de destination :
- ces décisions doivent être annulées en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Mme A épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juin 2022.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 juin 2022, le préfet de la Côte-d'Or, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les observations de Me Grenier, représentant Mme A épouse C, et de Me Rannou, représentant le préfet de la Côte-d'Or.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A épouse C, de nationalité marocaine, est entrée régulièrement en France le 12 février 2019 et a été mise en possession d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité de conjoint de Français valable du 12 février 2020 au 11 février 2022. Le 14 décembre 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des articles
L. 423-1 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou la délivrance d'une carte de résident sur le fondement de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par sa requête, Mme A épouse C demande l'annulation de l'arrêté du 10 mars 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et sa demande tendant à la délivrance d'une carte de résident, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel elle pourra être reconduite.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". En vertu de l'article L. 433-1 du même code : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT ", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales ou lorsque l'étranger a subi une situation de polygamie./ En cas de rupture de la vie commune imputable à des violences familiales ou conjugales subies après l'arrivée en France du conjoint étranger, mais avant la première délivrance de la carte de séjour temporaire, le conjoint étranger se voit délivrer la carte de séjour prévue à l'article L. 423-1 sous réserve que les autres conditions de cet article soient remplies ". En vertu de l'article L. 423-6 de ce code : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à condition qu'il séjourne régulièrement en France depuis trois ans et que la communauté de vie entre les époux n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. / La délivrance de cette carte est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7 / Elle peut être retirée en raison de la rupture de la vie commune dans un délai maximal de quatre années à compter de la célébration du mariage. / Toutefois, lorsque la communauté de vie a été rompue par le décès de l'un des conjoints ou en raison de violences familiales ou conjugales, l'autorité administrative ne peut pas procéder au retrait pour ce motif () "
4. Si les dispositions précitées de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne créent aucun droit au renouvellement du titre de séjour d'un étranger dont la communauté de vie avec son conjoint de nationalité française a été rompue en raison des violences conjugales qu'il a subies de la part de ce dernier, de telles violences, subies pendant la vie commune, ouvrent la faculté d'obtenir, sur le fondement de cet article, un titre de séjour. Il incombe à l'autorité préfectorale, saisie d'une telle demande, d'apprécier, sous l'entier contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si la situation de l'intéressé justifie le renouvellement du titre à la date où il se prononce, en tenant compte, notamment, du délai qui s'est écoulé depuis la cessation de la vie commune et des conséquences qui peuvent encore résulter, à cette date, des violences subies.[0]
5. La requérante soutient que la communauté de vie a été rompue en raison des violences conjugales qu'elle aurait subies, et reproche au préfet de ne pas avoir procédé à un examen sérieux de sa situation en omettant de tenir compte de ces circonstances et d'avoir ainsi entaché son refus d'admission au séjour d'une erreur manifeste d'appréciation. Il ressort des pièces du dossier et, en particulier, des motifs de la décision préfectorale attaquée, que le préfet s'est borné à indiquer que Mme A épouse C a déclaré, lors d'un dépôt d'une main courante, des faits de violences conjugales commis par son époux le 15 juillet 2020, que le couple ne vit plus ensemble depuis le 23 avril 2020 et en a tiré pour conséquence que l'intéressée ne remplit pas la condition de communauté de vie avec son conjoint français. Il ne ressort pas ainsi des pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or, auquel les dispositions précitées confèrent un pouvoir d'appréciation pour accorder ou refuser le renouvellement du titre de séjour lorsque la communauté de vie a été rompue en raison des violences conjugales subies par l'étranger de la part de son conjoint français, ait examiné si l'intéressée pouvait bénéficier de ces dispositions. Dès lors, le préfet de la Côte-d'Or doit être regardé comme ayant entaché sa décision de refus de renouvellement de titre de séjour d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 423-5 et L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision refusant un titre de séjour à Mme A épouse C doit être annulée. Dès lors, il en est de même, par voie de conséquence, des décisions faisant obligation à l'intéressée de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et désignant le pays à destination duquel elle pouvait être renvoyée d'office.
Sur les conclusions en injonction :
6. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée n'implique pas nécessairement qu'un titre de séjour soit délivré à la requérante. En revanche, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de réexaminer la situation de Mme A épouse C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais de l'instance :
7. Mme A épouse C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Grenier, avocate de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Grenier de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 10 mars 2022 du préfet de la Côte-d'Or est annulé.
Article 2. Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de réexaminer la situation de Mme A épouse C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3: L'Etat versera à Me Grenier une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Grenier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Grenier. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dijon.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Delespierre, président,
M. Blacher, premier conseiller,
Mme Hunault, conseillère.
Rendu public par la mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
Le président-rapporteur,
N. D
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
S. BLACHER
La greffière,
E. HERIQUE
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026