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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201038

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201038

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201038
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBAH OUMAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 avril 2022, le 10 mai 2022 et le 12 mai 2022, M. A C, représenté par Me Bah, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte d'une somme qu'il appartiendra au tribunal de fixer ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour contient une erreur dans ses visas ;

- la décision de refus de titre de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du CESEDA et les stipulations de l'article 8 de la CEDH ;

- cette décision est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- le refus de renouveler son titre de séjour méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-23 du CESEDA ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- cette décision est entachée d'erreur de fait en ce qu'elle mentionne qu'il ne participe plus à l'entretien et à l'éducation de sa fille ;

- cette décision est entachée d'une violation de l'article 8 de la CEDH

et d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de

l'intéressé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Bah représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant ivoirien né le 1er janvier 2001, est entré irrégulièrement en France en juillet 2017 selon ses déclarations. Il a obtenu une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français valable du 12 novembre 2020 au 11 novembre 2021. Par un arrêté en date du 28 février 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la circonstance que la décision litigieuse, qui, par ailleurs, contient l'énoncé des considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde et qui, par suite, est suffisamment motivée, ne vise pas l'accord franco-ivoirien du 21 septembre 1992, mais l'accord franco-malien signé à Bamako le 26 septembre 1994, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'une omission ou une erreur dans les visas d'un acte administratif n'est pas de nature à en affecter la légalité.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

4. M. C est le père d'une enfant de nationalité française, Férima, née le 9 octobre 2019. Il ressort des pièces du dossier que la communauté de vie avec la mère de sa fille a cessé au mois de septembre 2021, et que cette dernière a déclaré aux services préfectoraux à deux reprises, les 18 septembre et 9 novembre 2021, que l'intéressé ne participait pas à l'entretien et à l'éducation de sa fille. Les documents produits par l'intéressé, notamment l'attestation du pédiatre de l'enfant indiquant que le père a participé aux rendez-vous médicaux jusqu'en septembre 2021 et quelques tickets de caisse et de carte bancaire antérieurs à septembre 2021 ne permettent pas d'établir que M. C aurait continué à s'occuper de sa fille postérieurement à la séparation. L'intéressé produit une attestation de son ex-compagne, datée du 15 avril 2022, selon laquelle il s'occupe désormais de son enfant et les deux parents se sont entendus sur un droit de visite pour le père, ainsi que des échanges de courriers d'avocats attestant des modalités du droit de visite et d'hébergement convenu entre les ex-conjoints en vue d'une audience devant le juge aux affaires familiales. Toutefois, l'ensemble de ces éléments est postérieur à la date de la décision attaquée et ne permet pas de considérer qu'à la date à laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé de renouveler le titre de séjour de M. C, celui-ci contribuait effectivement, de manière ininterrompue depuis la naissance ou depuis au moins deux ans, à l'entretien et à l'éducation de sa fille. Dans ces conditions, le requérant n'est fondé à soutenir ni que le préfet de Saône-et-Loire aurait commis une erreur de fait en considérant qu'il ne démontrait pas la réalité de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de sa fille, ni que sa décision méconnaitrait les dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui () ".

6. M. C se prévaut de son lien avec sa fille mineure de nationalité française, de son insertion dans la société française et de sa maîtrise de la langue française. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé est célibataire depuis qu'il s'est séparé de la mère de sa fille, et qu'il ne justifie pas avoir contribué à l'entretien et à l'éducation de celle-ci entre la date de la séparation et celle de la décision attaquée. Par ailleurs, il ne justifie d'aucune insertion particulière dans la société française, et n'établit pas avoir noué en France des liens d'une ancienneté et d'une intensité suffisante. Enfin, il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé de renouveler son titre de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. M. C n'est, par suite, pas fondé à soutenir que cette décision méconnaîtrait les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

8. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que pour obliger le requérant à quitter le territoire français, le préfet s'est fondé sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. La décision portant refus de séjour vise les textes internationaux et nationaux pertinents, mentionne les conditions d'entrée et de séjour en France de M. C, ainsi que les motifs pour lesquels le préfet a estimé qu'il ne remplissait pas les conditions permettant de bénéficier d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Elle examine également les attaches privées et familiales de l'intéressé à la fois sur le territoire français et dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le requérant était en mesure de comprendre les considérations de fait et de droit de la décision d'éloignement prononcée à son encontre. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que le préfet de Saône-et-Loire n'a pas commis d'erreur de fait en considérant que M. C ne justifiait pas contribuer, à la date de la décision attaquée, à l'entretien et à l'éducation de sa fille.

11. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux relevés au point 6 ci-dessus, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 février 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Sa requête doit, par suite, être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Bah. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Delespierre, président,

Mme Desseix, première conseillère,

Mme Hunault, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

La rapporteure,

M. DESSEIX

Le président,

N. DELESPIERRELa greffière,

E. HERIQUE

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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