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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201121

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201121

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201121
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGRENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 avril 2022, M. E A, représenté par

Me Grenier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français durant un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de procéder à un réexamen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ou un document provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant du refus de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il a présenté un " entier dossier " et pas seulement une promesse d'embauche ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de " qualification juridique des faits " ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'éloignement ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'éloignement ;

S'agissant de l'arrêté portant assignation à résidence :

- cet arrêté est illégal en raison de l'illégalité de la décision d'éloignement.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 7 juin 2022.

Une note en délibéré a été enregistrée pour M. A le 23 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Grenier, représentant M. A, et les observations de M. C, représentant le préfet de la Côte-d'Or.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant arménien né le 28 mars 1988, est entré irrégulièrement en France le 26 avril 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, puis la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 25 novembre 2020, le préfet de la Côte-d'Or lui a refusé le séjour au titre de l'asile et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un deuxième arrêté du 27 août 2021, le préfet de la Côte-d'Or a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Enfin, par deux arrêtés du 15 avril 2022, le préfet de la Côte-d'Or a, d'une part, rejeté la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par M. A le 8 décembre 2021, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Arménie comme pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français durant un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, l'intéressé demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'étendue du litige :

2. M. A ayant été assigné à résidence, la magistrate désignée en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a statué le 3 mai 2022 sur ses conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, désignation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence. Par suite, le présent litige porte uniquement sur les conclusions tendant à l'annulation du refus de séjour, les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en tant qu'elles sont relatives à la décision portant refus de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour vise l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle, avec un degré de précision suffisant, la situation administrative, familiale et professionnelle de M. A. A cet égard, elle mentionne sa promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée en qualité d'ouvrier polyvalent au sein de la SARL Peinture Frère située à Chevigny-Saint-Sauveur. La décision ajoute que le requérant ne justifie ni d'une vie privée et familiale ancienne en France et que son épouse et leurs enfants sont dans la même situation, ni de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires. Ainsi, cette décision, qui n'est nullement stéréotypée et comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de cette motivation ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. A, qui, par ailleurs, ne justifie, ni même n'allègue, avoir joint à sa demande un contrat de travail signé ou encore des fiches de paie délivrées en France, pas plus qu'il ne justifie, en tout état de cause, de leur existence. La seule circonstance que le préfet ait mentionné l'existence d'une " promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée ", qui est exempte d'inexactitude matérielle, alors que le requérant soutient lui avoir adressé un " entier dossier ", n'entache aucunement la décision de défaut d'examen, dès lors que le préfet n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les pièces et éléments relatifs à sa situation.

5. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de la Côte-d'Or qui, en tout état de cause et aux termes mêmes de la décision attaquée, a rejeté sa demande au motif principal qu'il " ne justifie pas de motifs exceptionnels ni de considérations humanitaires ", n'a nullement indiqué qu'il se serait " contenté " de produire une promesse d'embauche. Par suite et eu égard à ce qui a, en outre, été dit au point qui précède, le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. En l'espèce, M. A se prévaut de son intégration en France avec sa compagne et leurs deux enfants nés sur le territoire français en 2020 et 2021, d'une promesse d'embauche de la SARL Peinture Frère qui rencontrerait des difficultés de recrutement et de son expérience professionnelle dans le domaine du bâtiment. Toutefois, si le requérant se prévaut, au demeurant, sans plus de précisions, de la présence d'un de ses frères en France, il ressort des informations fournies par M. A lors de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour que ses parents et un second frère vivent en Arménie, où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 31 ans. En outre, sa compagne et de leurs deux enfants en bas âge, se trouvent dans la même situation administrative que lui, de sorte que rien ne fait obstacle à que la cellule familiale se reconstitue dans un autre Etat. Enfin, le requérant, qui ainsi que le fait valoir le préfet, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 25 novembre 2020 ne justifie en France d'aucune insertion sociale significative. Dans ces conditions, compte de ses conditions du séjour en France et quand bien même M. A dispose d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée au regard de sa formation dans les métiers du bâtiment qu'il lui est loisible de valoriser dans son pays d'origine, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision attaquée a été prise. Il s'ensuit que cette décision n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

8. En dernier lieu, la paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. La décision de refus de séjour n'a ni pour effet ni pour objet d'éloigner le requérant et ses enfants du territoire français. En outre, alors même que les enfants de M. A sont nés en France, respectivement en 2020 et 2021, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'ils auraient noué, spécialement au égard à leur très jeune âge, des liens particuliers en France. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

12. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le préfet de la Côte-d'Or.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision de refus de de titre de séjour contenue dans l'arrêté préfectoral du 15 avril 2022, ainsi que les conclusions accessoires dont elles sont assorties, sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Grenier. Copie en sera délivrée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Nicolas Delespierre, président,

- Mme Mélody Desseix, première conseillère,

- Mme Karima Hunault, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.

La rapporteure,

K. B

Le président,

N. Delespierre La greffière,

E. Herique

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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