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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201275

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201275

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201275
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationZEUDMI-SAHRAOUI Nadia
Avocat requérantSCP CLEMANG-GOURINAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 mai 2022 et 16 juin 2022, M. A B, représenté par la SCP Clemang, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a assigné à résidence pour une durée de six mois renouvelable ;

3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir dans l'attente du réexamen de sa situation.

Il soutient que :

- sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de son droit d'être entendu ;

- la décision portant refus de titre de séjour sur la base de laquelle a été prise la mesure d'éloignement est elle-même illégale dès lors que le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de son dossier ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- sur la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 août 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, sur les requêtes présentées en application des articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu lors de l'audience publique, le rapport de Mme Zeudmi Sahraoui, magistrate désignée.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né le 24 décembre 2001 et entré en France le 2 juillet 201, a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance le 9 octobre 2017. Par un arrêté du 20 août 2020, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. L'intéressé a présenté une nouvelle demande de titre de séjour le 6 mai 2021. Par une décision du 16 août 2021, le préfet de Saône-et-Loire a rejeté cette demande. M. B a exercé contre cette décision un recours gracieux qui a été rejeté le 22 novembre 2021. Par un arrêté du 14 mars 2022, le préfet de Saône-et-Loire a obligé M. B à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du 18 mars 2022 le préfet de Saône-et-Loire a assigné à résidence M. B pour une durée de six mois renouvelable.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, si aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

3. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

4. M. B soutient qu'il n'a pas été entendu préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement litigieuse. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B a présenté une demande de titre de séjour en qualité de salarié le 6 mai 2021 et qu'à la suite du rejet de cette demande il a saisi le préfet de Saône-et-Loire d'un recours gracieux daté du 4 septembre 2021. Dans le cadre de sa demande de titre de séjour et de son recours gracieux, M. B a pu porter à la connaissance du préfet l'ensemble des éléments pertinents relatifs à sa situation. Le requérant n'établit ni même n'allègue qu'entre le 4 septembre 2021, date à laquelle son recours gracieux a été établi, et le 14 mars 2022, date de la décision litigieuse, il disposait d'autres informations susceptibles d'avoir une influence sur l'édiction de la mesure d'éloignement en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de Saône-et-Loire a méconnu le droit d'être entendu du requérant doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ".

6. M. B soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise sur la base d'une décision portant refus de titre de séjour qui est elle-même illégale. Toutefois, il ressort clairement des termes de l'arrêté attaqué que le préfet n'a pas entendu fonder la mesure d'éloignement litigieuse sur le refus de titre de séjour qu'il avait opposé au requérant le 16 août 2021 mais sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs et en tout état de cause, la décision portant rejet du recours gracieux dirigé contre cette décision de refus de titre de séjour a été notifiée à M. B le 27 novembre 2021 et mentionnait les voies et délais de recours. La décision du 16 août 2021 portant refus de titre de séjour est ainsi devenue définitive. M. B ne peut donc exciper de son illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

7. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. B soutient qu'il est entré en France à l'âge de 15 ans et demi et a été placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance, que ses parents sont décédés, qu'il a suivi une formation en qualité de boucher. Toutefois, le requérant, célibataire et sans charge de famille, ne fait état d'aucune attache personnelle ou familiale sur le territoire français alors qu'il dispose encore d'attaches familiales en Côte-d'Ivoire où résident ses frères et sœurs. Le requérant a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement par arrêté du 20 août 2020 qu'il n'a pas exécutée. Si le requérant a suivi une formation en qualité de boucher et se prévaut d'une promesse d'embauche, ces éléments ne sont pas suffisants pour établir que le centre des intérêts privés et familiaux de M. B se trouverait désormais en France. Dès lors, les moyens tirés de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la légalité de décision fixant le pays de destination :

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur la légalité de l'arrêté du 18 mars 2022 portant assignation à résidence :

11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés des 14 et 18 mars 2022 du préfet de Saône-et-Loire. Les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Saône-et-Loire.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La magistrate désignée,

N. CLa greffière,

T. MATEOS-JOBARD

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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