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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201294

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201294

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201294
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationZEUDMI-SAHRAOUI Nadia
Avocat requérantSCP AUDARD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 mai 2022, M. C F A, représenté par le cabinet d'avocats Audard et associés, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sur la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- sur légalité de la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Zeudmi Sahraoui pour statuer, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, sur les requêtes présentées en application des articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zeudmi Sahraoui,

- les observations de Me Audard, représentant M. A et de M. Da Rocha, représentant le préfet de la Côte-d'Or.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 20 septembre 1989, est entré en France selon ses déclarations le 19 novembre 2018 et a déposé une demande d'asile le 29 novembre suivant. Par une décision du 5 février 2019 l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté cette demande d'asile. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 29 novembre 2019. Par arrêté du 27 janvier 2020, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un nouvel arrêté du 17 mai 2022 dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or a obligé l'intéressé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Par une décision du 16 août 2022 le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon a statué sur la demande d'aide juridictionnelle de M. A. Les conclusions tendant à ce que le requérant soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont, dès lors, devenues sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Elle est ainsi suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. A soutient qu'il est entré en France en 2018 et que le centre de ses intérêts privés et familiaux se situe en France. Toutefois, à la date de la décision attaquée le séjour de

M. A en France présentait un caractère récent. Le requérant n'établit ni même n'allègue qu'il disposerait d'attaches personnelles ou familiales en France alors qu'il ressort des termes de l'arrêté attaqué qu'il n'est pas isolé en Guinée où résident ses frères et sœurs et où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention précitée ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

8. En second lieu, la décision attaquée vise les dispositions des articles L. 612-1, L. 612-2 (3°) et L. 612-3 (1°, 4°, 5° et 8°). Elle indique par ailleurs l'ensemble des considérations de fait sur lesquelles elle est fondée notamment les circonstances que le requérant s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, qu'il se maintient en situation irrégulière sans préparer son départ, qu'il a indiqué au cours de son audition par les services de police ne pas vouloir regagner la Guinée et rester en France et qu'il est dépourvu de tout document d'identité et de voyage et ne justifie pas d'un domicile stable en France. Cette décision indique également que l'intéressé n'a fait valoir aucune circonstance particulière. Dès lors le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision litigieuse doit être écarté.

9. Enfin aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. () ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

10. La décision refusant à M. A un délai de départ volontaire est fondée sur les dispositions des 1°, 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant soutient que le préfet ne pouvait retenir qu'il ne respecterait pas la mesure d'éloignement ou qu'il se serait soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il a seulement indiqué aux services de police qu'il souhaitait rester sur le territoire français et qu'il n'a jamais reçu notification d'une précédente mesure d'éloignement. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'arrêté du 27 janvier 2020 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté la demande de titre de séjour de M. A et l'a obligé à quitter le territoire français lui a été notifiée par voie postale le 1er février 2020. Dès lors, le préfet pouvait considérer, pour ce seul motif, et sans commettre ni erreur de droit ni erreur d'appréciation, qu'il existe un risque que l'étranger se soustraie à l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet et refuser de lui accorder un délai de départ volontaire sur le fondement du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

14. D'une part, M. A ne fait état d'aucune circonstances humanitaires. Le préfet de la Côte-d'Or devait, en application des dispositions précitées et dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire, assortir cette mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français.

15. D'autre part, le requérant conteste la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre en faisant valoir qu'aucun des éléments cités par le préfet ne justifie une telle durée. Toutefois en fixant la durée de cette mesure à un an au regard du fait que l'intéressé est en France depuis 3 ans et 6 mois, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'a jamais exécutée, qu'il est célibataire, sans enfants et est dépourvu d'attache familiale sur le territoire français, le préfet n'a commis aucune erreur d'appréciation.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 mai 2022 du préfet de la Côte-d'Or. Doivent, par voie de conséquence, être rejetées ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de

M. A la somme demandée par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission de

M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C F A et au préfet de la Côte-d'Or.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La magistrate désignée,

N. Zeudmi SahraouiLa greffière,

T. MATEOS-JOBARD

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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