jeudi 15 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201329 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CLEMANG-GOURINAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 mai 2022, et un mémoire en production de pièces, enregistré le 30 juin 2022, Mme E, représentée par Me Clémang, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'issue de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant le mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
* en ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 26 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 août 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de M. Puglierini, rapporteur public,
- les observations de Me Clémang, représentant Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante de nationalité serbe née le 3 novembre 1989, est entrée régulièrement en France le 7 janvier 2017 pour rejoindre M. E, compatriote serbe en situation régulière sur le territoire français, qu'elle a épousé à Chalon-sur-Saône, le 11 février 2017. Le 25 juillet 2017, elle a déposé une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par une décision du 24 janvier 2018, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, au motif que sa situation relevait du regroupement familial. La demande de regroupement familial formée par M. E au profit de son épouse a été rejetée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), au motif que l'intéressée était en situation irrégulière en France au moment de la demande. Le 23 août 2021, Mme E a demandé la délivrance d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 mai 2022, le préfet de Saône-et-Loire a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'issue de ce délai. Par la présente requête, Mme E demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme E est entrée en France en janvier 2017, de sorte qu'elle y est présente depuis plus de cinq ans à la date de la décision attaquée. Le 11 février 2017, elle a épousé M. A E, un compatriote serbe présent en France depuis 1999 et titulaire d'une carte de résident de dix ans valable jusqu'en 2027, de sorte qu'il a vocation à demeurer sur le territoire français où résident également ses deux sœurs, de nationalité française. Alors qu'un premier refus de titre de séjour au titre de la vie privée et familiale a été opposé à la requérante en janvier 2018 au motif qu'elle relevait du regroupement familial, son mari a sollicité en vain le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse. En outre, alors que les époux E étaient mariés depuis plus de cinq années à la date de la décision en litige, il ressort des pièces du dossier qu'ils se sont engagés dans un processus de procréation médicalement assistée depuis le mois de janvier 2021 et que, compte tenu des échecs subis lors des deux premières tentatives, un départ de l'intéressée hors de France réduirait grandement les chances du couple de voir aboutir le protocole de fécondation in vitro et d'espérer avoir un enfant. Par ailleurs, Mme E, qui est actuellement prise en charge financièrement par son mari, produit également à l'instance une promesse d'embauche, ainsi que des éléments attestant de son intégration dans la société française et notamment ses efforts d'apprentissage de la langue française. Enfin, contrairement à ce que fait valoir le préfet, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme E, dont les deux parents vivent en Allemagne, ne serait pas isolée en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, et alors même que M. E pourrait solliciter de nouveau le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse, la décision de refus de séjour a porté au droit de l'intéressée de mener une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Dès lors, les moyens, tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être accueillis.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que, la décision de refus de séjour étant illégale, Mme E est fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté attaqué du 2 mai 2022 doit être annulé.
Sur l'application des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative :
7. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation de la décision attaquée retenu ci-dessus, implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et de fait, que la carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale sollicitée soit délivrée à Mme E. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de délivrer ce titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme E d'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté attaqué du 2 mai 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Saône-et-Loire de délivrer à Mme E une carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme E une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme H, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Clémang. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Delespierre, président,
M. Blacher, premier conseiller,
Mme Hunault, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.
Le rapporteur,
M. BlacherLe président,
M. G
La greffière,
Mme F
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026