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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201335

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201335

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201335
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantOULARBI SAÏD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 mai 2022 et 17 juillet 2022, Mme B, épouse D, représentée par Me Oularbi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder à un réexamen de sa situation, dans les deux cas dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

* en ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit au regard de l'article 6 - 5) de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnait l'article 6 - 7) de l'accord franco-algérien ;

- le préfet a méconnu les dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012, dite " circulaire Valls ", dans la mise en œuvre de son pouvoir discrétionnaire ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

* en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle est susceptible de bénéficier des stipulations de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de sa fille garanti par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

* en ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

* en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 26 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 août 2022 à 12 heures.

Mme B, épouse D, a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, épouse D, ressortissante de nationalité algérienne née le 21 juillet 1990, déclare être entrée régulièrement en France le 31 décembre 2019, accompagnée de son mari et de leur fille mineure. Par un courrier reçu le 9 septembre 2020 en préfecture de Saône-et-Loire, elle a demandé la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant, d'une part, de sa qualité de descendante d'un parent ayant la nationalité française et de sœur d'un ressortissant ayant également la nationalité française, d'autre part, de son statut de victime de violences conjugales imputables à son époux. Par un arrêté du 3 mai 2022, le préfet de Saône-et-Loire a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'issue de ce délai. Par la présente requête, Mme B, épouse D, demande l'annulation de l'ensemble des décisions contenues dans cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée, après avoir rappelé que Mme B, épouse D, a demandé un titre de séjour en faisant valoir des violences conjugales de la part de son mari, indique qu'aucune suite judiciaire n'a été donnée aux différentes enquêtes diligentées et qu'il n'existe plus de communauté de vie entre les deux époux. Elle précise également que le père et le frère aîné de l'intéressée, tous deux de nationalité française, sont présents sur le territoire français et que la fille de la requérante vit avec elle et est scolarisée en France. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutient Mme B, épouse D, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune pièce du dossier, que le préfet de Saône-et-Loire se serait abstenu, préalablement à l'édiction de sa décision de refus de séjour, de procéder à un examen particulier de sa situation personnelle.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

4. Si Mme B, épouse D, se prévaut de la présence en France de son père et de son frère aîné, tous deux de nationalité française, le préfet a pu, sans commettre d'erreur de droit, ni d'erreur de fait, estimer que ces circonstances n'étaient pas de nature, à elles-seules, à conférer à l'intéressée un droit au séjour en application des stipulations précitées de l'accord franco-algérien.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ".

6. Mme B, épouse D, qui cite l'article ci-dessus de manière tronquée en s'arrêtant après les termes " résidant habituellement en France ", sans citer la suite relative à l'état de santé du demandeur, et qui, au surplus, n'a formé aucune demande de titre de séjour sur ce fondement, ne peut sérieusement soutenir que le préfet de Saône-et-Loire aurait méconnu les stipulations de l'article 6 - 7) de l'accord franco-algérien.

7. En quatrième lieu, si les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne s'appliquent pas aux ressortissants algériens dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

8. En l'espèce, Mme B, épouse D, qui se borne à constater que le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, ne caractérise pas l'existence de considérations humanitaires ou de circonstances exceptionnelles de nature à justifier la mise en œuvre de ce pouvoir à l'égard de sa situation. A cet égard, la requérante ne peut utilement se prévaloir des orientations générales que le ministre de l'intérieur, dans sa circulaire du 28 novembre 2012, a adressées aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation et qui est dépourvue de portée impérative.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Mme B, épouse D, fait valoir qu'elle vit paisiblement en France auprès de son frère aîné et sa belle-sœur, accompagnée de sa fille mineure, qui est scolarisée, qu'elle maîtrise la langue française, qu'elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'elle justifie d'une parfaite insertion sociale et professionnelle sur le territoire français. Toutefois, alors que la présence en France de l'intéressée est de deux ans et cinq mois à la date de la décision attaquée, elle a attendu huit mois après son entrée sur le territoire français pour entreprendre des démarches de régularisation de sa situation, la résidence en France de son frère aîné et de sa famille n'étant pas de nature, à elle-seule, à lui conférer un droit au séjour. En outre, aucune des pièces du dossier n'est de nature à établir l'intégration sociale et professionnelle dont se prévaut la requérante. Par ailleurs, Mme B, épouse D, étant séparée de son époux, dont il n'est pas établi, ni même allégué, qu'il participerait à l'entretien et à l'éducation de sa fille, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale, composée de l'intéressée et de sa fille mineure, se reconstitue dans leur pays d'origine, où la requérante a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans et où l'enfant pourra poursuivre sa scolarité. Ainsi, eu égard aux conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressée, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but en vue duquel elle a été prise. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision de refus de séjour sur la situation personnelle de la requérante doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de séjour n'est pas illégale. Par suite, Mme B, épouse D, n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

14. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que Mme B, épouse D, contrairement à ce qu'elle soutient, ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'accord franco-algérien. Dans ces conditions, le préfet a pu, sans commettre d'erreur de droit, assortir le refus de titre de séjour opposé à l'intéressée d'une obligation de quitter le territoire français.

15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressée, également dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés.

16. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

17. Dans ses écritures en réplique, Mme B, épouse D, soutient que la décision d'éloignement contrevient à l'intérêt supérieur de sa fille mineure en l'empêchant de poursuivre sa scolarité en France. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'enfant mineure de la requérante, née en 2015, serait dans l'impossibilité de poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine. Par suite, la décision attaquée n'est pas de nature à porter atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant.

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

18. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, Mme B, épouse D, n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

19. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont pas illégales. Par suite, Mme B, épouse D, n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de ces décisions à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions contenues dans l'arrêté du 3 mai 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

21. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Il suit de là que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée par Mme B, épouse D, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 2201335 est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, épouse D, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Oularbi. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des

outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Delespierre, président,

M. Blacher, premier conseiller,

Mme Desseix, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le rapporteur,

S. CLe président,

N. Delespierre

La greffière,

A. Roussilhe

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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