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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201340

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201340

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201340
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET COTESSAT-BUISSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 mai 2022 et 9 août 2022 Mme F, représentée par la Selarl Cabinet Cotessat - Buisson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de 30 jours à compter la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait et en droit ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation particulière ;

- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors que le préfet a appliqué à tort les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-brésilien du 12 décembre 2013 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît son droit à mener une vie privée et familiale normale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et par les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle justifie désormais remplir les conditions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 26 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 août 2022 à 12 heures.

Par un courrier du 10 août 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité du moyen relatif à l'insuffisance de motivation en droit et en fait de la décision attaquée, dès lors que ce moyen de légalité externe, qui n'est pas d'ordre public, se rattache à une cause juridique distincte de celle dont relèvent les moyens initialement soulevés dans le délai de recours contentieux (CE, Section, 20 février 1953, Sté Intercopie).

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2018-191 du 19 mars 2018 portant publication de l'accord relatif au programme " vacances-travail " entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République fédérative du Brésil, signé à Brasilia le 12 décembre 2013 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante de nationalité brésilienne né le 10 juillet 1992, est entrée régulièrement en France le 28 juin 2020, munie d'un visa long séjour temporaire à entrées multiples délivré en application de l'accord relatif au programme " vacances-travail " entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République fédérative du Brésil, signé à Brasilia le 12 décembre 2013, valable jusqu'au 29 mars 2021. Le 21 juin 2021, soit après l'expiration dudit visa, Mme F a demandé la délivrance d'un titre de séjour en qualité de " conjoint de français " en se prévalant de la conclusion, le 18 mars 2021, d'un pacte civil de solidarité (PACS) avec M. A C, de nationalité française. Par un arrêté du 9 mai 2022, le préfet de Saône-et-Loire a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'expiration de ce délai. Par la présente requête, Mme F demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

4. D'une part, si Mme F, qui n'était pas mariée mais pacsée avec un ressortissant français à la date de sa demande de titre de séjour, ne pouvait utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte des termes de la décision attaquée que le préfet de Saône-et-Loire a également examiné la demande de titre de l'intéressée sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code, dont les dispositions peuvent, dès lors, être utilement invoquées par la requérante.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme F est présente sur le territoire français depuis le 28 juin 2020, soit environ un an et dix mois à la date de la décision attaquée et qu'elle entretient une relation avec M. C, ressortissant français, avec lequel elle a conclu un pacte civil de solidarité (PACS) le 18 mars 2021. Si la conclusion de ce PACS était récente à la date de la décision attaquée, il ressort toutefois des pièces produites à l'instance que les partenaires, qui se sont rencontrés lors d'un voyage en Thaïlande en janvier 2018, se sont rapidement engagés dans une relation stable, malgré leur éloignement géographique, avec des périodes de vie commune, dès 2018 en France et en Espagne, où Mme F s'était installée en septembre 2018 pour poursuivre ses études et se rapprocher de son compagnon, en 2019 au Brésil, pays d'origine de la requérante dans lequel elle était retournée terminer ses études et où M. C s'est rendu, et en France depuis le 28 juin 2020, date à laquelle le couple s'est installé ensemble. Ainsi, l'intéressée peut se prévaloir d'une communauté de vie d'un peu plus de quatre ans à la date de la décision attaquée, dès lors que la durée de la communauté de vie s'apprécie en tenant compte également du temps pendant lequel elle s'est déroulée à l'étranger, ainsi que d'une cohabitation de presque deux ans. La requérante produit également à l'instance des témoignages de proches, d'amis et de membres de la famille de M. C, ainsi que des documents photographiques, faisant état de l'ancienneté et de l'intensité de la relation du couple et de la très bonne insertion de Mme F dans la société française, démontrant ainsi qu'elle a tissé des liens personnels et familiaux intenses et stables en France. Par ailleurs, Mme F établit, par la production de fiches de paie et d'un contrat de travail à durée déterminée en qualité d'employée de garde d'enfants, avoir travaillé en France lorsqu'elle y était autorisée par son visa " vacances-travail ", attestant ainsi de sa capacité d'insertion professionnelle en France, alors qu'au demeurant elle a suivi un cursus de formation en architecture. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, le préfet de Saône-et-Loire, en prenant à l'encontre de l'intéressée l'arrêté du 9 mai 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'éloignant du territoire français, a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 9 mai 2022 doit être annulé en toutes ses dispositions.

Sur l'application des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative :

7. Le présent jugement implique, eu égard au motif sur lequel il se fonde, que le préfet de Saône-et-Loire, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait, délivre à Mme B F une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement à la requérante d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté attaqué du 9 mai 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Saône-et-Loire de délivrer à Mme F une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme F une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F et au préfet de

Saône-et-Loire. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Mâcon.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Delespierre, président,

M. Blacher, premier conseiller,

Mme Hunault, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le rapporteur,

M. BlacherLe président,

M. G

La greffière,

Mme E

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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