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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201388

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201388

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201388
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationLAURENT Marie-Eve
Avocat requérantSELARL QUENTIN AZOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mai 2022, M. A C, représenté par

Me Azou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de l'Angola ;

2°) d'enjoindre au préfet la Côte-d'Or de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer durant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 en cas d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle ; soit en cas de rejet définitif de la demande d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris sans que soit respecté son droit d'être entendu et sans qu'une procédure contradictoire ne soit menée ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation et est insuffisamment motivée ;

- la décision a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée ;

- la décision d'éloignement sera annulée par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination sera annulée par voie d'exception d'illégalité de la décision d'éloignement ;

- elle est insuffisamment motivée.

Le préfet de la Côte-d'Or a produit des pièces le 22 juin 2022 sans présenter d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B par décision du 27 janvier 2022 en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes prévues à l'article L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Azou, représentant le requérant et de Mme D représentant le préfet de la Côte-d'Or.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant angolais né en 1978, est entré en France en janvier 2021, pour y solliciter l'asile. Après rejet de sa demande par décision de 1'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 27 avril 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 19 octobre 2021, le préfet de la Côte-d'Or, par arrêté du 9 mai 2022, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A C.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la procédure contradictoire de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne s'applique pas lorsqu'il est statué sur une demande, ni avant un éloignement, l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ayant déterminé l'ensemble des règles de procédure afférentes, ni avant une décision associée fixant le pays, le délai de départ volontaire et le pays de renvoi que l'intéressé a pu contester par recours contentieux suspensif en même temps que l'éloignement. De ce fait, lorsqu'il demande l'asile, l'étranger fournit à la préfecture tous motifs, précisions et justifications utiles, peut ensuite compléter sa demande et ne saurait ignorer en accomplissant cette démarche, qu'il peut être éloigné en cas de refus. Le droit d'être entendu posé à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne est déjà satisfait avant un refus de titre de séjour avec obligation de quitter le territoire français et n'implique donc pas que l'intéressé soit mis à-même, avant ce refus, de présenter des observations. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie en raison de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu doit ainsi être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et mentionne que le requérant, débouté de sa demande d'asile, ne peut se voir délivrer un titre de séjour en qualité de réfugié ou au titre de la protection subsidiaire ; il mentionne les éléments connus au sujet de sa vie privée et des liens qu'il a pu nouer en France, et indique qu'aucun élément probant n'est fourni s'agissant des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine. Cet arrêté est ainsi suffisamment motivé, tant en ce qui concerne la décision de refus de séjour, sans que le requérant puisse utilement se prévaloir à cet effet des termes de l'article 1.1.1 de la circulaire du

25 janvier 1990, qu'en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination.

6. En troisième lieu, les mentions portées dans la décision et les éléments produits devant le tribunal par le préfet montrent qu'il a été procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant de prendre à son encontre les décisions contestées, notamment en ce qui concerne les risques encourus dans son pays d'origine.

7. En quatrième lieu, si le requérant évoque une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée, il ressort des pièces du dossier que sa famille est demeurée en Angola, et il n'est fait état d'aucun lien noué en France.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

9. Le moyen tiré, de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés n'est, en tout état de cause, assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé, quelle que soit la décision contre lequel il est soulevé.

10. En sixième lieu, dès lors que le requérant n'établit pas l'illégalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En dernier lieu, dès lors que le requérant n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 mai 2022.

Sur les conclusions en injonction :

13. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de. M. A C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Azou.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La magistrate désignée,

M-E B

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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