jeudi 15 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201449 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MOUNDOUNGA NTSIGOU SERGE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 juin 2022 et le 12 juillet 2022, M. D E, représenté par Me Moundoungou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire refuse de faire droit à sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " membre de la famille d'un citoyen de l'UNION / EEE / SUISSE " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le préfet devra justifier de la délégation donnée au signataire de l'arrêté attaqué ;
- la décision de refus d'admission au séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'est pas divorcé de son épouse et n'est pas à l'origine de la séparation du couple ;
- cette décision méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la CEDH ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;
- cette décision méconnait les dispositions de l'article L. 511-4 du CESEDA ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire est insuffisamment motivée ;
- cette décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la CEDH.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 24 juin 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant centrafricain né le 16 août 1982, est entré régulièrement en France le 9 janvier 2016, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté en date du 18 décembre 2018, devenu définitif, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile et lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. E s'est toutefois maintenu sur le territoire français où il a épousé, le 30 janvier 2021, Mme F, ressortissante portugaise. Il a sollicité, le 12 février 2021, la délivrance d'une carte de séjour en qualité de membre de la famille d'un ressortissant de l'Union européenne. Par une décision en date du 8 avril 2021, le préfet de Saône-et-Loire a informé M. E de la délivrance du titre de séjour sollicité. Toutefois, par courrier en date du 2 août 2021, le préfet a informé l'intéressé que, dès lors qu'il ne remplissait plus les conditions permettant de bénéficier de ce titre de séjour, et notamment celle tenant à la communauté de vie avec son épouse, il envisageait de revenir sur sa décision de délivrance de titre de séjour, et l'a invité à produire ses observations. Par un arrêté en date du 1er mars 2022, dont M. E demande l'annulation, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 15 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation à Mme A C, directrice de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture, à l'effet de signer tous actes relevant des attributions de ce service, notamment les décisions relatives au séjour, aux mesures d'éloignement et aux interdictions de retour sur le territoire français. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ". L'article L. 233-2 du même code dispose que : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. Il en va de même pour les ressortissants de pays tiers, conjoints ou descendants directs à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées au 3° de l'article L. 233-1. ".
4. Il est constant que M. E a épousé une ressortissante portugaise le 30 janvier 2021. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision de refus de séjour contestée, M. E ne vivait plus avec son épouse. Dès lors, il ne justifiait plus du droit au séjour en qualité de conjoint accompagnant un citoyen de l'Union européenne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 233-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les ressortissants de pays tiers mentionnés à l'article L. 233-2, admis au séjour en leur qualité de membre de famille, conservent leur droit au séjour dans les situations suivantes : () 2° En cas de divorce ou d'annulation du mariage avec le ressortissant accompagné ou rejoint : a) lorsque le mariage a duré au moins trois ans avant le début de la procédure judiciaire de divorce ou d'annulation, dont un an au moins en France ; c) lorsque des situations particulièrement difficiles l'exigent, notamment lorsque la communauté de vie a été rompue à l'initiative du membre de famille en raison de violences conjugales qu'il a subies ; () ".
6. M. E soutient par ailleurs que le divorce n'a pas été prononcé, et que la rupture de la vie commune est liée à des violence conjugales dont il a fait l'objet de la part de son épouse. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que la plainte déposée par le requérant pour violence conjugale aurait donné lieu à des poursuites à l'encontre de son épouse, laquelle a, au demeurant, déposé une plainte à son encontre pour des faits identiques. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision de refus de séjour serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation du requérant doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. E, qui est célibataire et sans enfant sur le territoire français, dispose en revanche d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, où il a vécu l'essentiel de son existence et où réside notamment son fils né en 2015. Si l'intéressé réside en France depuis le 9 janvier 2016, il ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour prise à son encontre méconnaitrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. Le requérant, dont la demande d'asile a été rejetée tant par l'OFPRA que par la Cour nationale du droit d'asile, n'apporte aucun élément nouveau de nature à démontrer la réalité et l'actualité des risques allégués en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écartés.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
12. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué indique les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la mesure d'éloignement prise à l'encontre de l'intéressé. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.
13. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 511-4, devenu L. 611-3, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. E entrerait dans l'une des catégories d'étrangers ne pouvant faire l'objet d'une mesure d'éloignement en application de ces dispositions.
14. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 8 ci-dessus, le moyen tiré de ce que la décision critiquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
15. En premier lieu, la décision portant interdiction de retour, qui mentionne les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, indique que l'intéressé s'est déjà soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, et apprécie les conséquences qu'elle serait susceptible d'avoir au regard de la vie privée et familiale de l'intéressé, est suffisamment motivée.
16. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 8 ci-dessus, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 1er mars 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire refuse de faire droit à sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour pour une durée d'un an. Sa requête doit, par suite, être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Moundoungou. Copie en sera transmise pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Delespierre, président,
Mme Desseix, première conseillère,
Mme Hunault, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.
La rapporteure,
M. DESSEIX
Le président,
N. DELESPIERRELa greffière,
A. ROUSSILHE
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026