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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201505

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201505

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201505
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMIFSUD ELODIE

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nicolet, rapporteur,

- et les observations de Me Mifsud, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, alias M. G E, ressortissant arménien né le 6 mars 1976 à Kanachut, déclare être entré irrégulièrement en France le 27 septembre 2010. Se présentant sous l'identité de M. E, ressortissant arménien né le 10 novembre 1977 à Mkhtchyan, il a sollicité son admission à l'asile. A la suite du rejet de cette demande par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis la Cour nationale du droit d'asile, le préfet de Saône-et-Loire a, par arrêté du 29 octobre 2012, refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Le recours formé par M. C à l'encontre de cet arrêté a été rejeté par jugement n° 1202716-1202717 du tribunal administratif de Dijon le 31 janvier 2013, jugement confirmé par une ordonnance n° 13LY00538 du président de la cour administrative d'appel de Lyon du 31 mai 2013. L'intéressé a ensuite sollicité le réexamen de sa demande d'asile, laquelle a été rejetée, ainsi que la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Par arrêté du 30 octobre 2014, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer ce titre et a prononcé à son encontre une mesure d'éloignement. La légalité de cette décision a été confirmée par jugement n° 1401781 du tribunal administratif de Dijon. Se présentant toujours sous l'identité de M. E, l'intéressé a sollicité son admission au séjour à titre exceptionnel le 15 janvier 2016. A la suite des vérifications engagées par le préfet de Saône-et-Loire pour s'assurer de l'authenticité de son état civil, il est apparu que l'intéressé se prévalait d'une fausse identité. Le préfet de Saône-et-Loire a, par arrêté du 12 mai 2016, rejeté cette demande. Le 25 septembre 2017, M. C a sollicité, cette fois en son nom, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Par les arrêtés du 16 mai 2022 dont il est demandé l'annulation, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'étendue du litige :

2. M. C ayant été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il a été statué, dans les conditions prévues par l'article L. 614-9 du même code, sur les conclusions visant, outre cette mesure, l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et fixant le pays de destination. Le tribunal n'est donc plus saisi que des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, relevant de sa formation collégiale, ainsi que des conclusions aux fins d'injonction et des conclusions accessoires.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté du 15 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation à Mme A F, directrice de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions des attributions de sa direction, notamment les décisions de refus de titre de séjour. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision de refus de séjour doit être écarté.

4. En deuxième lieu, M. C se prévaut de sa durée de séjour et de la présence de sa famille sur le territoire français, ainsi que de promesses d'embauche. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la durée de présence de M. C est essentiellement due à l'instruction de sa demande d'asile, puis à son maintien sur le territoire français en dépit de deux mesures d'éloignement prises à son encontre en 2012 et 2014. Par ailleurs, il ressort des mentions non contestées de l'arrêté en litige que Mme D, son épouse, fait l'objet d'une décision d'éloignement similaire. En outre, la seule présence de M. E, que l'intéressé, selon les mentions de l'arrêté en litige, " considère comme son père ", ainsi que de sa fille majeure, Mme C, âgée de 22 ans, tous deux en situation régulière, ne saurait, à elle seule, lui conférer un droit au séjour, dès lors, en particulier, qu'il n'est pas fait état d'un obstacle à ce qu'ils se rendent en Arménie pour visiter M. C. Il n'est pas davantage établi que l'intéressé serait isolé en cas de retour en Arménie, pays dont les membres de la famille ont tous la nationalité, où pourra se reconstruire sa cellule familiale et se poursuivre la scolarité de ses deux enfants mineurs. Du reste, la promesse d'embauche dont se prévaut M. C en qualité de maçon n'est pas suffisante pour caractériser une insertion particulière sur le territoire français, alors en outre que la commission du titre de séjour, réunie le 24 février 2022, a constaté que le requérant ne maîtrisait pas la langue française malgré douze ans allégués de présence en France. M. C a, par ailleurs, présenté des demandes de titre de séjour en se prévalant d'une fausse identité. Enfin, la promesse d'embauche du 14 juin 2022 est en tout état de cause postérieure à la décision en litige. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la décision contestée n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 16 mai 2022 par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande le conseil du requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 16 mai 2022, par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance, sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Mifsud.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

Mme Hascoët, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

P. Nicolet

L'assesseur le plus ancien,

I. Hugez

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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