jeudi 15 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201549 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MIFSUD ELODIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 juin 2022, M. E B, représenté par Me Mifsud, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les arrêtés du 9 juin 2022 par lesquels le préfet de Saône-et-Loire, d'une part a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office, et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, et d'autre part l'a assigné à résidence pour une durée de six mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate qui renonce dans cette hypothèse à percevoir le montant de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente, en méconnaissance de son droit à être entendu garanti par le paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, elle est entachée d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen particulier de sa situation et viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision refusant l'octroi d'un départ volontaire est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte, d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen particulier de sa situation, et méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant assignation à résidence est entachée d'un défaut de motivation, d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, l'a dispensé de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Me Mifsud, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. E B, ressortissant ivoirien né le 19 août 2002, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 21 mai 2018 et a été confié à l'aide sociale à l'enfance le 25 mai 2018. Après avoir fait l'objet d'une première mesure d'éloignement le 12 janvier 2021 qui n'a pas été exécutée, M. B demande l'annulation des arrêtés du 9 juin 2022 par lesquels le préfet de Saône-et-Loire, d'une part a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office, et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, et d'autre part l'a assigné à résidence pour une durée de six mois.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Dès lors que l'aide juridictionnelle totale a été accordée au requérant par une décision du 30 août 2022, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. Par un arrêté du 15 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Saône-et-Loire, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation de signature à Mme A D, directrice de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée, qui manque en fait, doit, pour ce motif, être écarté.
5. La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne qu'elle est prise sur le fondement des dispositions des 3° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux motifs que le requérant s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour et qu'il représente une menace pour l'ordre public, l'arrêté contesté mentionnant les circonstances de droit et de fait qui fondent ces deux motifs. La décision contestée mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée.
6. La seule circonstance que le préfet qui refuse la délivrance ou le renouvellement du titre de séjour sollicité par l'étranger en assortissant cette décision d'une obligation de quitter le territoire français n'a pas, préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement, de sa propre initiative, expressément informé l'étranger qu'en cas de rejet de sa demande de titre de séjour, il serait susceptible d'être contraint de quitter le territoire français en l'invitant à formuler ses observations sur cette éventualité, n'est pas de nature à permettre de regarder l'étranger comme ayant été privé de son droit à être entendu, notamment énoncé au paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
7. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort ni des termes de cette décision ni d'aucune pièce du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant de prendre à son encontre la décision contestée.
8. M. B serait entré sur le territoire français en mai 2018 selon ses déclarations, il est célibataire, sans enfant à charge, et n'a pas exécuté une première mesure d'éloignement prise à son encontre en 2021. Les seules circonstances qu'il maîtriserait la langue française, a obtenu un CAP de peinture et détient une promesse d'embauche ne suffisent pas à caractériser une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
9. Dès lors que le requérant n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigés contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
10. Dès lors que le requérant n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. Par l'arrêté précité du 15 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Saône-et-Loire, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation de signature à Mme A D, directrice de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée, qui manque en fait, doit, pour ce motif, être écarté.
12. La décision contestée d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans mentionne qu'elle est prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'intéressé, et indique que le requérant déclare être entré en France le 21 mai 2018, qu'il ne se prévaut pas de liens anciens, stables et intenses en France, qu'il est célibataire, sans enfant, qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales en Côte-d'Ivoire où il a vécu l'essentiel de son existence, qu'il n'apporte pas la preuve de l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre, qu'il se maintient irrégulièrement sur le territoire français et qu'il représente une menace pour l'ordre public au regard de son comportement et des faits précédemment indiqués dans l'arrêté contesté. La décision attaquée, qui mentionne les considérations de droit et de fait qui la fondent, et prend en compte les critères prescrits par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est suffisamment motivée.
13. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort ni des termes de cette décision ni d'aucune pièce du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant de prendre à son encontre la décision contestée.
14. Au regard de l'ensemble des faits précédemment mentionnés, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans n'est entachée ni d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
15. La décision contestée mentionne qu'elle est prise sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'intéressé fait l'objet d'une mesure d'éloignement sans délai de départ volontaire, qu'il détient un passeport ivoirien valable jusqu'au 21 mars 2024, et qu'il ne justifie pas de la possibilité de regagner son pays d'origine ni de se rendre dans un autre pays au regard de la perturbation exceptionnelle des échanges aériens avec la Côte-d'Ivoire en raison de nécessités sanitaires impérieuses. La décision contestée, qui mentionne les considérations de droit et de fait qui la fondent, est suffisamment motivée.
16. Il ne ressort ni des termes de la décision contestée ni d'aucune pièce du dossier que le préfet se serait estimé être en situation de compétence liée pour retenir la durée maximale de six mois prescrite par l'article L. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
17. Le requérant ne saurait utilement soutenir que la décision contestée, prise sur le fondement du 1° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, serait entachée d'erreur de fait au regard des dispositions de l'article L. 731-1 du même code, ou méconnaîtrait ces dispositions.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Mifsud.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
M. Hugez, premier conseiller,
Mme Hascoët, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.
Le président-rapporteur,
P. C
L'assesseur le plus ancien,
I. Hugez
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026