jeudi 15 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201558 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MIFSUD ELODIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 juin 2022, Mme G B alias D, représentée par Me Mifsud, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision portant refus de séjour, la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision refusant l'octroi d'un délai de recours et la décision fixant le pays de renvoi ;
3°) d'annuler la décision portant assignation à résidence ;
4°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;
5°) à défaut, d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;
6°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à verser à son avocat, laquelle renonce dans cette hypothèse à percevoir le montant de l'aide juridictionnelle, en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision lui refusant le séjour est entachée d'incompétence dès lors qu'il n'est pas établi que Mme E disposait d'une délégation de signature régulière et publiée ;
- cette décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision désignant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision portant assignation à résidence est insuffisamment motivée ;
- cette décision l'assignant à résidence méconnait les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son éloignement n'est pas une perspective raisonnable ;
- cette décision est entachée d'une erreur de fait.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 juin 2022.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Par un jugement n° 2201558 du 21 juin 2022, la magistrate désignée du tribunal administratif de Dijon a renvoyé à la formation compétente du tribunal les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé de délivrer à Mme B alias D un titre de séjour ainsi que les conclusions accessoires dont elles sont assorties, a admise l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et a rejeté le surplus des conclusions de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F,
- et les observations de Me Mifsud, représentant Mme B alias D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B alias D, de nationalité arménienne, a déclaré être entrée en France en 2010. Elle a présenté, sous l'identité de G D, une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides confirmée par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 29 octobre 2012, le préfet de
Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Cette décision a été confirmée par un jugement du 31 janvier 2013 du tribunal administratif de Dijon et par une ordonnance du 31 mai 2013 de la cour administrative d'appel de Lyon. Ensuite, la requérante, toujours sous l'identité de Mme G D, a sollicité son admission au séjour à titre exceptionnel le 15 janvier 2016. A la suite des vérifications engagées par le préfet de Saône-et-Loire pour s'assurer de l'authenticité de son état civil, il est apparu que l'intéressée se prévalait d'une fausse identité. Elle a de nouveau sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 25 septembre 2017 et justifié de sa véritable identité. Par un arrêté du 16 mai 2022, le préfet de Saône-et-Loire a rejeté la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par Mme B alias D, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et a fixé l'Arménie comme pays de destination. Par un autre arrêté du même jour, le préfet l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'étendue du litige :
2. D'une part, aux termes des dispositions du I de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 3°, 5°, 7° ou 8° du I de l'article L. 511-1 ou sur le fondement de l'article L. 511-3-1 et qui dispose du délai de départ volontaire mentionné au premier alinéa du II de l'article L. 511-1 ou au sixième alinéa de l'article
L. 511-3-1 peut, dans le délai de trente jours suivant sa notification, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision mentionnant le pays de destination et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ou d'interdiction de circulation sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / () Toutefois, si l'étranger est placé en rétention en application de l'article L. 551-1 ou assigné à résidence en application de l'article L. 561-2, il est statué selon la procédure et dans le délai prévu au III du présent article ".
3. D'autre part, aux termes des deux premiers alinéas de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire (), la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. () / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section II, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. ".
4. En l'espèce, Mme B alias D a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence par un arrêté du préfet de Saône-et-Loire en date du 16 mai 2022. Par un jugement du 21 juin 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Dijon pour statuer sur les procédures prévues par le III de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a renvoyé à la formation compétente du tribunal les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé de délivrer à l'intéressée un titre de séjour ainsi que les conclusions accessoires dont elles sont assorties, l'a admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et a rejeté le surplus des conclusions de la requête. Ainsi, le Tribunal ne reste donc saisi que des conclusions de Mme B alias D dirigées contre la décision portant refus de séjour, des conclusions à fin d'injonction et des conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, en tant que ces dernières constituent des conclusions accessoires des conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision relative au séjour :
5. En premier lieu, par un arrêté du 15 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour et aisément consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation à Mme A E, directrice de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de sa direction, notamment les décisions de refus de titre de séjour. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision de refus de séjour, qui manque en fait, doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui () ".
7. Si Mme B alias D se prévaut de sa présence en France de manière ininterrompue depuis 2010, il ressort cependant des pièces du dossier qu'elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français en dépit d'une mesure d'éloignement prise à son encontre en octobre 2012 après le rejet définitif de sa demande d'asile. Si l'intéressée fait valoir la présence en France de son époux et de ses trois enfants, dont l'un est majeur, d'une part, son conjoint se trouve dans la même situation administrative qu'elle et fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. En outre, il n'est ni soutenu ni même allégué que les deux enfants encore mineurs de la requérante ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Arménie. Dès lors, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale de Mme B alias D se reconstitue en Arménie. D'autre part, l'intéressée ne démontre aucune insertion sociale et professionnelle particulière. Le certificat des Restaurants du Cœur de
Chalon-sur-Saône attestant qu'elle assisterait régulièrement au cours de Français depuis 2017 ainsi que la promesse d'embauche établie au nom de son époux, le 19 avril 2022, sont insuffisantes pour caractériser une insertion particulière. Surtout, il n'est pas contesté que la commission du titre de séjour a rendu le 29 mars 2022 un avis défavorable à la délivrance d'une carte de séjour temporaire en raison d'une carence dans la maitrise de la langue française et d'une absence de toute perspective d'insertion sociale et professionnelle en dépit d'une présence en France de près de douze ans. Enfin, la circonstance que la fille de la requérante vit régulièrement en France ne confère aucun droit au séjour à la requérante. De surcroit, il n'est pas établi que Mme B alias D serait dépourvue de tout lien en Arménie où elle a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées.
Sur conclusions à fin d'injonction :
8. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant le séjour en France de Mme B alias D n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
9. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de Mme B alias D contre la décision portant refus de séjour sont rejetées.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B alias D est rejeté.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à Mme G B alias D, à Me Mifsud et au préfet de Saône-et-Loire. Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et de l'Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Delespierre, président,
M. Blacher, premier conseiller,
Mme Hunault, conseillère.
Rendu public par la mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.
Le président-rapporteur,
N. F
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
M. C
La greffière,
A. ROUSSILHE
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026