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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201639

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201639

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201639
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationLAURENT Marie-Eve
Avocat requérantROTHDIENER GAËTAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2022, M. D B, représenté par Me Rothdiener, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2022 par lequel le préfet de la Nièvre lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Nièvre de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de15 jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la décision de la Cour nationale du droit d'asile ne lui a pas été notifiée selon les formalités prescrites par l'article R.532-54 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2022, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A par décision du 27 janvier 2022 en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes prévues à l'article L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant arménien, est entré en France le 24 juin 2021 pour y solliciter l'asile. Après rejet de sa demande par décision de 1'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) du 31 décembre 2021 notifiée le 7 février 2022, par arrêté du 23 mai 2022, le préfet de la Nièvre lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. D B.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par arrêté du 28 mai 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, le préfet de la Nièvre a donné délégation à Mme Blandine Georjon, secrétaire générale de la préfecture de la Nièvre, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception d'actes au nombre desquels ne figure pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à sa situation, et indique que l'intéressé, dont la demande d'asile, enregistrée en procédure accélérée, a été rejetée, ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de demandeur d'asile ou au titre de la protection subsidiaire, et ne justifie d'aucun droit à se maintenir sur le territoire depuis la notification de la décision de l'Ofpra. Il fait également état de l'absence d'atteinte à sa vie privée et familiale et de l'absence de risques établis en cas de retour en Arménie. La décision attaquée est ainsi suffisamment motivée, le préfet n'étant pas dans l'obligation de rappeler le motif de la décision de l'Ofpra, dont le requérant avait d'ailleurs nécessairement connaissance dès lors qu'il a formé un recours contre cette décision devant la CNDA.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 () ". Aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-1 du code précité : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin :1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ;() " ; aux termes de l'article R.531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants :

1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ;() ". Enfin, aux termes de l'article R. 532-54 de ce code : " Le secrétaire général de la Cour nationale du droit d'asile notifie la décision de la cour au requérant par lettre recommandée avec demande d'avis de réception et l'informe dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend du caractère positif ou négatif de la décision prise () ".

7. M. B, ressortissant d'un Etat figurant sur la liste des pays considérés comme pays d'origine sûrs, ne saurait utilement soutenir qu'il n'est pas établi que la décision de la Cour nationale du droit d'asile rejetant sa demande d'asile lui a été notifiée selon les formalités prescrites par l'article R.532-54 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il résulte des dispositions citées au point précédent que son droit de se maintenir sur le territoire français a pris fin à la date de notification de la décision de l'Ofpra, et non à la date de lecture ou de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

Sur les conclusions en injonction :

9. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocat de M. B de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. D B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de. M. D B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet de la Nièvre et à Me Rothdiener.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La magistrate désignée,

M-E A

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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