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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201660

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201660

mardi 15 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201660
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBEN HADJ YOUNES SANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 juin et 23 septembre 2022,

M. C B, représenté par Me Ben Hadj Younès, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans le même délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à Me Ben Hadj Younès, laquelle renonce dans cette hypothèse à percevoir le montant de l'aide juridictionnelle, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

S'agissant du refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi que le médecin instructeur a été désigné par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, et l'avis du collège des médecins n'a pas intégralement renseigné les éléments de procédure relatifs à l'examen de sa situation ;

- la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est pas établi qu'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, et doit être annulée, de même que la décision fixant le pays de destination, par voie de conséquence de l'annulation de la décision refusant de lui accorder un titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 3 octobre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté des observations.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon du 30 août 2022, le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, l'a dispensé de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Ben Hadj Younès représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M C B, ressortissant albanais né le 6 août 1971, est entré sur le territoire français le 7 février 2017, selon ses déclarations. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon du 30 août 2022, le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions du requérant tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. L'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que l'avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est établi au vu d'un rapport médical établi par un médecin de l'office. En l'espèce, la directrice adjointe du service médical de l'Office produit une attestation, non contestée sur ce point, certifiant que le médecin qui a établi le rapport médical du requérant sur la base duquel le collège de médecins a émis son avis a été engagé en qualité de médecin rapporteur de l'Office. Contrairement à ce que soutient le requérant, les dispositions de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui indiquent que la composition du collège et, le cas échéant, de ses formations, est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, et que le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège, combinées à celles de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de l'article R. 425-11, qui mentionnent que le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport, n'ont ni pour objet ni pour effet de prescrire que seul un médecin figurant sur la liste du collège de médecins arrêtée par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration serait habilité à établir le rapport médical prévu par l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la désignation du médecin qui a établi le rapport médical, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

5. L'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que, lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'Office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'Office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. En l'espèce, les rubriques relatives à la procédure figurant dans l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 13 janvier 2022 sont renseignées, s'agissant de la procédure suivie au stade de l'élaboration du rapport, et indiquent sur ce point que la convocation du demandeur pour examen et la justification de son identité ont été réalisées, mais celles relatives à la procédure suivie au stade de l'élaboration de l'avis, portant sur la convocation pour examen, les examens complémentaires demandés et la justification de l'identité, n'ont pas été renseignées. Les rubriques relatives à la procédure suivie avant l'établissement du rapport médical établi à destination du collège des médecins de l'Office sont confirmées par le rapport médical du 20 décembre 2021 qui précise qu'il a été établi à la suite de l'examen médical du demandeur, que l'intéressé a été convoqué pour un examen médical le 9 décembre 2021, qu'il a justifié de son identité, et qu'il n'a pas été convoqué à des examens complémentaires. Alors que le requérant, d'une part ne conteste pas l'exactitude de ces mentions du rapport médical, et d'autre part ne justifie ni même n'allègue qu'il aurait été convoqué ultérieurement par le collège des médecins pour un second examen médical ou que des examens complémentaires lui auraient été demandés à ce stade, la seule circonstance que l'avis émis par le collège des médecins n'a pas intégralement renseigné les éléments de la procédure suivie, en méconnaissance des dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris en application de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est pas de nature à établir que le requérant a été, en l'espèce, privé d'une garantie ou que cette carence aurait exercé une influence sur le sens de la décision contestée.

6. L'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 13 janvier 2022 indique que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que l'intéressé peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans le pays dont il est originaire.

7. En l'espèce, les pièces médicales produites, et notamment le rapport du médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, indiquent que le requérant, âgé de cinquante ans, qui a par ailleurs subi en janvier 2021 une ligature des artères hémorroïdaires, est porteur d'un anévrisme de l'aorte thoracique ascendante, associé à une bicuspidie aortique, et qu'il a subi le 7 juin 2017, à Lyon, une thoracotomie pour la pose d'une bio-prothèse de valve aortique mais que son état, stabilisé, nécessite un suivi cardiologique et un traitement médicamenteux destiné à contrôler sa tension artérielle. Le requérant soutient, mais sans aucunement en justifier, que selon un médecin albanais les médicaments qui lui sont prescrits en France ne seraient pas disponibles en Albanie. Alors qu'en l'espèce la pathologie cardiaque du requérant a été diagnostiquée en Albanie, l'Office français de l'immigration et de l'intégration produit un extrait du site de l'Organisation mondiale de la santé indiquant qu'en 2021 le système de santé en Albanie permet de prendre en charge les risques cardiovasculaires des patients dans au moins 50 % des établissements de santé, et affirme que des traitements anti-hypertenseurs sont disponibles en Albanie, sans être contesté sur ce point. Et la seule circonstance que le requérant a quitté son pays depuis plusieurs années n'est pas de nature à établir qu'il sera dans l'impossibilité d'y obtenir un emploi et par suite de bénéficier d'une couverture sociale. Dans ces conditions, il n'est pas établi que le requérant ne pourra pas bénéficier effectivement en Albanie d'un traitement approprié à son état de santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Le requérant, qui est entré en France en 2017 selon ses déclarations, et dont la demande d'asile a été rejetée, n'a pas exécuté la mesure d'éloignement qui a été prise à son encontre le 14 février 2018. Il a vécu l'essentiel de son existence dans son pays d'origine et est marié avec une compatriote qui fait l'objet d'un jugement du même jour rejetant son recours dirigé contre la même mesure d'éloignement prise à son encontre. Le requérant, qui peut bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement approprié à son état de santé, ne justifie pas de liens anciens stables et intenses en France et la seule présence de son fils né en 2003, entré mineur en France avec sa famille, ne suffit pas à caractériser une violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ou une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. Dès lors que le requérant n'établit pas l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, il n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français. Il n'est pas davantage fondé à demander son annulation par voie de conséquence de l'annulation de la décision relative au séjour.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Le présent jugement n'annule ni la décision portant refus de titre de séjour ni la mesure d'éloignement prise à l'encontre du requérant. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision contestée par voie de conséquence de l'annulation de ces décisions doivent être rejetées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 :

12. Le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Ces dispositions font toutefois obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par Me Ben Hadj Younès.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Ben Hadj Younès.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

Mme Hascoët, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022.

Le président - rapporteur,

Ph. AL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

I. HUGEZ

La greffière,

L. CUROT

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,lc

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