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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201669

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201669

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201669
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationNICOLET Philippe
Avocat requérantAHDJILA MOHAMMED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2203741 du 23 juin 2022, le président du tribunal administratif de Grenoble a transmis le dossier de la requête de M. A C au tribunal administratif de Dijon.

Par cette requête, initialement enregistrée au greffe du tribunal administratif de Grenoble le 18 juin 2022, M. A C, représenté par Me Ahdjila, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat à verser à son avocat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il est dépourvu de base légale, l'accord franco-algérien n'ayant pas été visé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que l'ensemble des moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Grenoble du 24 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 3 mars 1981, déclare être entré sur le territoire français le 26 juin 2019. Par un arrêté du 17 juin 2022, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Par une décision du 24 août 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Grenoble, M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 2 février 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Isère du même jour, le préfet de l'Isère a donné délégation à Mme Eléonore Lacroix, secrétaire générale de la préfecture de l'Isère, à l'effet de signer l'arrêté contesté. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté, qui manque en fait, doit, pour ce motif, être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté contesté ne contient aucune décision relative au droit au séjour du requérant. Par suite, la circonstance que l'arrêté litigieux ne vise pas l'accord franco-algérien est sans incidence sur sa légalité.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ".

7. M. C, qui est entré en France récemment et s'y est maintenu en s'abstenant d'exécuter une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre en 2021, a déclaré n'avoir aucune attache familiale sur le territoire français et n'y justifie d'aucune insertion sociale particulière, ne fait état d'aucun élément caractérisant une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le préfet de l'Isère a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée par M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. C à fin d'admission, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de l'Isère et à

Me Ahdjila.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

P. BLa greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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