jeudi 2 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201712 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP ROBIN VERNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Robin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté en litige est illégal du fait de l'illégalité de la décision du 13 août 2020 lui refusant un titre de séjour, confirmée par la décision du 18 décembre 2020 :
• la décision du 13 août 2020, confirmée par celle du 18 décembre 2020, méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
• le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée en se référant à l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
• cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- le préfet aurait dû saisir l'Office français de l'immigration et de l'intégration préalablement à l'édiction de cette mesure ;
- le préfet s'est estimé en compétence liée vis-à-vis de l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration rendu le 10 juin 2020, lequel est obsolète ;
- ces décisions méconnaissent le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation d'un délai de départ volontaire ;
- cette décision a été prise en violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 août 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par une décision du 3 juin 2022, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par une ordonnance du 19 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Viotti, conseillère, a seul été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante albanaise née le 9 juin 1996 à Fier, est entrée irrégulièrement en France le 23 août 2018. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile, par décision du 20 août 2019, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 29 octobre 2019. Par arrêté du 18 septembre 2019, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français. Mme A s'est cependant maintenue sur le territoire national et a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par décision du 13 août 2020, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer ce titre. Mme A a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision par courrier du 15 octobre 2020 en se prévalant d'un changement dans son traitement médical intervenu le 9 juin 2020. Le préfet de Saône-et-Loire a rejeté ce recours par une décision du 18 décembre 2020. Par un jugement n° 2102636 du 11 février 2022, le tribunal administratif de Dijon a confirmé la légalité de ces deux décisions. Le préfet de Saône-et-Loire l'a ensuite, par arrêté du 1er mars 2022, obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et accordant un délai de départ de trente jours :
S'agissant de l'illégalité par voie d'exception des décisions des 13 août et 18 décembre 2020 :
2. Il résulte des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile que si la demande d'un étranger qui a régulièrement sollicité un titre de séjour ou son renouvellement a été rejetée, la décision portant obligation de quitter le territoire français susceptible d'intervenir à son encontre doit nécessairement être regardée comme fondée sur un refus de titre de séjour, donc sur la base légale prévue au 3° de cet article. Il en va ainsi tant lorsque la décision relative au séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire interviennent de façon concomitante que, en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires prévoyant qu'une décision relative au séjour devrait être regardée comme caduque au-delà d'un certain délai après son intervention, lorsqu'une décision portant obligation de quitter le territoire intervient postérieurement à la décision relative au séjour, y compris lorsqu'une nouvelle décision portant obligation de quitter le territoire intervient à l'égard d'un étranger qui s'est maintenu sur le territoire malgré l'intervention antérieure d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire. Dans cette dernière hypothèse, si la nouvelle obligation de quitter le territoire français intervient sur le fondement d'un refus de titre de séjour devenu définitif, l'étranger exerçant un recours contentieux contre la mesure d'éloignement dont il est l'objet ne peut plus exciper de l'illégalité de ce refus de titre de séjour.
3. Pour prendre à l'encontre de Mme A une obligation à quitter le territoire français, le préfet de Saône-et-Loire s'est fondé sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en relevant que l'intéressée s'était vue refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par décision du 13 août 2020, notifiée le 17 août suivant, ce refus ayant été ensuite confirmé par décision du 18 décembre 2020 rejetant le recours gracieux formé par l'intéressé.
4. Mme A soulève, par la voie de l'exception, l'illégalité des décisions des 13 août et 18 décembre 2020.
5. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". L'article R. 313-22 de ce code, alors en vigueur, prévoit que le préfet délivre le titre de séjour " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Selon l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure ".
6. Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.
7. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation des décisions contestées ni des autres pièces du dossier que le préfet de Saône-et-Loire se serait estimé en situation de compétence liée vis-à-vis de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et n'aurait pas procédé à un examen particulier de la demande de titre de séjour de Mme A. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. En deuxième lieu, pour refuser à Mme A un titre de séjour sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Saône-et-Loire s'est fondé sur l'avis émis le 10 juin 2020 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui conclut que, si l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut effectivement bénéficier d'une prise en charge appropriée dans son pays d'origine, vers lequel elle peut voyager sans risque. Il ressort des pièces du dossier que la requérante souffre d'une neuropathie axonale bilatérale sévère des nerfs accessoires et a subi un accident lui ayant causé de graves brûlures au thorax et au visage, lesquelles ont nécessité plusieurs opérations chirurgicales à partir de 2016, impliquant, notamment, des greffes de peau et la mise en place de deux prothèses d'expansion cervicale. Les ordonnances médicales produites au débat font apparaître que son état de santé requiert l'administration d'un traitement médicamenteux, un suivi post-opératoire régulier ainsi que des séances de kinésithérapie quotidiennes. Toutefois, les certificats médicaux des 24 juin 2019 et 3 septembre 2020 qu'elle verse aux débats se bornent à relever que sa prise en charge médicale est " très spécifique " et ne peut se faire dans son pays d'origine, l'Albanie. Quant au certificat médical établi par le directeur d'un centre médical albanais daté du 15 octobre 2021, qui atteste qu'il n'existe pas en Albanie de spécialistes en chirurgie plastique " pour ce type d'intervention spécialisée et spécifique " alors que l'intéressée présente encore un " besoin urgent d'intervention ", ces seuls mentions, peu circonstanciées, ne permettent pas de démontrer qu'à la date des décisions contestées, soit les 13 août et 18 décembre 2020, l'état de santé de la requérante nécessitait de nouvelles interventions chirurgicales, et ce alors, au demeurant, qu'aucun des documents médicaux établis durant l'année 2020 n'en faisait mention. Enfin, si Mme A se prévaut désormais d'un certificat médical du 17 mars 2022, au demeurant largement postérieur aux décisions lui refusant un titre de séjour, ce dernier indique seulement que sa rééducation doit se poursuivre pendant un à deux mois, et que de " nouvelles interventions chirurgicales, au niveau du visage, seront sûrement programmées dans l'année qui vient avec de probables soins de rééducation spécialisés en post opératoires ". Ce document ne permet pas de connaître avec précision le type d'opération chirurgicale envisagé et, partant, sa disponibilité en Albanie, ni, en tout état de cause, d'en apprécier le caractère vital pour l'état de santé de l'intéressée. Il s'ensuit que ni les certificats médicaux produits par la requérante, ni les considérations générales sur le système de santé albanais, extraites de divers rapports et sites internet institutionnels, sont suffisants pour remettre en cause l'appréciation portée par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour pour raisons de santé, le préfet de Saône-et-Loire a méconnu le 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur d'appréciation sur l'état de santé de la requérante.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
10. Il ressort des pièces du dossier que Mme A séjournait sur le territoire français depuis à peine deux ans à la date des décisions contestées. Ainsi qu'il a été dit au point 8, elle pourra bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Albanie où elle a vécu l'essentiel de son existence et où résident encore ses parents. En outre, elle ne justifie pas, par ses seules allégations, avoir créé des liens affectifs intenses et stables en France. Si elle se prévaut d'une promesse d'embauche en qualité de commise de restaurant, cette seule circonstance ne suffit pas à caractériser une insertion professionnelle durable sur le territoire français, alors par ailleurs que cette dernière, datée du 1er mars 2022, est postérieure aux décisions dont elle conteste la légalité par la voie de l'exception. Enfin, les risques de persécution auxquels elle se dit exposée en cas de retour dans ce pays ne sont nullement étayés par les pièces du dossier, et il n'est ainsi pas établi qu'il existerait un obstacle à ce qu'elle y poursuive sa vie privée et familiale, alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de séjour de Mme A, les décisions lui refusant un titre de séjour n'ont pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être accueilli. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
S'agissant du surplus des moyens :
11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".
12. En l'espèce, la décision en litige, qui cite le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle que Mme A a fait l'objet d'un premier arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours du 18 septembre 2019, qui lui a été notifié le 7 octobre 2019 et que l'intéressée a contesté devant le tribunal administratif de Dijon, lequel a rejeté son recours par jugement du 16 juillet 2021. Elle indique ensuite que la demande de titre de séjour pour raisons de santé de Mme A a été rejetée par décision du 13 août 2020, notifiée le 17 août 2020, de même que son recours gracieux par décision du 18 décembre 2020, au regard notamment de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 10 juin 2020. Elle précise que le tribunal administratif de Dijon a confirmé ce refus de séjour le 11 février 2022 en relevant, en particulier, qu'au vu des justificatifs présentés, Mme A pouvait voyager vers son pays d'origine et y bénéficier de soins appropriés à son état de santé. Ces décisions, dûment notifiées à la requérante et produites dans le cadre de la présente instance, comportent les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent, ce que relèvent déjà, au demeurant, les jugements nos 2101188 et 2102636 des 16 juillet 2021 et 11 février 2022 ayant rejeté les recours de Mme A. La décision attaquée mentionne également que la situation de la requérante ne présente pas de motifs particuliers ou exceptionnels qui justifieraient son admission au séjour, et qu'elle n'établit pas entrer dans l'une des catégories d'étrangers ne pouvant faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en vertu de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, s'agissant du délai de départ volontaire, le délai de trente jours accordé à Mme A pour exécuter spontanément la mesure d'éloignement prise à son encontre correspondant au délai de droit commun fixé à l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'intéressée n'ayant pas fait état de circonstances particulières pouvant justifier l'octroi, à titre exceptionnel, d'un délai plus long, la décision attaquée n'avait pas à faire l'objet d'une motivation particulière sur ce point. Néanmoins, l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est dûment cité par l'arrêté et mentionne expressément que Mme A ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé. Il s'ensuit que le préfet de Saône-et-Loire, qui n'était pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressée, a suffisamment motivé sa décision.
13. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que le préfet de Saône-et-Loire aurait négligé de procéder à un examen attentif de la situation personnelle de l'intéressée. Il n'est pas davantage établi que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée vis-à-vis de l'avis émis le 10 juin 2020 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
14. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ".
15. Contrairement à ce que soutient la requérante, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a déjà rendu un avis sur son état de santé le 10 juin 2020. En outre, l'intéressée ne démontre pas que cet état aurait évolué défavorablement depuis cet avis et qu'il serait désormais obsolète. Par suite, le préfet de Saône-et-Loire n'était pas tenu de procéder à une nouvelle saisine du collège avant de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français.
16. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 8, il n'est pas établi que Mme A ne pourrait effectivement bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée à son état de santé dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
17. En cinquième lieu, compte tenu de la situation privée et familiale de Mme A telle qu'exposée au point 10, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
18. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et accordant un délai de départ volontaire de trente jours n'encourant pas l'annulation, Mme A excipe en vain de leur illégalité à l'appui de ses conclusions contre la décision fixant le pays de destination.
19. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
20. Ainsi qu'il a été dit au point 8 du présent jugement, le retour de Mme A en Albanie ne contrevient pas aux stipulations précitées, dès lors que cette dernière n'établit pas être dans l'impossibilité de bénéficier des soins appropriés à son état de santé en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen doit être écarté.
21. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Robin.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.
La rapporteure,
O. ViottiLe président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2201712
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026