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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201716

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201716

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201716
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGUERAULT SÉBASTIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juillet 2022, M. D B, représenté par Me Guérault, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a retiré son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui restituer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable un an ou, à défaut, de procéder au réexamen de son droit au séjour en lui délivrant un récépissé l'autorisant à séjourner et à travailler, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- le préfet ne s'est pas livré à un examen particulier et complet de sa situation ;

- le préfet ne pouvait pas procéder au retrait de son titre de séjour dès lors qu'une circonstance de fait nouvelle lui ouvrant droit au séjour au titre de sa vie privée et familiale est intervenue postérieurement à l'arrêt par lequel la cour administrative d'appel de Lyon a annulé le jugement annulant le refus de titre de séjour pris à son encontre par le préfet de la Côte-d'Or le 9 décembre 2019 ;

- en s'estimant tenu par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon, alors qu'il était également tenu par la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, le préfet de la Côte-d'Or a méconnu l'étendue de sa compétence ;

- l'arrêté attaqué méconnait les articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le préfet soutient que :

- la requête de M. B est irrecevable dès lors que la décision attaquée, qui s'est bornée à procéder au retrait d'un titre de séjour, en application d'une décision de justice devenue définitive, ne fait pas grief à l'intéressé ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 22 avril 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de M. C, représentant le préfet de la Côte-d'Or.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien né le 13 juillet 1985, entré irrégulièrement en France le 14 mars 2005, selon ses déclarations, a sollicité le bénéfice de l'asile le 25 avril 2005. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ont successivement rejeté sa demande d'asile les 8 novembre 2005 et 4 janvier 2007. Sa demande de réexamen au titre de l'asile a également été rejetée par l'OFPRA le 1er février 2007 puis par la CNDA le 24 juin 2008. M. B a, par la suite, bénéficié d'un titre de séjour temporaire en raison de son état de santé, à compter du 25 juillet 2006, qui a été renouvelé jusqu'au 22 juin 2015.

2. Le 25 août 2014, M. B a été interpellé et placé en détention provisoire pour des faits de vol avec armes, arrestations, enlèvement ou détention arbitraire. Après sa remise en liberté, M. B a sollicité, le 30 octobre 2015, un titre de séjour en raison de son état de santé, puis a demandé, le 8 juin 2016, un titre de séjour à raison de ses attaches personnelles et familiales en France, sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 18 octobre 2016, la commission du titre de séjour a rendu un avis défavorable à la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 16 mars 2017, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 18 mai 2017 du tribunal administratif de Dijon, le préfet de la Côte-d'Or a rejeté la demande de titre de séjour présentée M. B.

3. Par un arrêté du 9 décembre 2019, le préfet de la Côte-d'Or a notamment refusé de délivrer à M. B un titre de séjour. Par un jugement n° 2000226 du 11 février 2021, le tribunal administratif de Dijon a annulé cette décision. En exécution de ce jugement, le préfet de la Côte-d'Or a alors délivré à l'intéressé un titre de séjour valable du 8 mars 2021 au 7 mars 2022. Toutefois, par un arrêt n° 21LY00805 du 21 octobre 2021, devenu définitif, la cour administrative d'appel de Lyon a annulé ce jugement et rejeté les conclusions de M. B tendant à l'annulation de cette décision de refus de séjour. Par un arrêté en date du 17 février 2022, le préfet de la Côte-d'Or a alors décidé de retirer le titre de séjour qui avait été délivré à l'intéressé en exécution du jugement du 11 février 2021. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 17 février 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Lorsque l'autorité administrative, en exécution d'un jugement d'annulation, prend une nouvelle décision qui n'est motivée que par le souci de se conformer à ce jugement d'annulation, la décision du juge d'appel statuant au fond a pour effet, si elle annule le jugement d'annulation, de rétablir la décision initiale dans l'ordonnancement juridique et entraîne, ce faisant, la sortie de vigueur de la décision qui n'avait été prise que pour l'exécution du jugement annulé.

5. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 4 que l'arrêt de la cour du 21 octobre 2021 a rétabli la décision de refus de séjour prise le 9 décembre 2019 et a ainsi implicitement mais nécessairement entraîné la sortie de vigueur du titre de séjour qui n'avait été délivré à M. B qu'en exécution du jugement du tribunal rendu le 11 février 2021. Dès lors, l'arrêté du 17 février 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a retiré à l'intéressé son titre de séjour, qui se borne à tirer les conséquences juridiques et matérielles de l'arrêt de la cour, n'a pas le caractère d'une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

6. Le préfet de la Côte-d'Or est par conséquent fondé à soutenir que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 17 février 2022 sont irrecevables et doivent dès lors être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au même titre par le préfet de la Côte-d'Or.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Guérault.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- M. Blacher, premier conseiller,

- Mme Desseix, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.

La rapporteure,

M. DesseixLe président,

L. Boissy

La greffière,

E. Herique

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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