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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201725

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201725

jeudi 28 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201725
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantHABIB EGLANTINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête enregistrée le 4 juillet 2022 sous le n° 2201725, Mme C F, représentée par Me Habib, demande au juge des référés :

1°) de suspendre la décision du 31 mai 2022 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Côte-d'Or a refusé de lui accorder l'autorisation d'instruire en famille son fils A au titre de l'année 2022-2023 ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-l du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a exercé le recours administratif préalable obligatoire ;

- l'urgence est constituée dès lors que l'enfant ne pourra pas suivre la scolarité prévue par ses parents ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision ; la décision est entachée d'un défaut de motivation ; elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

Par mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2022, le recteur de l'académie de Dijon conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors que la décision prise sur RAPO s'est substituée à la décision attaquée, et que le requérante n'a pas présenté de requête au fond contre cette seconde décision ;

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite et qu'il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

II- Par une requête enregistrée le 20 juillet 2022 sous le n° 2201909, Mme C F, représentée par Me Habib, demande au juge des référés :

1°) de suspendre la décision 4 juillet 2022 par laquelle la commission de recours relative aux demandes d'autorisation d'instruction dans la famille de l'académie de Dijon a rejeté son recours administratif préalable obligatoire et confirmé le refus d'autoriser l'instruction en famille de son fils A au titre de l'année 2022-2023 ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Dijon d'autoriser l'instruction en famille pour son fils A ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-l du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est constituée dès lors que l'enfant ne pourra pas suivre la scolarité prévue par ses parents ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision ; la décision est entachée d'un défaut de motivation ; elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces des dossiers ;

- les requêtes enregistrées sous les n° 2201726 et 2201910.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- la loi n° 2021-1109 du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Desseix, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 21 juillet 2022 à 10 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Testori, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Desseix, juge des référés ;

- les observations de Me Habib, représentant Mme F, qui reprend et développe les moyens de sa requête,

- et les observations de M. E, représentant le recteur de l'académie de Dijon qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme F a sollicité la délivrance d'une autorisation d'instruire en famille leur fils A en raison de son état de santé. Par décision du 31 mai 2022, la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Côte-d'Or a rejeté cette demande. Par courrier du 13 juin 2022, ils ont formé un recours administratif préalable obligatoire auprès du recteur de l'académie de Dijon à l'encontre cette décision du 31 mai 2022. Par décision du

4 juillet 2022, la commission académique présidée par le recteur a rejeté ce recours et confirmé le refus d'autorisation d'instruire l'enfant en famille. Par sa première requête, enregistrée sous le n° 2201725, Mme F demande au juge des référés, sur le fondement de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du

31 mai 2022. Par sa seconde requête, enregistrée sous le n° 2201909, Mme F demande la suspension de l'exécution de la décision du 4 juillet 2022 prise sur recours administratif préalable obligatoire.

2. Les requêtes susvisées n° 2201725 et n° 2201909, présentées pour

Mme F, ont le même objet et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

4. La condition d'urgence à laquelle est subordonnée le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. L'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu notamment des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Aux termes de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, dans sa version applicable à la décision en litige : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille (). L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : 1° L'état de santé de l'enfant ou son handicap () 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour une durée qui ne peut excéder l'année scolaire. Elle peut être accordée pour une durée supérieure lorsqu'elle est justifiée par l'un des motifs prévus au 1°. Un décret en Conseil d'Etat précise les modalités de délivrance de cette autorisation (). La décision de refus d'autorisation fait l'objet d'un recours administratif préalable auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie, dans des conditions fixées par décret () ".

6. Aux termes de l'article D. 131-11-10 du même code, dans sa version applicable aux demandes d'autorisation présentées au titre de l'année scolaire 2022-2023 : " Toute décision de refus d'autorisation d'instruction dans la famille peut être contestée dans un délai de quinze jours à compter de sa notification écrite par les personnes responsables de l'enfant auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie ". Aux termes de l'article R. 131-11-5 du même code : " Lorsque la demande d'autorisation est motivée par l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, elle comprend : 1° Une présentation écrite du projet éducatif comportant les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de l'enfant, à savoir notamment : a) Une description de la démarche et des méthodes pédagogiques mises en œuvre pour permettre à l'enfant d'acquérir les connaissances et les compétences dans chaque domaine de formation du socle commun de connaissances, de compétences et de culture ; b) Les ressources et supports éducatifs utilisés ; c) L'organisation du temps de l'enfant (rythme et durée des activités) ; d) Le cas échéant, l'identité de tout organisme d'enseignement à distance participant aux apprentissages de l'enfant et une description de la teneur de sa contribution ; 2° Toutes pièces utiles justifiant de la disponibilité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant ; 3° Une copie du diplôme du baccalauréat ou de son équivalent de la personne chargée d'instruire l'enfant. Le directeur académique des services de l'éducation nationale peut autoriser une personne pourvue d'un titre ou diplôme étranger à assurer l'instruction dans la famille, si ce titre ou diplôme étranger est comparable à un diplôme de niveau 4 du cadre national des certifications professionnelles ; 4° Une déclaration sur l'honneur de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ".

En ce qui concerne la requête n° 2201725 :

7. L'institution par les dispositions précitées de l'article L. 131-5 du code de l'éducation d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser aux autorités compétentes pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours, soit par la commission, soit par le ministre, se substitue nécessairement à la décision initiale. Elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. En conséquence, une demande de suspension de la décision initiale est sans objet dès lors qu'est intervenue la décision administrative consécutive au recours formé devant la commission.

8. La décision du 4 juillet 2022, par laquelle la commission académique présidée par le recteur de l'académie de Dijon a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par M. et Mme F et a ainsi confirmé le refus d'instruire leur fils A en famille à la rentrée scolaire 2022-2023, s'est substituée à la décision du 31 mai 2022. Par suite, les conclusions présentées contre cette dernière par Mme F sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

En ce qui concerne la requête n° 2201909 :

9. D'une part, pour justifier de l'urgence à suspendre la décision litigieuse,

Mme F se prévaut des troubles dont souffre son fils, qui l'empêchent d'envisager une rentrée scolaire sereinement, et indique que l'année scolaire 2021-2022 ayant été très compliquée pour A, ce qui a conduit ses parents à le déscolariser en cours d'année scolaire.

10. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de deux certificats médiaux établis les 18 mars 2022 et 13 juin 2022 par le docteur G et le docteur B de la Vega, pédiatres, qu'Evan souffre d'un trouble neuro-développemental à l'origine de difficultés d'apprentissage, et ce malgré les aménagements mis en place à l'école. Il ressort par ailleurs des deux guides d'évaluation scolaires GEVASCO dont a fait l'objet A au titre des années scolaires 2018/2019 et 2019/2020 que, malgré les aménagements mis en place notamment la présence d'une auxiliaire de vie scolaire et un aménagement du temps scolaire dans le cadre d'un PAI (projet d'accueil individualisé), sa scolarité ne lui a pas permis d'accéder aux acquisitions attendues pour la moyenne de sa classe d'âge. Dans ces conditions, compte tenu de l'imminence de la rentrée scolaire pour l'année 2022-2023, les éléments produits par la requérante justifient que la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation ou à celle de son fils. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit, par suite, être regardée comme remplie.

11. D'autre part, pour justifier sa décision du 4 juillet 2022, la commission de recours relative aux demandes d'autorisation d'instruction dans la famille de l'académie de Dijon a considéré que " l'état de santé [d'Evan] ne permet pas de justifier qu'il lui soit donné l'instruction dans la famille ", et que " le profil d'Evan est pris en charge dans le circuit ordinaire moyennant des aménagements qui peuvent entrer dans le cadre d'un PAI, d'un PAP ou d'un PPS s'il y a une reconnaissance de handicap par la MDPH () ". Il résulte toutefois des pièces produites par la requérante que les troubles du développement dont souffre A, qui sont médicalement attestés, entravent sa scolarité, et ce malgré les aménagements déjà mis en place depuis plusieurs années. Si le recteur fait valoir en défense qu'il n'est pas établi que l'état de santé d'Evan ferait obstacle à sa scolarisation, les dispositions législatives et réglementaires précitées qui encadrent la délivrance d'autorisations d'instruction en famille ne prévoient nullement une telle condition. Ainsi, les moyens tirés de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur dans l'appréciation de la situation apparaissent de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux sur sa légalité.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision en date du 4 juillet 2022 par laquelle la commission de recours relative aux demandes d'autorisation d'instruction dans la famille de l'académie de Dijon a refusé de faire droit à sa demande d'autorisation d'instruction en famille pour son fils A à la rentrée 2022-2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision suspendue interdiraient que la demande puisse être accueillie pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date de la présente ordonnance y ferait obstacle. Par suite, il doit être enjoint au recteur de l'académie de Dijon, par une décision qui revêtira un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête en annulation de la décision attaquée, d'autoriser l'instruction en famille d'Evan pour l'année scolaire 2022-2023, dans un délai de quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de suspension présentées par Mme F dans sa requête n° 2201725.

Article 2 : La décision 4 juillet 2022 par laquelle la commission de recours relative aux demandes d'autorisation d'instruction dans la famille de l'académie de Dijon a rejeté le recours administratif préalable obligatoire de Mme F et confirmé le refus d'autoriser l'instruction en famille de son fils A au titre de l'année 2022-2023 est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au recteur de l'académie de Dijon de délivrer, à titre provisoire, l'autorisation d'instruction en famille pour A F, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'Etat versera à Mme F une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C F et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Dijon.

Fait à Dijon, le 28 juillet 2022.

La juge des référés,

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

2 et 2201909

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