lundi 19 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201747 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ZUPAN David |
| Avocat requérant | DESPRAT ADÈLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 juillet 2022, M. G A, représenté par Me Desprat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté, en date du 14 juin 2022, par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a prescrit l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office ;
3°) de faire injonction au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à venir ;
4°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles L. 761 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;
- les décisions litigieuses sont insuffisamment motivées ;
- le préfet de la Côte-d'Or a négligé de procéder à un examen particulier de sa situation ;
- la mesure d'éloignement méconnaît l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et procède d'une erreur manifeste d'appréciation, un recours étant pendant devant la Cour nationale du droit d'asile ;
- l'arrêté contesté a été pris en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le préfet de la Côte-d'Or a produit des pièces le 26 août 2022 sans présenter d'observations.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du
5 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- et les observations de M. E, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui a conclu au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par M. A sont infondés.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né en 1986 et de nationalité serbe, est entré régulièrement en France en novembre 2021 et y a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 5 avril 2022, notifiée le 21 mai suivant. Par arrêté du 14 juin 2022, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, a abrogé son attestation de demande d'asile, lui a assigné l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel, passé ce délai, il pourrait être renvoyé d'office. M. A conteste la décision portant obligation de quitter le territoire français et celle fixant le pays de renvoi.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A ayant été admis en cours d'instance au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sa demande d'aide juridictionnelle provisoire a perdu son objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.
Sur la légalité des décisions en litige :
3. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme C D, cheffe du bureau de l'immigration et de l'intégration, investie à cet effet d'une délégation en vertu d'un arrêté du préfet de la Côte-d'Or du 4 avril 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs, consultable en ligne. Cette délégation mentionne les décisions que Mme D est habilitée à signer, au nombre desquelles figurent les mesures d'éloignement des étrangers. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit dès lors être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise les textes qui la fondent, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, retrace la situation administrative de M. A, mentionne le refus d'asile opposé par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, indique que le droit au séjour de l'intéressé en qualité de demandeur d'asile a pris fin et expose, avec un degré de précision suffisant, les raisons pour lesquelles son éloignement ne peut être regardé comme portant une atteinte excessive à ses intérêts rivés et familiaux. Cette motivation satisfait aux exigences de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S'agissant par ailleurs de la décision fixant le pays de destination, l'arrêté vise les articles L. 711-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour, en particulier l'article L. 721-4, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et mentionne que M. A " ne produit pas de documents probants établissant que sa vie serait menacée en cas de retour dans son pays d'origine, ni même qu'il serait exposé à des traitements contraires à la Convention européenne des droits de l'homme en cas de retours dans son pays d'origine ". Le requérant ne faisant pas état d'informations communiquées au préfet quant à l'existence de risques encourus en Serbie, cette motivation est suffisante.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation des décisions contestées ni des autres pièces du dossier que le préfet aurait négligé de procéder à un examen complet, attentif et individualisé de la situation de M. A. Aucune erreur de droit n'a donc été commise à ce titre.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Selon l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 () ". Aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 () ".
7. M. A fait valoir qu'il a contesté, devant la Cour national du droit d'asile, la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 5 avril 2022 lui refusant l'asile. Il est constant que sa demande d'asile a été examinée selon la procédure accélérée, en application du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la Serbie figurant au nombre des pays d'origine réputés sûrs. Ainsi, son droit au maintien sur le territoire français a pris fin au moment de la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, soit le 21 mai 2022. Par suite, en indiquant que M. A n'était plus autorisé à résider en France au titre de l'asile et en prescrivant son éloignement sans attendre la décision de la Cour nationale du droit d'asile, le préfet de la Côte-d'Or n'a commis aucune erreur de droit. Le requérant, par ailleurs, n'apporte aucun élément de nature à établir que, dans son cas, l'usage de la faculté ainsi accordée à l'autorité préfectorale procéderait d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. En cinquième lieu, en vertu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance " et " il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. M. A est entré récemment en France et ne démontre aucunement y avoir noué des attaches intenses et stables. Il indique inutilement avoir vécu auparavant en Belgique et avoir de la famille dans d'autres Etats européens, circonstances qui ne sauraient lui conférer une quelconque vocation à s'établir durablement en France. Il ne justifie par ailleurs d'aucune insertion sociale ou professionnelle significative. Dans ces conditions, la mesure d'éloignement contestée ne saurait être regardée comme portant une atteinte excessive aux intérêts privés et familiaux du requérant, et comme prise, dès lors, en violation des stipulations conventionnelles citées au point précédent.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Selon l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. M. A se prétend " victime de persécutions en Serbie en raison de mauvais traitements dont il a fait l'objet de la part d'un usurier ". Toutefois, cette allégation particulièrement floue n'est pas assortie du moindre élément de justification, et ne saurait dès lors suffire à démontrer que la décision attaquée a été prise en violation des dispositions et stipulations précitées.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Côte-d'Or du 14 juin 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution, de sorte que les conclusions en injonction ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, comme celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, s'opposent à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à M. A ou à son avocat, par combinaison avec l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. A.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G A, à Me Desprat et au préfet de la Côte-d'Or.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.
Le président-rapporteur,
D. B
La greffière,
M. F
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026