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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201815

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201815

vendredi 7 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201815
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationHUNAULT
Avocat requérantBOUGHLITA SABIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2022, M. A D, représenté par Me Boughlita, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- la décision portant refus de séjour n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une " erreur d'appréciation " et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Des pièces ont été enregistrées le 29 août 2022 pour le préfet de la Côte-d'Or qui n'a pas présenté de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 31 août 2022 à 14 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Roussilhe, greffière :

- le rapport de Mme Hunault, magistrate désignée,

- et les observations de Mme C, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui a conclu au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant géorgien né le 13 mai 2004, est entré en France le 18 juillet 2021 et a déposé une demande d'asile enregistrée en procédure accélérée. Cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 31 janvier 2022. Par l'arrêté attaqué du 27 juin 2022, le préfet de la Côte-d'Or lui a fait l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Par décision du 19 septembre 2022, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant " refus de séjour " au titre de l'asile :

3. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet de la Côte-d'Or, avant d'opposer à M. D une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a refusé la résidence en France en conséquence du rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA.

4. Dès lors que le bénéfice de la protection subsidiaire ou la reconnaissance de la qualité de réfugié avaient été refusé à l'intéressé, le préfet de la Côte-d'Or, qui n'a pas examiné d'office si M. D était susceptible de se voir délivrer un titre sur un autre fondement que l'asile, était tenu de refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-1 ou de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans avoir à porter une appréciation sur les faits de l'espèce. Les moyens tirés du défaut de motivation, d'une erreur de fait, d'une " erreur d'appréciation " et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, sont, par suite, inopérants.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant " refus de séjour " au titre de l'asile ne peuvent, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, qu'être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise notamment les stipulations pertinentes de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions du d) de l'article L. 542-2, 1° et celles du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionnent également différents éléments de la situation personnelle, familiale et administrative de M. D. Cette décision contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la

Côte-d'Or s'est fondé pour l'édicter. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité du " refus de séjour " au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

8. En troisième lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas pour objet, par elle-même, d'éloigner M. D à destination d'un pays déterminé, la fixation du pays de renvoi résultant d'une décision juridiquement distincte même si elle est contenue dans le même arrêté. Le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français, est donc inopérant.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. Le requérant, célibataire et sans enfant, ne justifie d'aucune insertion professionnelle en France. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, d'une part, contrairement à ce que soutient M. D, sa mère se trouvait dans la même situation administrative que lui et, d'autre part, ce dernier ne justifie que d'une présence sur le territoire français inférieure à un an, alors qu'il a vécu l'essentiel de son existence en Géorgie. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait, indépendamment de son père, isolé dans son pays d'origine. Dans ces conditions et alors même que l'intéressé dispose d'une licence dans un club de rugby, la décision contestée ne peut être regardée comme portant une atteinte excessive aux intérêts privés et familiaux de M. D, de sorte que le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, pour les mêmes motifs qu'au point 10, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peut être accueilli.

12. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. Dans le cadre de la présente instance, le requérant ne justifie par aucune des pièces du dossier, et alors que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA, de la réalité et de l'actualité des risques qu'il prétend encourir, à titre personnel, en cas de retour dans son pays d'origine.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 juin 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser une quelconque somme au conseil de M. D, par combinaison avec l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. D.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Boughlita. Copie pour information sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.

La magistrate désignée,

K. B

La greffière,

A. RoussilheLa République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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