lundi 19 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201825 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ZUPAN David |
| Avocat requérant | AUCHER-FAGBEMI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juillet 2022, Mme C E, représentée par Me Aucher, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté, en date du 23 juin 2022, par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a prescrit l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d'office ;
2°) subsidiairement, d'annuler à tout le moins la décision fixant le pays de renvoi ;
3°) de faire injonction au préfet de la Côte-d'Or de réexaminer sa situation dans les deux mois suivant la notification du jugement à venir en la munissant, durant ce réexamen, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, cela dans le délai de quinze jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- cette décision procède d'un examen superficiel et incomplet de sa situation ;
- elle a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 8 de la même convention et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la même convention et procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de la Côte-d'Or, qui a produit des pièces enregistrées le 1er septembre 2022, sans présenter d'observations écrites.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A ;
- et les observations de M. B, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui a conclu au rejet de la requête en faisant valoir :
• que le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
• que les autres moyens invoqués sont infondés.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, née en 2000 et de nationalité congolaise (République démocratique du Congo), est entrée clandestinement en France en avril 2019, selon ses déclarations. Elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 juillet 2021 confirmée le 20 mai 2022 par la Cour nationale du droit d'asile. Tirant les conséquences de ces décisions, le préfet de la Côte-d'Or, par l'arrêté attaqué, en date du 23 juin 2022, a assigné à Mme E l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel, passé ce délai, elle pourrait être renvoyée d'office.
Sur la légalité de l'arrêté attaqué :
2. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise les textes qui la fondent, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, retrace la situation de Mme E, mentionne le refus d'asile opposé par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis la Cour nationale du droit d'asile et expose, avec un degré de précision suffisant, les raisons pour lesquelles l'éloignement de l'intéressée ne peut être regardé comme portant une atteinte excessive à ses intérêts privés et familiaux. Le préfet n'avait pas à faire état, pour motiver cette décision, distincte de celle qui désigne le pays de renvoi, d'éléments relatifs aux risques éventuellement encourus en République démocratique du Congo. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation, qui doit être regardé comme fondé sur l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non sur l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, invoqué par la requérante, ne saurait être accueilli.
3. En deuxième lieu, il ne résulte ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or aurait négligé de procéder à un examen complet et individualisé de la situation de Mme E.
4. En troisième lieu, la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en vertu duquel " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ", est inutilement invoquée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui, par elle-même, ne désigne pas le pays à destination duquel Mme E pourra être renvoyée d'office.
5. En quatrième lieu, en vertu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance " et " il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Mme E rappelle qu'elle vit en France depuis plus de trois ans, sans y menacer l'ordre public, et se prévaut de son insertion professionnelle en soutenant avoir toujours travaillé et en faisant état d'une promesse d'embauche. Toutefois, elle ne justifie en rien de cette insertion professionnelle et n'apporte pas davantage d'éléments attestant d'attaches anciennes, intenses et stables sur le territoire national. Par ailleurs, elle ne conteste pas la mention de l'arrêté attaqué selon laquelle ses parents, mais aussi et surtout ses deux enfants mineurs, vivent toujours en République démocratique du Congo. Dans ces conditions, la mesure d'éloignement contestée ne peut être regardée comme portant une atteinte excessive au droit de Mme E au respect de sa vie privée et familiale, en violation de l'article 8 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, cette décision ne saurait être jugée " arbitraire " ou entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de Mme E.
7. En cinquième lieu, si Mme E fait valoir à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, cette fois de façon opérante, qu'elle est exposée à un risque de persécutions en cas de retour en République démocratique du Congo, ce moyen, au soutien duquel n'est pas développée la moindre ébauche d'argumentation, doit être écarté comme dépourvu de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
8. Enfin, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au soutien duquel la requérante argue de l'ancrage en France de ses intérêts privés et familiaux, est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Côte-d'Or du 23 juin 2022.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à Mme E la somme qu'elle réclame en remboursement des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, à Me Aucher et au préfet de la Côte-d'Or.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.
Le président-rapporteur,
D. A
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026