jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201869 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BIGARNET VALENTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 juillet 2022 et le 21 octobre 2022, Mme A D, représentée par Me Bigarnet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, a rejeté sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé les obligations dans l'attente du départ et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi de 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
* S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :
- le préfet devra justifier de la délégation donnée au signataire de la décision attaquée ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le principe du contradictoire a été méconnu ;
- l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII ne lui a pas été communiqué ;
- la motivation de l'avis du collège de médecins de l'OFII ne permet pas d'apprécier l'exactitude matérielle de la qualification juridique des faits donnée par l'autorité administrative à sa situation médicale ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- cette décision méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- si le Tribunal annule la décision de refus de séjour, l'obligation de quitter le territoire français dont elle procède sera annulée pour les mêmes motifs ;
* S'agissant de l'obligation de pointage à la gendarmerie :
- le Préfet n'a pas respecté l'article 24 de la loi n°2000-321 du 12 avril 2000 en omettant de recueillir ses observations ;
- si le Tribunal annule la décision relative à l'OQTF, la décision de pointage à la gendarmerie et des diligences précisées dans l'arrêté, dont elle procède, sera annulée pour les mêmes motifs précédemment développés ;
- l'obligation de pointage n'est ni nécessaire ni adaptée et proportionnée ;
* S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- le Préfet n'a pas respecté l'article 24 de la loi n°2000-321 du 12 avril 2000 en omettant de recueillir ses observations ;
- si le Tribunal annule la décision relative à l'OQTF, la décision fixant le pays de renvoi dont elle procède sera annulée pour les mêmes motifs précédemment développés.
Le préfet de la Côte-d'Or a présenté un mémoire en production de pièces enregistré le 21 septembre 2022.
Par décision du 26 septembre 2022, Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Bigarnet, représentant Mme D,
- er les observations de M. C, représentant le préfet de la Côte-d'Or.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D, ressortissante arménienne née le 18 novembre 1986, est entrée irrégulièrement en France le 17 août 2021 selon ses déclarations. Elle a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugiée le 4 octobre 2021, et a déposé, le 15 novembre 2021, une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par une décision en date du 31 janvier 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile. Par un arrêté en date du 27 juin 2022, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, a rejeté sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé les obligations dans l'attente du départ et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté du 9 mars 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial n°21-2022-020 le 11 mars 2022, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation à M. Frédéric Carré, secrétaire général de la préfecture de la Côte-d'Or, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Côte-d'Or à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé de délivrer un titre de séjour à l'intéressée, qui manque en fait, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, Mme D soutient que la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée. Or, l'arrêté attaqué vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de Mme D, et notamment les circonstances de son entrée sur le territoire français, sa situation administrative, professionnelle et familiale, ainsi qu'à son état de santé. Dans ces conditions, la décision de refus de séjour contestée énonce les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et qui permettent à la requérante de connaître et de comprendre sa base légale, ainsi que ses motifs, en particulier au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix () ".
5. Mme D ne peut utilement invoquer la méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui ne s'appliquent pas dans les cas où il est statué sur une demande, dès lors que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour a été prise à la suite d'une demande qu'elle a présentée en ce sens. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
6. En quatrième lieu, si la requérante fait valoir que l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ne lui a pas été préalablement communiqué, il ne résulte d'aucun texte ni d'aucun principe que le préfet était tenu à une telle communication. Par suite, alors d'ailleurs que cet avis a été versé au dossier de la présente instance, le moyen doit être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ". L'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". L'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions prévoit que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
8. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
9. En l'espèce, le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si l'état de santé de Mme D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé. La requérante, qui ne remet pas en cause l'appréciation ainsi donnée sur l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé en Arménie, n'est pas fondée à contester le sens de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
10. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à la requérante, le préfet de la Côte-d'Or s'est approprié les termes de l'avis du collège de médecins et a considéré que Mme D, nonobstant la gravité de son état de santé, pourrait bénéficier d'un traitement approprié en Arménie. L'intéressée ne produisant aucun élément susceptible de remettre en cause cette appréciation, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision du préfet de la Côte-d'Or aurait été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
12. Mme D se prévaut de son état de santé et de la scolarisation en France de ses trois enfants mineurs. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a déclaré être entrée sur le territoire le 17 août 2021, qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu l'essentiel de son existence avec ses enfants, et que rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Arménie. Ainsi, nonobstant les bons résultats scolaires de ses enfants, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour prise à son encontre porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.
13. En septième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
14. La décision de refus de titre de séjour en litige n'ayant ni pour objet ni pour effet de séparer la requérante de ses trois enfants, dont il n'est pas établi qu'ils ne pourront pas poursuivre leur scolarité en Arménie, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
15. En premier lieu, les moyens invoqués à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour ayant été écartés, la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.
16. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Mme D soutient qu'elle risque, avec son époux, d'être exposée à des persécutions ou à une atteinte grave à sa sécurité ou à son intégrité physique en cas de retour en Arménie. Toutefois, la décision par laquelle le préfet oblige un étranger à quitter le territoire français n'impliquant pas, par elle-même, qu'il se rende dans un pays déterminé, un tel moyen est sans incidence sur la légalité d'une telle décision. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
17. En troisième lieu, Mme D soutient que " si le Tribunal annule la décision de refus de séjour, l'obligation de quitter le territoire dont elle procède sera annulée pour les mêmes motifs ". Le présent jugement n'annulant pas la décision de refus de séjour, ce moyen ne pourra qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant les obligations dans l'attente du départ :
18. En premier lieu, il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des obligations de quitter le territoire français et des décisions relatives au délai de départ et au pays de renvoi. Dans ces conditions, la requérante ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre des dispositions de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec l'administration, dont il y a lieu de rappeler au conseil de la requérante qu'elles ont été reprises aux articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration depuis le 1er janvier 2016, et qui prévoient l'organisation d'une procédure contradictoire comportant le droit de présenter des observations écrites et orales avant l'intervention d'une décision défavorable. Par suite, le moyen tiré de la violation des dispositions précitées doit être écarté.
19. En deuxième lieu, Mme D soutient que " Si le Tribunal annule la décision relative à l'[obligation de quitter le territoire français], la décision de pointage à la gendarmerie et des diligences précisées dans l'arrêté, dont elle procède sera annulée pour les mêmes motifs précédemment développés ". Le présent jugement n'annulant pas la décision de refus de séjour, ce moyen ne pourra qu'être écarté.
20. Enfin, aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ".
21. Mme D soutient que l'obligation de se présenter une fois par semaine à la gendarmerie de Châtillon-sur-Seine est inadaptée et disproportionnée compte tenu de son état de santé et de sa stabilité familiale en France, où elle vit avec son mari et ses enfants scolarisés. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que l'éloignement de l'intéressée demeure une perspective raisonnable. D'autre part, la requérante n'apporte pas d'élément circonstancié justifiant que son état de santé ne lui permet pas de respecter l'obligation qui lui est faite de se présenter une fois par semaine aux services de gendarmerie. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que, par l'obligation qui lui est ainsi faite, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation eu égard au motif pour lequel cette mesure est prise.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
22. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de ce que le préfet n'a pas recueilli les observations de la requérante avant de prendre la décision fixant le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ne peut qu'être écarté.
23. En deuxième lieu, à supposer que Mme D ait entendu invoquer le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office, l'intéressée il ne produit aucune justification au soutien de ses allégations, lesquelles n'ont d'ailleurs pas été jugées crédibles par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui a rejeté sa demande d'asile par une décision en date du 31 janvier 2022. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
24. Le présent jugement, qui rejette l'ensemble des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement au conseil de la requérante, de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Bigarnet et au préfet de la Côte-d'Or. Copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Delespierre, président,
Mme Desseix, première conseillère,
Mme Hunault, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.
La rapporteure,
M. DESSEIX
Le président,
N. DELESPIERRELa greffière,
E. HERIQUE
La République mande et ordonne au préfet de Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026