mardi 2 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201937 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | REFERE |
| Avocat requérant | MOUNDOUNGA NTSIGOU SERGE |
Vu les procédures suivantes :
Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2022, M. A D, représenté par Me Moundounga, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés du 13 juillet 2022 par lesquels le préfet de Saône-et-Loire, d'une part, l'a obligé à " quitter le territoire français sans délai " et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter du jugement ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
- cette décision entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;
- elle méconnaît son droit d'être entendu ;
- elle est entachée d'erreur de fait, " d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation " ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant assignation à résidence :
- cette décision est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle :
- elle méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, tenue le 25 juillet 2022 à 14 heures.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hunault, magistrate désignée,
- et les observations de Me Moundouga, représentant M. D, également présent à l'audience, qui a sollicité l'aide juridictionnelle provisoire, a repris les conclusions et moyens exposés dans sa requête et précisé que le refus opposé le 21 juin 2022 à la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par son client ne lui a pas été notifié.
Le préfet de Saône-et-Loire n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant guinéen se disant né le 17 octobre 2001 à Conakry, est entré irrégulièrement en France le 18 novembre 2017. Le 26 septembre 2019, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, devenu L. 435-3. Par arrêté du 23 juin 2021, à l'exécution duquel l'intéressé s'est soustrait dépit du rejet de son recours en annulation par jugement du Tribunal du 3 février 2022, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par une décision du 21 juin 2022, le préfet a rejeté sa demande de régularisation exceptionnelle. Enfin, par deux arrêtés du 13 juillet 2022, le préfet de Saône-et-Loire a obligé M. D à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, puis l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, M. D demande l'annulation du second arrêté, ainsi que du premier en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français sans délai.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à plusieurs décisions :
4. En premier lieu, la circonstance que la décision du 21 juin 2022 portant refus d'admission exceptionnelle au séjour n'aurait pas été notifiée à M. D est sans incidence sur la légalité des arrêtés attaqués.
5. En deuxième lieu, par arrêté du 15 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation à Mme E C, attachée hors classe, cheffe du bureau des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les " arrêtés d'obligation de quitter le territoire avec ou sans délai de départ volontaire ", ainsi que les assignations à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des arrêtés attaqués manque en fait et doit être écarté.
6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Selon l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".
7. En l'espèce, l'arrêté en litige vise notamment le 1° de l'article L. 611-1, ainsi que les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique que M. D est entré en France démuni de tout document de voyage ou d'identité, qu'il se maintient sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité dès lors que la demande d'admission exceptionnelle au séjour qu'il a sollicitée le 13 juin 2022 a été rejetée et qu'il s'est soustrait à l'exécution de la précédente mesure d'éloignement. Par ailleurs, il rappelle la situation personnelle et familiale de l'intéressé. A cet égard, le préfet n'était aucunement tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle du requérant pour satisfaire à son obligation de motivation. Par suite, le moyen tiré du vice de forme doit être écarté.
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
9. L'arrêté portant assignation à résidence, qui rappelle les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que M. D, qui justifie d'une adresse fiable, a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français daté du même jour et qu'aucun délai de départ volontaire ne lui a été accordé. Il précise que les modalités de retour du requérant dans son pays d'origine ne sont pas à ce jour connues mais qu'il existe une perspective raisonnable d'exécution de la mesure d'éloignement. Cette décision, qui n'est pas stéréotypée, est, par suite, suffisamment motivée.
10. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, ni des pièces du dossier que le préfet de Saône-et-Loire n'aurait pas, préalablement à leur édiction, procédé à un examen réel et sérieux de la situation de ce dernier. Il s'ensuit que le moyen ne peut davantage être accueilli.
En ce qui concerne le surplus des moyens dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
11. En premier lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français non prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Une violation des droits de la défense, en particulier du droit d'être entendu, n'entraîne l'annulation de la décision prise au terme de la procédure administrative en cause que si, en l'absence de cette irrégularité, cette procédure pouvait aboutir à un résultat différent.
12. Si le requérant soutient qu'il n'a pas été mis à même de faire valoir ses observations préalablement aux décisions portant obligations de quitter le territoire français sans délai, il ne démontre pas qu'il disposait d'informations pertinentes qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de ces décisions. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit, en tout état de cause, être écarté.
13. En deuxième lieu, les moyens tirés de ce que les décisions litigieuses seraient entachées d'une erreur de fait, " d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation " ne sont pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
14. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
15. M. D se prévaut de sa durée de présence sur le territoire français, d'une promesse d'embauche en qualité de cuisiner au sein d'un établissement de restauration rapide, de fiches de paies au titre des mois de juillet 2019 à septembre 2021 et de la pratique du football en loisir. Toutefois, l'intéressé, célibataire et sans enfant ne justifie par aucune des pièces du dossier de l'existence en France de liens personnels anciens, intenses et stables, pas plus qu'il ne démontre être isolé dans son pays d'origine. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que son père se trouve en Guinée où il a lui-même vécu la majeure partie de sa vie et où rien ne fait obstacle à ce qu'il valorise sa formation de cuisiner dont il se prévaut. Dans ces conditions, le préfet de Saône-et-Loire, en l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris sa décision, et n'a ni méconnu les stipulations citées au point précédent, ni entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. D.
En ce qui concerne le surplus des moyens dirigés contre la décision portant assignation à résidence :
16. Aux termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français ".
17. En premier lieu, M. D a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. Par ailleurs, il ne justifie d'aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à ce qu'une mesure d'assignation à résidence soit prise, ni ne démontre en quoi les modalités de son assignation seraient un obstacle aux " démarches " qu'il allègue. Enfin, la circonstance qu'il ne représente pas de menace à l'ordre public est inopérante dès lors que la décision attaquée n'est aucunement fondée sur un tel motif. Dans ces conditions, l'arrêté du 13 juillet 2022 l'assignant à résidence ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
18. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est, en tout état de cause, assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 13 juillet 2022 par lesquels le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
20. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Moundounga. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2022.
La magistrate désignée,
K. BLe greffier,
J. Testori
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Un greffier
No 2201937
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026