jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201984 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BIGNON LEBRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 juillet 2022, et des mémoires enregistrés les
1er décembre 2022, 4 mars 2023 et 12 avril 2023, l'association Yonne Nature Environnement et Mme B A demandent au tribunal d'annuler la délibération du 8 février 2022 par laquelle la commune de Chailley a approuvé son plan local d'urbanisme (PLU) ou à titre subsidiaire, d'annuler cette délibération en tant qu'elle classe la zone autour du hangar en zone N au lieu de zone A, U ou AU, la piste et le taxiway de l'aérodrome en zone Npv, les trois parcelles AC 304 à AC 306 en zone UJ et de réduire les surfaces destinées au parking de l'usine Duc.
Elles soutiennent que :
- le registre de la concertation préalable et le bilan qui devait en être tiré ne figuraient pas au dossier d'enquête publique ;
- la délibération du conseil municipal de Chailley du 20 mai 2021 qui a arrêté le projet de PLU n'a pas tiré le bilan de la concertation en violation des dispositions de l'article L. 103-6 du code de l'urbanisme ;
- le commissaire enquêteur n'a pas émis un avis personnel et motivé sur les observations du public et n'a pas accompli sa mission en toute impartialité ;
- le maire qui était directement concerné par le classement en zone Ux de trois de ses parcelles, aurait dû s'abstenir de participer à la séance du conseil municipal en raison de ses intérêts personnels ;
- le projet analyse insuffisamment les nécessités de protection de la ressource en eau potable et des captages d'eau potable, de la capacité du réseau d'assainissement, et de protection des zones humides ;
- le classement de la piste et du taxiway de l'ancien aérodrome en zone Npv permettrait d'aménager un mini parc photovoltaïque et de trouver une destination plus durable à cet espace naturel goudronné et qui ne peut donc pas être classé en simple zone N ;
- le classement de la zone de l'ancien hangar à avions en zone Ux est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et de détournement de pouvoir ;
- la surface des terres agricoles artificialisées pour permettre l'aménagement d'un parking dans le cadre du projet d'extension de l'usine Duc est excessive ;
- la délégation accordée au maire pour défendre devant le tribunal est irrégulière, dès lors qu'il est personnellement intéressé.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 octobre 2022, le 21 décembre 2022, et le 24 mars 2023, la commune de Chailley, représentée par son maire, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les requérantes ne démontrent ni leur qualité ni leur capacité pour agir ;
- leur requête est entachée de détournement de procédure ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique ;
- les observations de Mme D, représentant l'association Yonne Nature Environnement.
Une note en délibéré, enregistrée le 12 mars 2024, a été produite pour l'association Yonne Nature Environnement et Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Par délibération du 8 février 2022, le conseil municipal de Chailley a approuvé le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune. L'association Yonne Nature Environnement et
Mme A, habitante de Chailley, en demandent l'annulation.
Sur les conclusions tendant à ce que soit écarté le mémoire en défense du 27 octobre 2022 :
2. Aux termes de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales :
" Sont illégales les délibérations auxquelles ont pris part un ou plusieurs membres du conseil intéressés à l'affaire qui en fait l'objet, soit en leur nom personnel, soit comme mandataires. ". Et aux termes de l'article L. 2122-16 du même code : " Dans le cas où les intérêts du maire se trouvent en opposition avec ceux de la commune, le conseil municipal désigne un autre de ses membres pour représenter la commune, soit en justice, soit dans les contrats ".
3. La commune de Chailley a produit la délibération du 9 septembre 2020 par laquelle le conseil municipal a confié au maire, sur le fondement de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales, le soin de défendre la commune dans les actions intentées contre elles. Les requérantes soutiennent que le maire de Chailley ne pouvait représenter la commune en justice dans la présente instance dès lors qu'il était intéressé à l'adoption du PLU qui classe en zone constructible trois parcelles dont il est nu propriétaire indivis. Il ressort toutefois des pièces du dossier que ces trois parcelles étaient constructibles dans l'ancien plan d'occupation des sols, et sont insérées dans un compartiment de terrain comportant des maisons d'habitation, situé entre une zone d'activités industrielles et une zone accueillant les installations d'un ancien aérodrome privé ; la circonstance que ces parcelles, qui remplissaient les critères pour être classées en zone constructible, et peuvent être regardées comme incluses dans une zone déjà urbanisée de la commune, aient été classées en zone UX, définie comme un secteur d'activités industrielles et artisanales, n'est pas, par elle-même, de nature à regarder le maire de la commune comme personnellement intéressé au regard des dispositions de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales. Par suite, et en tout état de cause, ses intérêts ne peuvent être regardés comme en opposition à ceux de la commune pour l'application des dispositions de l'article L. 2122-16 du code général des collectivités territoriales.
4. Il n'y a dès lors pas lieu d'écarter les écritures en défense signées par le maire de Chailley.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la procédure d'élaboration et d'adoption du PLU
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme, dans sa version alors applicable : " Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : / 1° L'élaboration ou la révision () du plan local d'urbanisme ". Selon l'article L. 103-6 du code de l'urbanisme : " A l'issue de la concertation, l'autorité mentionnée à l'article L. 103-3 en arrête le bilan. Lorsque le projet fait l'objet d'une enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement, le bilan de la concertation est joint au dossier de l'enquête. ". Et aux termes de l'article L. 600-11 du code de l'urbanisme : " Les documents d'urbanisme et les opérations mentionnées aux articles L. 103-2 et L. 300-2 ne sont pas illégaux du seul fait des vices susceptibles d'entacher la concertation, dès lors que les modalités définies aux articles L. 103-1 à L. 103-6 et par la décision ou la délibération prévue à l'article L. 103-3 ont été respectées. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du dossier d'enquête publique, que le projet de PLU a été arrêté par une délibération du 20 mai 2021. Cette délibération, produite au dossier, comporte en page de garde, les indications " Bilan de la concertation - arrêté - délibération du 20 mai 2021 ". Les requérantes produisent une note présentant le bilan de la concertation préparée en vue de cette délibération. Si ce document reproduit le logo du bureau d'étude chargé par la commune de l'aider dans l'élaboration des documents du PLU, il porte aussi le logo de la commune et l'indication " plan local d'urbanisme de Chailley ". Aucun élément ne permet de douter sérieusement du fait que cette note de présentation du bilan de la concertation ait été présentée au conseil municipal du 20 mai 2021, qui est ainsi réputé avoir approuvé par son vote la délibération relative au bilan de la concertation et arrêtant le projet de PLU. Enfin, dès lors qu'aucune observation n'avait été portée au registre mis à la disposition du public lors de la phase de concertation, la circonstance que ce registre n'ait pas été joint au dossier d'enquête publique n'a pu, en tout état de cause, priver le public d'une information essentielle.
7. En deuxième lieu, si les requérantes indiquent que Mme A a été nommée membre de la commission d'urbanisme, qui n'aurait jamais été convoquée, elles ne font état d'aucune règle qui aurait ainsi été enfreinte. De même, si elles invoquent la violation des articles
L. 103-1 à L. 103-6 du code de l'urbanisme, elles ne précisent pas quelles dispositions auraient été méconnues, en dehors de l'absence supposée de bilan de la concertation, et n'allèguent pas que les modalités de la concertation n'auraient pas été respectées. Ce moyen ne peut donc qu'être écarté.
8. En troisième lieu, selon l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. () ".
9. Il résulte de ces dispositions que si le commissaire enquêteur n'est pas tenu de répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête publique, il doit porter une analyse sur les questions soulevées par ces observations et émettre un avis personnel sur le projet soumis à enquête, en exposant les raisons qui déterminent le sens de cet avis.
10. Il ressort en l'espèce des pièces du dossier que seules deux contributions ont été enregistrées, l'une présentée par Mme A et l'autre par l'association Yonne Nature Environnement. Pour autant, chacune de ces contributions comporte plusieurs pages, et soulève de nombreuses questions, que le commissaire enquêteur s'est employé à analyser point par point, pour ensuite les soumettre à la commune pour observations. La partie " Analyse, conclusions et avis " du rapport d'enquête publique indique, s'agissant des observations du public, que : " Le bilan et l'examen des observations recueillies au cours de l'enquête ne seraient pas de caractère à remettre en cause l'intérêt général du P.L.U tel qu'il est présenté aujourd'hui, mais elles peuvent être reprises pour satisfaire le P.L.U. ", que " Les demandes, observations, remarques déposées et admises sur le registre d'enquête ont fait l'objet de réponses appropriées et justifiées par le porteur du projet, assisté du bureau d'étude ", que " quelques observations du public n'ont pu être traitées dans leur totalité, vu les caractéristiques particulières de ces demandes qui ne concernent pas directement cette enquête mais une autre demande en cours d'instruction (futurs projets d'extension des entreprises industrielles en zone UX) ", et enfin, que " d'autres remarques sont d'ordre privé ou font redondance avec les informations déjà connues, développées en partie dans le dossier. Elles n'apportent pas d'éléments nouveaux qui pourraient remettre en cause le P.L.U. ". Il ressort de ces éléments que le commissaire enquêteur a ainsi procédé à un examen des observations recueillies. Pour le reste, son rapport comporte un avis personnel et motivé sur le projet, et les allégations des requérantes relatives au manque d'impartialité dont il aurait fait preuve ne reposent sur aucun élément tangible.
11. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 3., le maire de Chailley ne peut être regardé comme étant intéressé à l'adoption du PLU. Dès lors, la délibération en litige n'est pas entachée d'illégalité du fait de sa participation à cette délibération.
12. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés des irrégularités qui entacheraient la procédure d'élaboration et d'approbation du PLU doivent être écartés.
En ce qui concerne les insuffisances du PLU :
13. En premier lieu, les requérantes font valoir que le PLU est bâti sur de simples supputations en l'absence d'éléments précis quant au nombre d'emplois créés par le projet d'extension des activités présentes sur la commune. Toutefois, elles n'apportent pour leur part aucun élément permettant de mettre en doute les informations figurant dans le dossier. Si elles considèrent que le taux de prévision de croissance démographique de 1 % est exorbitant, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette prévision, qui concerne une commune d'environ 500 habitants, serait manifestement erronée.
14. En deuxième lieu, les requérantes soutiennent que le dossier du PLU ne contient pas d'élément suffisamment précis concernant la ressource en eau, au regard notamment des nécessités de protection de la ressource en eau potable et des captages d'eau potable.
15. Le rapport de présentation du PLU répertorie les captages présents sur la commune, dont le captage de Vaudevanne, qui a été déclaré d'utilité publique par un arrêté préfectoral du
8 juin 1988, auquel est annexé le plan parcellaire des périmètres de protection. Selon le rapport d'enquête publique, ce captage suffit pour assurer l'alimentation en eau potable de la commune, y compris dans le cas où la population du village passerait à 600 habitants.
16. Les requérantes se prévalent au sujet de ce captage des observations du préfet de l'Yonne, formulées dans une lettre de mai 2021 dans le cadre du contrôle de légalité, selon lesquelles, " contrairement aux dispositions des articles R. 151-31 et R. 151-34 du code de l'urbanisme, les périmètres de protection immédiate et rapprochée du captage de la source de Vaudevanne n'ont pas été reportés au règlement graphique et ils ne figurent également pas au plan des servitudes d'utilité publique qui, de plus, n'identifie pas les différents périmètres déjà reportés ".
17. D'une part, selon l'article R.151-31 du code de l'urbanisme : " Dans les zones U, AU, A et N, les documents graphiques du règlement font apparaître, s'il y a lieu : () 2° Les secteurs où les nécessités du fonctionnement des services publics, de l'hygiène, de la protection contre les nuisances et de la préservation des ressources naturelles ou l'existence de risques naturels, de risques miniers ou de risques technologiques justifient que soient interdites les constructions et installations de toute nature, permanentes ou non, les plantations, dépôts, affouillements, forages et exhaussements des sols. ()". Et selon les dispositions de l'article R. 151-34 : " Dans les zones U, AU, A et N les documents graphiques du règlement font apparaître, s'il y a lieu : 1° Les secteurs où les nécessités du fonctionnement des services publics, de l'hygiène, de la protection contre les nuisances et de la préservation des ressources naturelles ou l'existence de risques naturels, de risques miniers ou de risques technologiques justifient que soient soumises à des conditions spéciales les constructions et installations de toute nature, permanentes ou non, les plantations, dépôts, affouillements, forages et exhaussements des sols ; () ".
18. Ces dispositions ne peuvent toutefois être interprétées comme imposant que les périmètres de protection au sein des périmètres de captage des eaux potables définis en vertu des articles L. 1321-2 et R. 1321-13 du code de la santé publique soient reportés au règlement graphique du PLU.
19. D'autre part, aux termes de l'article L. 151-43 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme comportent en annexe les servitudes d'utilité publique affectant l'utilisation du sol et figurant sur une liste dressée par décret en Conseil d'Etat. ". L'article R. 151*-51 du même code indique que : " Les annexes au plan local d'urbanisme comprennent, s'il y a lieu, outre les servitudes d'utilité publique affectant l'utilisation du sol appartenant aux catégories figurant sur la liste annexée au présent livre mentionnées à l'article L. 151-43, les éléments énumérés aux articles R. 151-52 et R. 151-53. ". La liste annexée citée ci-dessus comprend notamment les " Servitudes attachées à la protection des eaux potables instituées en vertu des articles L. 1321-2 et R. 1321-13 du code de la santé publique ", qui doivent ainsi être annexées au PLU.
20. En l'espèce, si les annexes au PLU comprennent un plan des servitudes sur lequel seul le tracé des périmètres éloignés de protection de captage est représenté, sans légende, elles comprennent aussi, dans le dossier " servitudes ", les arrêtés préfectoraux déclarant ces captages d'utilité publique et identifiant les périmètres de protection correspondant, ainsi qu'un document relatif à la liste des servitudes, dans lequel figure notamment un autre plan représentant chacun des périmètres. L'ensemble de ces éléments permet ainsi d'identifier avec une précision suffisante les servitudes liées à ces captages.
21. En outre, le rapport du PLU fait état du captage des Rompies, qui est un captage privé implanté sur une parcelle communale et qui est utilisé par la société Plukon pour les besoins de son usine agroalimentaire, selon une convention de mise à disposition. Ce captage fait l'objet de mesures particulières de protection et de surveillance relevant de l'autorisation donnée à cette usine au titre de la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement, et les mesures de protection supplémentaires qui seront, le cas échant, nécessaires dans le cadre du projet d'extension de cette usine, eu égard notamment à l'aménagement d'un parking à proximité de cette parcelle et à l'augmentation des prélèvements d'eau dans ce forage, relèvent, de même, de l'autorisation nécessaire pour cette extension au titre de cette législation. Par suite, le PLU n'est pas illégal du fait qu'il ne prévoit pas de protection supplémentaire de ce forage, qui se situe sur une parcelle classée en zone N et bénéficie ainsi de la protection attachée à cette zone.
22. Les requérantes font également état du forage des Tapars, qui n'est pas répertorié dans le PLU. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier que ce forage n'est plus en service et sert uniquement de point de prélèvement pour la surveillance de la nappe phréatique.
23. Enfin, le rapport de présentation répertorie deux captages situés en dehors de la commune, à Vénizy, dont celui du Ruet, dont une partie du périmètre de protection déborde sur le territoire communal. Mais, ainsi qu'il a été dit au point 21, les mesures de protection de ces captages qui pourraient être nécessaires dans le cadre du projet d'extension de l'usine agroalimentaire relèvent des mesures propres à ce projet.
24. En troisième lieu, les requérantes soutiennent que les zones humides n'ont pas fait l'objet d'identifications ni des mesures de protection nécessaires pour assurer leur préservation. Le PLU identifie toutefois une sous-trame bleue " plans d'eau et zones humides ", correspondant aux zones humides du ru de Vaudevanne, du ru de Créanton, pour lequel le rapport de présentation fait état des études de restauration morphologique d'ores et déjà programmées, et à une petite zone boisée répertoriée à l'Ouest du Bourg. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il existerait d'autres zones humides non répertoriées. Ces zones humides sont toutes classées en zone A ou N, et il n'est apporté aucun élément de nature à considérer que ce classement ne suffirait pas à leur assurer une protection suffisante.
25. En dernier lieu, en ce qui concerne le réseau d'assainissement, les requérantes se réfèrent à nouveau au courrier du préfet de mai 2021 selon lequel " la capacité du réseau d'assainissement à satisfaire les besoins des futurs habitants n'a pas été définie ". Sur ce point, le rapport de présentation du PLU indique que les eaux usées sont traitées par la station d'épuration de l'entreprise Duc, que l'extension de l'usine implique une augmentation de la capacité de la station d'épuration, qui fait l'objet d'un projet de réaménagement avec une filtration naturelle, et qui sera suffisante pour couvrir à la fois la nouvelle production de l'usine et la population de la commune compte-tenu de la faible augmentation démographique prévue jusqu'en 2030.
26. Il ressort à cet égard des pièces du dossier que, selon les termes d'une convention conclue en 1997 modifiée par avenant en 2004, la station d'épuration communale a été acquise par la société BSAD, qui a ultérieurement été cédée à la société Duc, et que les eaux résiduaires de la commune sont admises dans cette station, dans la limite de 800 équivalents habitants. Cette convention a été conclue pour une durée illimitée et selon son article 6, l'industriel s'engage à accepter les effluents communaux aussi longtemps qu'il aura son activité sur le site de Chailley.
27. Pour sa part, le PLU prévoit une progression de la population de l'ordre de 20 à 30 habitants d'ici 2030, l'essentiel des nouveaux logements envisagés pouvant être construits dans le cadre de l'enveloppe urbaine existante qui est déjà desservie par les réseaux. Les zones d'extension urbaine définies par le PLU sont pour l'essentiel, en dehors d'une zone d'importance très limitée située en extension d'un hameau, classées en zone UX ou UJ, qui n'ont pas vocation à accueillir de nouveaux logements. Dès lors, le PLU ne se traduit pas par des besoins supplémentaires notables en termes d'assainissement. En ce qui concerne les besoins liés à l'usine agro-alimentaire, ceux-ci ont vocation à être pris en charge directement par l'exploitant dans le cadre de son projet d'aménagement de la station d'épuration.
28. Il résulte de l'ensemble des éléments qui précèdent que le PLU contient des informations suffisantes s'agissant notamment des captages d'eau potable, des zones humides et du dispositif d'assainissement. Ces informations étaient présentes dans le dossier soumis à enquête publique et ces différents points ont fait l'objet d'analyses suffisantes dans le rapport d'enquête publique. Ils font l'objet de mesures de protection suffisantes figurant dans le PLU.
En ce qui concerne les erreurs manifestes d'appréciation dans le classement de différentes zones :
29. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. S'ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, leur appréciation sur ces différents points peut cependant être censurée par le juge administratif au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
30. En premier lieu, les requérantes soutiennent que le classement de la zone de l'ancien hangar à avions et de sa zone " taxy way " en zone UX est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et que l'extension de cette zone de l'autre côté de la route est entachée de détournement de pouvoir, les parcelles concernées appartenant au maire.
31. D'une part, les simples suggestions des requérantes relatives aux utilisations possibles de l'ancien hangar de l'aérodrome ne sauraient suffire à justifier un classement des terrains considérés en zone A ou U, plutôt qu'en zone UX, définie comme un secteur d'activités industrielles et artisanales, ce qui parait tout aussi logique à l'égard de terrains occupés par un hangar désaffecté.
32. D'autre part, il ressort du rapport de présentation que : " La commune n'ayant pas de lieux spécifiques pour l'installation de nouveaux artisans, un secteur UX a été créé entre l'atelier d'entretien de la piste d'aérodrome et l'usine DUC pour des activités sans nuisances ". La zone en cause, d'une surface modérée, correspond aux trois parcelles appartenant en nue-propriété à une indivision dont fait partie le maire de la commune. Ainsi qu'il a été dit au point 3., ces parcelles étaient constructibles dans l'ancien plan d'occupation des sols, et sont insérées dans un compartiment de terrains comportant des maisons d'habitation, situé entre une zone d'activités industrielles et une zone accueillant les installations d'un ancien aérodrome privé ; si ces parcelles sont actuellement à l'état de jardins, leur situation, à l'arrière des maisons d'habitation exposées aux nuisances dues à la proximité de l'activité agroalimentaire, ne leur confère pas d'utilité particulière en termes de protection face à ces nuisances. Il n'est par ailleurs pas démontré que ces parcelles présenteraient une pente telle qu'elles ne pourraient être aménagées pour les activités envisagées, de type commerce ou services. A supposer même que d'autres emplacements existent pour l'accueil de telles activités, ou que les activités déjà présentes dans le centre ancien de la commune aient cessé ou aient des difficultés à trouver des repreneurs, il n'apparait pas que le classement de ces parcelles, eu égard à leurs caractéristiques et leur situation, serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
33. Enfin, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 3.
34. En deuxième lieu, les requérantes demandent le classement de la piste de l'ancien aérodrome en zone Npv afin d'aménager un mini parc photovoltaïque.
35. Il ressort des pièces du dossier que cette ancienne piste, qui ne bénéficie plus d'aucune autorisation, se situe au milieu de zones agricoles, mais, qu'étant entièrement artificialisée, elle ne peut plus être cultivée. Elle n'a pas davantage vocation à accueillir des constructions eu égard à sa situation au milieu d'une zone agricole. Dès lors, son classement en zone N, dans laquelle le règlement du PLU autorise les constructions d'équipements liés notamment aux réseaux, dont les panneaux solaires, n'apparait entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
36. En troisième lieu, les requérantes soutiennent que la surface des terres agricoles artificialisées pour permettre l'aménagement d'un parking dans le cadre du projet d'extension de l'usine agroalimentaire est excessive. Elles s'appuient à nouveau sur une observation du préfet, selon lequel, " deux cartes montrant le registre parcellaire en 2007 et 2017 ont été ajoutées page 40 du rapport de présentation. Toutefois, l'absence de légende et d'analyse de ces cartes ne permet pas d'étayer le constat fait page 39 sur l'absence de consommation de terres agricoles. ". Il ressort de l'examen de ces cartes que la légende correspond aux types de cultures, réparties par couleur, les zones non colorées correspondant aux zones non cultivées car urbanisées. La comparaison de ces deux cartes permet de constater que cette zone n'a pas sensiblement évolué entre 2010 et 2020, ce qui conduit à considérer qu'il n'y a pas eu durant cette période de consommation notable de terres agricoles. Le projet d'extension de l'entreprise agroalimentaire se fait pour l'essentiel au sein du site actuel, ce qui entraine la nécessité de déplacer le parking sur la zone adjacente, actuellement en terres agricoles non exploitées, d'une surface de 2 ha, représentant 0,006% de la surface agricole utile. Cette consommation de terres agricoles, qui a pour contrepartie l'extension d'une activité de débouché pour les élevages avicoles implantés à proximité, ainsi que l'implantation de nouveaux élevages, n'apparait dès lors pas manifestement excessive.
37. En dernier lieu, les requérantes soutiennent que le PLU méconnait les principes généraux prévus à l'article L. 110 et suivants du code de l'urbanisme ainsi que le principe d'équilibre prévu à l'article L. 121- 1 du même code. Toutefois, le PLU de Chailley est bâti sur l'hypothèse du maintien du village globalement dans son enveloppe actuelle, et sa configuration actuelle, faisant cohabiter une activité industrielle dans un environnement essentiellement rural et agricole, est préservée. Les projets d'extension de l'entreprise agroalimentaire n'ont pas d'autre conséquence, en termes d'urbanisme, que la création d'une surface de parking supplémentaire, et il n'apparait pas que les réseaux d'eau potable et d'assainissement ne seraient pas adaptés pour faire face à cette extension. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles précités doit être écarté.
38. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de l'association Yonne Nature Environnement et Mme A doit être rejetée.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de l'association Yonne Nature Environnement et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association Yonne Nature Environnement, à
Mme B A et à la commune de Chailley.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2024 à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.
La rapporteure,
M-E C
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026