lundi 17 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201997 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | JOLET INGRID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2022, M. A, représenté par Me Jolet, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a assigné à résidence dans l'arrondissement de Chalon-sur-Saône pour une durée de six mois renouvelable ;
4°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 800 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- c'est à tort que le préfet de Saône-et-Loire l'a assigné à résidence alors qu'il ne représente aucun trouble pour l'ordre public ;
- en l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, l'autorité administrative a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant de nationalité kosovare né le 20 juillet 1993, déclare être entré irrégulièrement en France le 30 août 2018, accompagné de son épouse. A la suite du rejet de sa demande d'asile, il a fait l'objet d'un arrêté du 25 septembre 2019 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Son recours contre cet arrêté a été rejeté par le magistrat désigné du tribunal administratif de Dijon, par un jugement du 15 octobre 2020. Par un arrêté du 16 novembre 2020, le préfet de Saône-et-Loire a obligé le requérant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Son recours formé contre cet arrêté a également été rejeté par le magistrat désigné du tribunal administratif de Dijon, par un jugement du 25 février 2021. Par un arrêté du 26 juillet 2022, le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un second arrêté du même jour, le préfet a assigné l'intéressé à résidence dans l'arrondissement de Chalon-sur-Saône pour une durée de six mois renouvelable. M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer l'admission de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".
6. M. A fait valoir qu'il réside en France avec son épouse et leurs deux filles, nées les 17 décembre 2018 et 28 juin 2021 et scolarisées, de sorte que l'essentiel de ses attaches personnelles se situent sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'épouse de l'intéressé, entrée en France en août 2018, a également fait l'objet de mesures d'éloignement et se trouve actuellement, selon le préfet non contredit sur ce point, dans la même situation administrative que son mari en ce qu'elle fait elle-même l'objet d'une obligation de quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Par ailleurs, alors que seule la fille aînée du couple est scolarisée en petite section d'école maternelle, rien ne fait obstacle à ce qu'elle poursuive sa scolarité dans le pays d'origine de ses parents. Dans ces conditions, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer au Kosovo où le requérant a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, les moyens, tirés de ce que le préfet aurait méconnu les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions attaquées sur la situation personnelle du requérant, doivent être écartés.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, à le supposer soulevé, le moyen, dirigé contre la décision portant assignation à résidence et tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire () n'a pas été accordé ; () ".
9. En l'espèce, après avoir rappelé que M. A fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai du même jour, l'autorité administrative indique que l'intéressé est dépourvu de documents d'identité ou de voyage, ce qui empêche l'exécution immédiate de la mesure d'éloignement prise à son encontre et nécessite l'obtention d'un laissez-passer consulaire et l'organisation matérielle de son départ. Elle mentionne également que le requérant ne justifie pas de la possibilité de regagner son pays d'origine, ni de se rendre dans un autre pays, et qu'eu égard à la perturbation exceptionnelle des échanges aériens avec le Kosovo résultant de nécessités sanitaires impérieuses, il apparaît que M. A est dans l'impossibilité temporaire de regagner son pays d'origine. Dans ces conditions, contrairement à ce que fait valoir le requérant, le préfet ne l'a pas assigné à résidence au motif qu'il représenterait une menace à l'ordre public. Par suite, l'erreur de droit alléguée doit être écartée.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés attaqués du 26 juillet 2022 doivent être rejetées.
Sur l'application des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Il suit de là que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées.
Sur les frais d'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2201997 est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Jolet. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Delespierre, président,
M. Blacher, premier conseiller,
Mme Desseix, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.
Le rapporteur,
M. BlacherLe président,
M. E
La greffière,
Mme C
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026